Ukraine : pourquoi tant de soldats russes tués viennent des régions du sud

Ukraine : pourquoi tant de soldats russes tués viennent des régions du sud

Au moins 9.550 soldats du sud russe et du Caucase du Nord sont morts en Ukraine. Un chiffre limité à l’échelle russe (plus de 200.000 soldats russes tués), mais révélateur du poids supporté par certaines régions périphériques.

Caucase du Nord, près de 10.000 soldats tués

Au moins 9.550 combattants originaires du sud russe ont perdu la vie en Ukraine. Caucasian Knot établit ce bilan au 27 juillet.

Ce nombre ne représente qu’une fraction des pertes militaires russes. Son intérêt réside surtout dans la provenance des soldats concernés.

Le décompte couvre le district fédéral du Caucase du Nord et celui du Sud. Ces territoires ont fourni de nombreux combattants depuis février 2022.

Cette réalité révèle une particularité importante de l’effort de guerre russe. Toutes les régions du pays ne supportent pas également son coût humain.

Le Caucase russe fournit de nombreux soldats

Les républiques du Caucase du Nord occupent une place particulière dans l’armée russe. Le Daghestan constitue probablement l’exemple le plus emblématique.

Le service militaire y représente depuis longtemps un débouché professionnel recherché. Il peut aussi faciliter l’accès à certains emplois publics.

Cette situation s’explique notamment par les difficultés économiques locales. Le chômage y dépasse traditionnellement celui des grandes métropoles russes. Les perspectives professionnelles restent également plus limitées.

L’armée offre donc une alternative à de nombreux jeunes hommes. Un engagement sous contrat garantit un revenu difficile à obtenir localement.

Depuis 2022, Moscou utilise largement les incitations financières pour attirer de nouveaux combattants. Les régions participent directement à cet effort de recrutement.

Des pertes russes très inégalement réparties

Cette géographie du recrutement produit une géographie particulière des pertes. Plusieurs enquêtes indépendantes constatent de fortes disparités entre les régions russes.

Les territoires pauvres et périphériques supportent souvent une charge supérieure aux grandes métropoles. Certaines républiques ethniques apparaissent particulièrement touchées.

Cette différence apparaît depuis les premiers mois de l’invasion. Le Daghestan figurait déjà parmi les régions comptant beaucoup de militaires tués.

À l’inverse, Moscou affichait initialement des pertes proportionnellement beaucoup plus faibles. Cette différence nourrissait déjà les interrogations sur le recrutement russe.

Le phénomène ne concerne d’ailleurs pas uniquement le Caucase. La Bouriatie et la Touva connaissent également des taux élevés de pertes militaires.

Des recherches ont établi un lien statistique entre revenus régionaux et mobilisation. Plus les revenus diminuent, plus la proportion de mobilisés tend à augmenter.

Plus de 2.000 morts pour le seul Daghestan

Les données de Caucasian Knot confirment cette particularité méridionale. Elles recensent 4.755 morts dans le district du Caucase du Nord.

Le Daghestan domine très largement ce bilan avec 2.061 militaires tués. Le kraï de Stavropol arrive ensuite avec 969 morts.

Les autres républiques affichent des nombres inférieurs. Caucasian Knot recense notamment 589 soldats tués en Ossétie du Nord.

Le district fédéral du Sud compte pour sa part 4.795 morts. La région de Volgograd arrive en tête avec 1.821 hommes tués.

Rostov, Krasnodar et Astrakhan concentrent également une partie importante des pertes. Ces territoires fournissent ensemble plusieurs milliers de combattants morts en Ukraine.

Le chiffre de 9.550 morts prend donc son sens à cette échelle. Il mesure le coût humain supporté par une partie précise de la Fédération russe.

Des chiffres probablement incomplets

Caucasian Knot prévient que son décompte reste probablement inférieur aux pertes réelles. Cette réserve concerne particulièrement certaines républiques du Caucase.

La Tchétchénie constitue le cas le plus difficile à mesurer. Ramzan Kadyrov avait demandé en 2023 de limiter la publication des bilans locaux.

