Guerre Russie-Ukraine, le point pour la journée du 28 août 2026
L’Ukraine aurait touché un bombardier stratégique russe à Engels-2
Les forces ukrainiennes ont annoncé une frappe contre la base aérienne d’Engels-2, dans la région russe de Saratov. Selon l’ISW, un bombardier stratégique russe a été touché. La base est située à plusieurs centaines de kilomètres de l’Ukraine et bénéficie d’une importante protection antiaérienne.
Engels-2 accueille notamment des appareils utilisés pour lancer des missiles de croisière contre l’Ukraine.
Analyse
Si les dommages infligés à l’appareil sont importants, la frappe possède une réelle valeur militaire. Les bombardiers stratégiques russes sont peu nombreux, coûteux et difficiles à remplacer.
L’opération démontre également que les défenses russes ne peuvent protéger simultanément toutes les bases, raffineries, usines et installations militaires situées dans la profondeur du territoire.
Le type exact de bombardier touché et l’étendue des dégâts ne sont pas établis publiquement. Aucun élément indépendant ne permet encore de conclure que l’appareil a été détruit.
L’Ukraine reprend localement l’initiative autour de Kostiantynivka et de Lyman
L’ISW n’a relevé aucune avancée russe confirmée le 28 août dans les secteurs de Pokrovsk, Novopavlivka, Soumy, Kharkiv, Houliaïpole ou Kherson.
Des informations ukrainiennes, partiellement étayées par des images géolocalisées antérieures, indiquent au contraire des gains tactiques limités autour de Kostiantynivka. Les Ukrainiens auraient nettoyé Oleksiïevo-Droujkivka et Ossykove de groupes d’infiltration russes.
Des sources russes reconnaissent également des contre-attaques ukrainiennes au sud-est de Lyman. Elles admettent que les forces russes ne disposent pas d’une présence significative dans le centre de la ville, contrairement à certaines affirmations antérieures.
Analyse
Ces résultats ne constituent pas une contre-offensive majeure. Ils montrent cependant que l’Ukraine conserve une capacité d’action locale et peut exploiter la vulnérabilité des petits groupes russes envoyés en infiltration.
Autour de Lyman, le maintien des positions ukrainiennes protège l’approche nord-est de Sloviansk. Autour de Kostiantynivka, les contre-attaques réduisent le risque d’une progression rapide vers Droujkivka.
Des informations ukrainiennes signalent parallèlement l’arrivée de soldats russes récemment formés sur l’axe de Sloviansk. Moscou pourrait préparer une intensification de ses opérations en septembre.
La situation reste particulièrement fluide autour de Kostiantynivka. La présence d’une unité dans un quartier ou un village ne signifie pas nécessairement que celui-ci est entièrement contrôlé.
Une vidéo russe censée montrer des soldats brandissant un drapeau à Mohrytsia, dans la région de Soumy, est soupçonnée par l’ISW d’avoir été modifiée à l’aide de l’intelligence artificielle. Elle ne constitue pas une preuve d’avancée.
Pertes militaires
Dans son bilan publié le 29 août, l’état-major ukrainien affirme que l’armée russe a perdu 1.420 hommes le 28 août.
Le terme employé recouvre les soldats tués et blessés, sans ventilation. Kyiv revendique également la destruction ou la neutralisation de trois chars, quatre blindés, 25 systèmes d’artillerie et trois lance-roquettes multiples
Dans son communiqué du 28 août, le ministère russe de la Défense affirme que les forces ukrainiennes ont perdu plus de 1.490 hommes dans les zones relevant des différents groupements russes.
Ce bilan porte sur les 24 heures précédant sa publication et ne correspond donc pas nécessairement à toute la journée du 28 août. Il additionne vraisemblablement morts et blessés.
Aucun organisme indépendant ne peut confirmer ces bilans quotidiens. Il est surtout impossible de déterminer combien de soldats ont réellement été tués de chaque côté.
Un décès russe particulier a néanmoins été rapporté le 28 août : le lieutenant-colonel Andreï Moisseïenko, officier de la direction opérationnelle de la 41e armée interarmes, aurait été tué lors de la frappe ukrainienne du 26 août contre un poste de commandement à Donetsk. Cette identification repose encore sur une source russe spécialisée dans le recensement des pertes et n’a pas été officiellement confirmée.
Les chiffres publiés par les deux camps — autour de 1.500 pertes adverses quotidiennes — indiquent une guerre d’attrition extrêmement coûteuse, mais leur proximité ne constitue pas une corroboration.
Une estimation communiquée le 28 août par des responsables occidentaux affirme que la Russie perdrait actuellement environ 6.000 hommes de plus par mois qu’elle n’en recrute, malgré près de 1.000 nouvelles recrues quotidiennes.
