Service militaire, drones et intelligence artificielle : comment préparer l’Europe à la guerre ? (Analyse)
Face à la menace russe et aux tensions internationales, l’Europe doit reconstruire sa capacité militaire. Cela passe notamment par le retour du service obligatoire, mais aussi par une réflexion sur les drones et l’intelligence artificielle.
Aucun parent ne souhaite voir son enfant partir à la guerre
Cette inquiétude est parfaitement compréhensible dans une époque incertaine, marquée par la menace russe, l’islamisme, mais aussi par les déplacements de populations que pourraient provoquer les sécheresses et le dérèglement climatique.
De nombreux facteurs peuvent engendrer des tensions géopolitiques, voire de nouvelles guerres. C’est pourquoi il est primordial que l’Union européenne fasse de sa défense une priorité absolue, tout en développant une capacité d’action qui ne dépende pas exclusivement de l’OTAN.
Je défendais déjà, dans une carte blanche publiée il y a deux ans, le retour du service militaire obligatoire en Belgique. En réalité, cette mesure devrait concerner tous les pays européens. Elle me semble indispensable pour disposer d’armées suffisamment fortes et crédibles pour être réellement dissuasives.
Une armée forte pour ne pas devoir s’en servir
Préparer les jeunes à la guerre ne signifie pas souhaiter qu’ils soient envoyés au front. Une armée forte peut précisément dissuader un agresseur de passer à l’action. Pour préserver la paix, il faut être prêt à toute éventualité.
L’Union européenne commence à prendre conscience de l’urgence, mais elle a déjà perdu beaucoup de temps. Pendant des décennies, de nombreux États européens ont réduit leurs effectifs, fermé leurs casernes et laissé leurs capacités militaires s’affaiblir. Reconstituer des forces crédibles demandera du temps, des moyens et une volonté politique durable.
Un service militaire d’un an me semblerait toutefois excessif et peu adapté aux réalités actuelles. Le modèle suisse constitue, à mes yeux, une piste intéressante : quelques mois de formation initiale, suivis de rappels réguliers permettant aux hommes et aux femmes de conserver leurs acquis et de se familiariser avec l’évolution des armements.
Ces périodes pourraient également contribuer au suivi médical et au maintien de la condition physique des jeunes, notamment de ceux qui bénéficient moins facilement d’un accompagnement médical régulier.
Le drone reste une arme parmi les autres
Le développement des drones suscite une inquiétude compréhensible. Les images venues d’Ukraine montrent des soldats poursuivis, frappés et tués par des engins pilotés à plusieurs kilomètres du champ de bataille. Cette nouvelle réalité peut donner l’impression d’une guerre devenue plus froide et plus impitoyable.
Le drone est une arme nouvelle, mais il constitue aussi une évolution de l’armement comparable à celles que toutes les époques ont connues. Il tue des hommes, bien entendu, mais c’est la fonction de toute arme utilisée au combat.
Durant la Première Guerre mondiale, l’artillerie a ainsi causé la majorité des pertes sur le champ de bataille. Selon les estimations, les obus auraient été responsables de 60 à 80 % des soldats tués ou blessés.
Personnellement, je préfère le drone à l’obus lorsqu’il est employé par une armée qui respecte le droit international humanitaire. Le drone offre la possibilité d’observer une cible, de l’identifier, de l’attaquer en connaissance de cause ou au contraire, si la situation l’exige, de renoncer à la frappe et éviter un incident.
Il peut donc viser avec davantage de précision un objectif militaire, qu’il s’agisse d’un équipement ou d’un combattant. L’artillerie, même lorsqu’elle utilise des munitions guidées ou des coordonnées très précises, conserve une zone d’explosion susceptible de provoquer des dommages collatéraux parmi les civils, le personnel médical et les autres personnes protégées.
Observer, identifier et décider de tuer
Cette précision ne rend évidemment pas le drone infaillible. Tout dépend de la cible choisie, des renseignements disponibles et du comportement de l’opérateur.
Mais quelle différence fondamentale existe-t-il entre un drone piloté à distance et un tireur d’élite capable d’abattre une cible à plusieurs centaines de mètres ? Dans les deux cas, une personne observe, identifie la cible et décide de tuer.
Bien utilisé, le drone permet, à un coût relativement faible, de frapper les forces adverses tout en limitant certains risques pour les soldats qui l’emploient. Pour le combattant pris pour cible, les chances de survie peuvent être très faibles. Mais il en va de même lorsqu’il est visé par un obus, un missile, un tireur d’élite ou tout soldat l’ayant dans son viseur.
L’objectif premier d’une guerre reste la neutralisation des forces ennemies.
Face à un combattant qui participe aux hostilités, la capture demeure une possibilité opérationnelle, non une obligation militaire. Que l’arme soit un drone ou un fusil ne change rien au fait que la force létale peut être licitement utilisée contre tout ennemi qui est sous statut attaquable.
L’être humain doit rester maître de l’arme
Le véritable danger se situe davantage dans le remplacement de l’opérateur du drone par une intelligence artificielle capable de sélectionner seule les cibles et de décider de les attaquer.
Nous assisterions alors à un dangereux transfert de responsabilité. Qui devrait répondre d’une erreur, d’une cible mal identifiée ou de la mort de civils ? Le concepteur du système, le fabricant de l’arme, le commandant de l’unité ou l’intelligence artificielle elle-même ?
L’être humain doit rester maître de l’arme et conserver la décision finale.
L’intelligence artificielle peut l’aider à analyser une situation ou à identifier une menace. Elle ne devrait cependant jamais décider seule de la vie ou de la mort d’une personne.
L’Europe doit se préparer à affronter les guerres de demain. Elle doit former sa population, reconstruire ses forces armées et maîtriser les nouvelles technologies. Mais cette modernisation ne peut conduire à abandonner à une machine la responsabilité la plus grave qui soit : celle de décider de tuer.
Ce qu’il faut en retenir :
L’Europe doit reconstruire une défense crédible et envisager le retour du service militaire obligatoire. Les drones peuvent offrir davantage de précision que l’artillerie, mais l’être humain doit conserver la décision finale de frapper. Une intelligence artificielle ne devrait jamais pouvoir choisir seule qui tuer.
Ma carte blanche publiée en décembre 2024 sur le site de 21News :
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