Le décompte repose donc principalement sur les décès rendus publics. Il ne permet pas d’établir toutes les pertes subies par ces territoires.

Cette prudence reste essentielle pour interpréter les 9.550 soldats morts recensés. Il ne s’agit ni du bilan russe, ni nécessairement du bilan complet du sud.

Ces données montrent surtout une réalité sociale et géographique de la guerre. Le coût humain ne se répartit pas uniformément dans l’immense Fédération russe.

Les grandes métropoles disposent d’une situation économique différente. Les régions périphériques offrent souvent moins de perspectives professionnelles.

Pour certains hommes, l’armée devient alors un employeur particulièrement attractif. Les primes versées pour combattre renforcent encore cette logique.

La guerre en Ukraine frappe donc aussi la Russie selon ses fractures économiques et territoriales. Le Caucase du Nord en constitue l’une des manifestations les plus visibles.

Un sacrifice familial qui mène au champ de bataille

Pour beaucoup de jeunes issus de ces régions, l’engagement militaire répond aussi à une réalité économique. Les rémunérations et primes proposées peuvent représenter des sommes considérables au regard des revenus locaux. Elles offrent la possibilité d’améliorer les conditions de vie de leur famille.

Cette motivation donne une dimension humaine particulière à leur engagement.
Certains acceptent de risquer leur vie pour assurer davantage de sécurité matérielle à leurs proches. Ce choix peut apparaître comme une forme de sacrifice personnel. Il ne change cependant pas la nature de leur engagement.

En rejoignant les forces russes engagées en Ukraine, ces hommes deviennent des combattants. À ce titre, ils peuvent légalement être pris pour cible tant qu’ils participent aux hostilités. Les forces ukrainiennes combattent une armée qui a envahi leur territoire. Elles cherchent donc à neutraliser les soldats qui leur font face.

La motivation initiale du combattant ne modifie pas cette réalité. Il peut combattre par patriotisme, nécessité économique ou volonté d’aider sa famille. Sur le champ de bataille, il reste un soldat ennemi pour les Ukrainiens.

C’est aussi l’une des réalités les plus brutales de cette guerre. Un jeune Russe peut accepter de risquer sa vie pour offrir un avenir meilleur aux siens. Mais cet engagement implique également de combattre et potentiellement de tuer des Ukrainiens, mais aussi lui-même de mourir. La guerre transforme alors un sacrifice familial en une confrontation où chacun peut tuer et mourir.

Les difficultés économiques de ces hommes peuvent expliquer leur engagement, mais elles ne suffisent pas à susciter la pitié lorsqu’ils tombent au combat.

Choisir l’armée pour améliorer les conditions de vie de sa famille reste une motivation compréhensible. Ce choix implique cependant d’en accepter la contrepartie : prendre les armes, combattre des Ukrainiens et risquer de tuer ou d’être tué. Dès lors qu’ils participent aux hostilités, ces soldats deviennent des combattants ennemis que les forces ukrainiennes peuvent légitimement prendre pour cible.

Leur pauvreté ou leurs motivations familiales ne changent rien à cette réalité militaire

Ils ont peut-être choisi de risquer leur vie pour assurer un meilleur avenir aux leurs, mais ils le font en participant à une guerre contre un autre pays. Leur mort au combat peut être tragique pour leurs proches. Elle reste néanmoins l’une des conséquences prévisibles de l’engagement qu’ils ont accepté.

Du point de vue ukrainien, chaque soldat russe mis hors de combat réduit les forces qui peuvent combattre l’Ukraine. Son histoire personnelle peut expliquer pourquoi il s’est engagé ; elle ne change ni son rôle dans cette guerre ni la nécessité, pour les Ukrainiens, de le neutraliser. Aussi difficiles que soient ses motivations économiques ou familiales, elles deviennent secondaires sur le champ de bataille : il porte les armes contre l’Ukraine, il est l’ennemi à capturer ou à éliminer.

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J’analyse le monde contemporain — actualité, faits de société, conflits et guerres — pour comprendre en profondeur le fonctionnement de l’être humain. Le philosophe y prend alors le relais, face à un univers à la fois merveilleux et troublant.

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