Ukraine : 50.000 robots pour tenir les hommes à distance des zones les plus dangereuses
L’Ukraine prévoit de produire au moins 50.000 robots terrestres en 2026. Ces machines doivent prendre en charge certaines missions devenues particulièrement dangereuses pour les soldats. Leur rôle prend une importance croissante dans une zone pouvant atteindre 25 kilomètres autour du front.
Des robots pour sauver des soldats
La guerre en Ukraine accélère une évolution majeure du combat terrestre. Kiev veut désormais confier davantage de missions dangereuses à des machines plutôt qu’à des soldats.
Le gouvernement ukrainien prévoit la production d’au moins 50.000 robots terrestres en 2026. Ils assureront des missions logistiques, mais certains participeront directement aux combats.
Cette stratégie répond à l’omniprésence des drones au-dessus du champ de bataille. Leur surveillance permanente rend les déplacements humains particulièrement risqués. Le danger ne concerne plus seulement les premières tranchées.
Les drones peuvent détecter un homme ou un véhicule plusieurs kilomètres derrière les lignes. Ils transmettent ensuite les coordonnées nécessaires à une frappe. L’armée ukrainienne cherche donc à limiter les déplacements humains évitables.
Des robots déjà envoyés contre les positions russes
L’utilisation de ces machines ne relève plus seulement de l’expérimentation. Plusieurs unités ukrainiennes les ont déjà engagées contre les forces russes.
Bloomberg rapporte notamment une opération menée près de Dobropillia.
La 93e brigade mécanisée y a utilisé un robot équipé d’un lance-flammes. L’engin a attaqué des positions russes installées dans une zone boisée. L’utilisation du robot a permis de limiter l’exposition initiale des soldats ukrainiens et de brûler de nombreux soldats russes. Des mitrailleurs ukrainiens sont ensuite intervenus pour éliminer les poches restantes de combattants russes encore présents. Cette opération a permis de neutraliser l’entièreté des adversaires sans perdre aucun de leur soldat, une réussite complète.
Une opération comparable aurait eu lieu à l’est de Donetsk. Un robot lance-flammes y a participé à la défense contre des troupes d’assaut russes.
Dans le sud, les Ukrainiens ont expérimenté une autre combinaison. Un drone naval a transporté une mitrailleuse télécommandée jusqu’à la flèche de Kinburn.
Ces opérations préfigurent une nouvelle répartition des rôles. Les robots peuvent approcher les positions ennemies avant l’arrivée des fantassins. Ils peuvent aussi intervenir là où envoyer directement des hommes présente un risque majeur.
Lance-flammes : ce que prévoit le droit international
L’emploi d’un robot lance-flammes soulève une question particulière au regard du droit international humanitaire. Le lance-flammes appartient à la catégorie des armes incendiaires visées par le Protocole III de 1980.
Ce texte n’interdit pas totalement ces armes. Il impose en revanche d’importantes restrictions concernant leur emploi. Les règles générales du droit des conflits armés continuent également de s’appliquer.
Une arme incendiaire ne peut jamais viser la population civile, un civil ou un bien civil. Cette interdiction vaut quelles que soient les circonstances.
Les restrictions deviennent particulièrement importantes dans les zones peuplées. Le Protocole III interdit notamment certaines attaques incendiaires contre des objectifs militaires entourés de civils.
Pour une arme incendiaire lancée depuis le sol, les règles diffèrent de celles applicables aux armes larguées depuis les airs. Une cible militaire située parmi des civils doit notamment être clairement séparée de ceux-ci. Les forces doivent aussi prendre toutes les précautions possibles pour limiter les effets incendiaires.
Le droit international réglemente également l’emploi de ces armes contre les forêts et autres couverts végétaux. Ils ne peuvent pas constituer une cible simplement en raison de leur nature. Une exception existe lorsqu’ils dissimulent des combattants ou des objectifs militaires.
L’emploi ukrainien rapporté près de Dobropillia ne peut donc pas être qualifié d’illégal sur la seule présence d’un lance-flammes. Sa légalité dépend notamment de la cible, de l’environnement et des précautions prises. Le fait que l’arme soit installée sur un robot ne modifie pas ces obligations.
