Les morts à Gaza au cœur d’une controverse scientifique
Les bilans humains du conflit à Gaza, largement diffusés sur le conflit, se fragilisent. Une analyse scientifique pointe des failles dans une étude de référence, relançant la question sensible de la fiabilité des bilans diffusés à l’échelle internationale.
Le chiffre d’environ 75.200 morts violentes à Gaza s’est imposé dans de nombreux débats internationaux. Pourtant, une publication récente dans The Lancet Global Health invite à reconsidérer cette édition d’estimation de la Gaza Mortality Survey (GMS), devenue une source centrale depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas.
Les auteurs de cette nouvelle analyse, Sergio DellaPergola, professeur émérite à l’Université hébraïque de Jérusalem et le chercheur indépendant Mark Zlochin, ne remettent pas en cause la réalité des pertes humaines. Ils s’attachent en revanche à examiner la solidité des méthodes ayant conduit à ce bilan largement relayé.
Des incohérences dans la collection des données
Plusieurs anomalies apparaissent dans la manière dont les données ont été recueillies. Les chercheurs signalent notamment qu’une seule équipe de terrain aurait enregistré près d’un quart des décès violents recensés, alors qu’elle n’avait intégré qu’une fraction limitée des foyers inclus dans l’étude.
Un tel déséquilibre soulève des interrogations sur la cohérence globale du dispositif. D’autant que des différences démographiques notables entre les équipes d’enquêteurs ont également été identifiées. Selon l’analyse, les mécanismes de contrôle n’ont pas permis de corriger ces écarts.
La question de la représentativité devient alors centrale. Pour les auteurs, une estimation fiable à l’échelle d’une population suppose un échantillonnage rigoureusement équilibré, ce qui ne semble pas garanti dans ce cas précis.
Un terrain d’enquête fragmenté
Les données de géolocalisation examinées apportent un éclairage supplémentaire. Certaines zones d’enquête, présentées comme distinctes, se chevauchaient en réalité. Cette superposition pourrait avoir limité la diversité des profils exposés.
Par ailleurs, les enquêteurs n’auraient pu découvrir qu’une partie des secteurs qui leur avaient été attribués. Cette couverture accroît partiellement le risque de biais, dans un contexte déjà marqué par les contraintes du terrain.
Les déplacements massifs de population liés à la guerre compliquent encore l’analyse. La dispersion des familles augmente la probabilité de doublons dans le décompte des décès, un facteur difficile à maîtriser dans ce type d’étude.
Des écarts et des limites assumées
L’examen met également en évidence des divergences entre certaines données de la GMS et celles issues de sources indépendantes. Le nombre de Gazaouis détenus, par exemple, diffère considérablement selon les estimations.
Face à ces éléments, les auteurs n’avancent aucun nouveau bilan. Leur démarche consiste à alerter sur les limites d’une enquête devenue un point d’appui fréquent dans les discussions politiques et médiatiques.
Ils appellent ainsi à une lecture plus prudente des chiffres disponibles. Dans un contexte où chaque donnée alimente les prises de position internationales, la fiabilité des sources apparaît comme un enjeu majeur.
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