La Russie et l’Ukraine ne publient pas de bilan quotidien vérifiable de leurs propres morts. Les pertes adverses revendiquées ne permettent donc pas d’établir le rapport réel entre soldats tués, blessés, disparus ou revenus au combat.
La Russie poursuit ses vagues prolongées de drones contre l’Ukraine
Dans la nuit du 27 au 28 août, la Russie a lancé 164 drones Shahed, Gerbera et Parodiya, selon l’armée de l’air ukrainienne. Environ la moitié des Shahed auraient été équipés d’un moteur à réaction.
L’Ukraine affirme en avoir intercepté 137. Des impacts ont été recensés sur 16 sites et des débris sont tombés sur quatre autres.
Les frappes ont touché des infrastructures résidentielles, industrielles, énergétiques et logistiques dans de nombreuses régions. Deux missiles ont également frappé une zone industrielle de Soumy, blessant sept personnes.
Selon le ministre ukrainien de l’Intérieur, 16 personnes ont été tuées en Ukraine au cours des 24 heures précédentes dans différentes attaques. Les informations disponibles les présentent principalement comme des victimes civiles, et non comme des soldats.
Analyse
La Russie modifie le rythme de ses attaques. Au lieu d’une seule salve concentrée, elle lance de petits groupes de drones à intervalles réguliers afin de prolonger les alertes, d’user les équipes de défense aérienne et de perturber les transports et l’activité économique.
L’utilisation croissante de Shahed à réaction réduit le temps disponible pour leur détection et leur interception. Un appareil aurait parcouru près de 960 kilomètres depuis la Crimée jusqu’à la région de Volhynie.
Le bilan de 16 morts n’est pas encore ventilé précisément par région et par frappe. Le taux d’interception annoncé par l’armée ukrainienne n’a pas été vérifié indépendamment.
La guerre contre les infrastructures économiques prend de l’ampleur
Le ministre ukrainien de l’Agriculture a affirmé que les frappes russes avaient détruit environ 90 % des capacités logistiques alimentaires exploitées par les grandes chaînes de distribution. Il a toutefois précisé que cela ne signifiait pas que l’Ukraine serait privée de nourriture.
Des centres de tri de Nova Poshta, des entrepôts commerciaux et des installations de distribution ont été détruits ou endommagés autour de Kyiv et à Soumy.
Dans le même temps, l’Ukraine a de nouveau frappé la raffinerie Slavneft-YANOS de Iaroslavl. Le gouverneur régional russe a reconnu des dommages à une installation industrielle.
Selon deux sources industrielles interrogées par Reuters, la production russe d’essence est tombée à environ 80.000 tonnes par jour, soit 70 % de la demande intérieure, après l’arrêt de plusieurs raffineries frappées par des drones.
Analyse
Les deux belligérants cherchent désormais à affaiblir la capacité économique de l’adversaire :
- la Russie frappe les transports, les entrepôts, l’énergie et la distribution ukrainiens ;
- l’Ukraine cible le raffinage, le carburant et les installations soutenant l’effort militaire russe.
Les effets ukrainiens sur les raffineries sont désormais visibles : restrictions de vente, hausse des importations et baisse de la production. Cela ne paralyse pas encore l’armée russe, mais augmente le coût matériel et politique de la guerre.
Le chiffre ukrainien de 90 % concerne la logistique des grandes chaînes de distribution, et non 90 % de l’ensemble des capacités alimentaires du pays.
La Russie peut encore atténuer ses pénuries par les stocks, les importations et la réorientation de sa production. L’impact direct sur l’approvisionnement des unités combattantes n’est pas établi.
Kyiv veut porter ses frappes lointaines jusqu’à 1.000 drones par jour
Le président Volodymyr Zelensky a déclaré le 28 août avoir fixé l’objectif de faire passer les frappes ukrainiennes à longue portée d’environ 300 à 1 000 drones par jour.
Cette annonce intervient alors que l’Ukraine multiplie les frappes contre les raffineries, les bases aériennes et les infrastructures militaires russes.
Analyse
Si l’objectif est atteint, la Russie devra disperser davantage ses moyens antiaériens et protéger un nombre croissant de sites. Même des drones relativement peu coûteux peuvent imposer des dépenses importantes en intercepteurs, réparations et mesures de sécurité.
La quantité ne garantit cependant pas l’efficacité. Une campagne de 1.000 drones quotidiens exigerait une production industrielle, des communications et une planification des cibles d’une ampleur considérable.
Il s’agit d’un objectif présidentiel, pas encore d’une capacité démontrée. On ignore si le chiffre englobe tous les drones de frappe ukrainiens ou uniquement les appareils à longue portée.
Photo entête : Base de Engels-2
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