Jusqu’à 25 kilomètres sous la menace des drones
Robert Brovdi dirige les Forces ukrainiennes des systèmes sans pilote. Il décrit une zone particulièrement dangereuse autour des lignes de combat.
Cette bande peut s’étendre jusqu’à 25 kilomètres du front. Les drones y surveillent les mouvements et rendent les déplacements humains extrêmement risqués.
Cette situation explique l’intérêt croissant pour les véhicules terrestres sans équipage. Un robot peut transporter des munitions ou du ravitaillement sans exposer un conducteur.
D’autres machines participent à l’évacuation des blessés. Certaines transportent des armes ou interviennent directement contre des positions ennemies.
La logique ukrainienne consiste donc à remplacer l’homme lorsque sa présence physique n’est pas indispensable. Les soldats restent nécessaires pour contrôler le terrain et conduire de nombreuses opérations.
Une réponse au problème des effectifs ukrainiens
Cette évolution technologique répond aussi aux difficultés humaines rencontrées par Kiev. L’armée ukrainienne compte environ 900.000 militaires. Le pays connaît pourtant des problèmes persistants de mobilisation et de conscription, mais aussi de désertion, environ 100.000 hommes sont recensés absents de leur poste.
La Russie dispose surtout d’un avantage démographique considérable. L’Ukraine cherche donc à compenser ce déséquilibre par la technologie.
Le commandement ukrainien accorde une importance croissante aux systèmes robotisés. Mykhailo Drapatyi place notamment la robotique parmi les moyens permettant d’obtenir un avantage tactique.
Volodymyr Zelensky soutient également cette stratégie. Le président ukrainien insiste sur l’utilité de ces machines au combat, mais aussi pour la logistique.
Les industriels restent plus prudents sur la notion de remplacement. Taras Ostapchuk, de Ratel Robotics, présente ces engins comme des outils au service de l’infanterie.
Les robots ne peuvent donc pas remplacer entièrement les combattants. Ils peuvent en revanche prendre leur place lors de certaines missions particulièrement exposées.
Russie et Ukraine accélèrent leur course technologique
Moscou développe également ses capacités dans les systèmes sans pilote. La Russie a notamment perfectionné plusieurs drones inspirés de technologies iraniennes.
Les forces russes utilisent aussi des drones guidés par fibre optique. Cette solution permet de contourner certains systèmes de brouillage électronique.
Chaque innovation provoque rapidement une réponse du camp opposé. Le conflit ukrainien connaît donc une accélération permanente de cette course technologique.
Les armées occidentales suivent attentivement ces évolutions. Plusieurs membres de l’OTAN étudient les enseignements tactiques venus d’Ukraine.
Kiev développe également ses partenariats militaires avec plusieurs pays. Les États-Unis, les Pays-Bas et l’Arabie saoudite comptent parmi ces partenaires.
Des responsables américains ont notamment salué l’intégration des drones ukrainiens. Kiev parvient à relier différents capteurs aux systèmes d’armes disponibles.
Selon Bloomberg, certains responsables américains considèrent cette intégration comme particulièrement avancée. Ils la jugent même supérieure à certains systèmes actuellement disponibles aux États-Unis.
De petits ateliers à une production industrielle
L’industrie ukrainienne accompagne cette transformation du champ de bataille. Certaines entreprises ont commencé à fabriquer leurs équipements dans de simples garages.
Tencore fait partie de ces nouveaux acteurs. L’entreprise produit aujourd’hui des milliers de systèmes destinés aux forces ukrainiennes.
Certains engins transportent et déploient des mines antichars. D’autres acheminent du matériel ou des munitions vers les positions avancées.
Le chiffre de 50.000 robots prévu pour 2026 montre l’ampleur du changement. Kiev ne considère plus ces systèmes comme de simples prototypes.
La robotisation devient progressivement une composante à part entière de la guerre terrestre. Elle ne fait pas disparaître le soldat du champ de bataille.
Elle permet cependant de l’éloigner de certaines missions où une machine peut prendre sa place. Dans une bande saturée de drones, cet avantage est double, elle peut directement sauver des vies tout en éliminant des soldats ennemis.
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