Guerre au Mali, quatorze années d’échec face aux jihadistes (Dossier)
Commencée en 2012, la guerre au Mali oppose l’État à plusieurs insurrections. Malgré l’intervention française puis le soutien russe, les groupes jihadistes étendent leur influence.
La guerre au Mali dure depuis près de quinze ans. Elle mêle rébellion touareg, jihadisme, rivalités communautaires et effondrement progressif de l’État. La France a contenu l’offensive initiale en 2013. Elle n’a cependant pas réussi à rétablir durablement la sécurité. La junte militaire compte désormais sur la Russie, sans davantage parvenir à vaincre les groupes armés.
La rébellion touareg ouvre la crise en 2012
Une nouvelle insurrection éclate dans le nord du Mali en janvier 2012. Le Mouvement national de libération de l’Azawad réclame l’indépendance de cette immense région désertique. Il regroupe principalement des combattants touareg.
La chute de Mouammar Kadhafi en Libye accélère la crise. Des combattants touareg reviennent au Mali avec des armes et une expérience militaire. L’armée malienne, mal équipée et démoralisée, perd rapidement plusieurs positions.
La déroute provoque une crise politique à Bamako. Des militaires renversent le président Amadou Toumani Touré en mars 2012. Le coup d’État désorganise davantage les forces gouvernementales.
Les rebelles profitent du vide politique. Ils s’emparent de Kidal, Gao et Tombouctou. Le MNLA proclame alors l’indépendance de l’Azawad. Aucun État ne reconnaît cette déclaration.
Les jihadistes écartent leurs anciens alliés
Plusieurs organisations jihadistes ont participé à l’offensive initiale. Al-Qaïda au Maghreb islamique, Ansar Dine et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest combattent alors l’armée malienne.
Leur alliance avec les indépendantistes ne dure que quelques mois. Les jihadistes possèdent davantage d’hommes, d’argent et d’armes. Ils chassent progressivement le MNLA des principales villes conquises.
Les deux camps poursuivent des objectifs différents. Les rebelles touareg défendent un projet nationaliste. Les jihadistes veulent imposer leur interprétation de l’islam et étendre leur combat au Sahel.
Les mouvements islamistes appliquent une version particulièrement rigoureuse de la charia. Ils organisent des amputations, des flagellations et des exécutions publiques. À Tombouctou, ils détruisent aussi plusieurs mausolées.
La France arrête l’offensive vers le sud
Au début de janvier 2013, les jihadistes avancent vers le centre du Mali. Ils prennent Konna et menacent Mopti. Leur progression ouvre potentiellement la route vers Bamako.
Le gouvernement malien sollicite alors l’aide de la France. François Hollande lance l’opération Serval le 11 janvier 2013. L’aviation française frappe rapidement les colonnes jihadistes.
Les forces françaises et maliennes reprennent Gao, Tombouctou et Kidal. L’offensive repousse les groupes armés vers les zones désertiques et montagneuses. Elle empêche l’effondrement de l’État malien.
Cette victoire militaire ne met pourtant pas fin à la guerre. Les jihadistes abandonnent la défense des villes. Ils se dispersent et adoptent les méthodes de la guérilla.
La guerre change de nature
Les combattants islamistes multiplient les embuscades et les attentats. Ils posent des explosifs sur les routes et attaquent les convois isolés. Ils visent aussi les camps militaires et les représentants de l’État.
La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali se déploie en 2013. La Minusma doit soutenir le processus politique et protéger les populations. Elle devient rapidement l’une des missions les plus dangereuses de l’ONU.
La France remplace Serval par l’opération Barkhane en août 2014. Cette nouvelle mission couvre cinq pays du Sahel. Elle vise surtout les chefs jihadistes et leurs réseaux logistiques.
Paris élimine plusieurs commandants importants. Pourtant, les groupes armés continuent de recruter. Leur influence gagne le centre du Mali, puis le Burkina Faso et le Niger.
Le JNIM fédère les groupes liés à Al-Qaïda
En mars 2017, plusieurs organisations fusionnent pour former le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans. Son acronyme arabe donne le nom JNIM. Les médias francophones utilisent également GSIM.
Cette coalition rassemble notamment Ansar Dine, la Katiba Macina et la branche sahélienne d’Al-Qaïda. Le chef touareg Iyad Ag Ghali prend sa direction.
Le JNIM reste fidèle à Al-Qaïda. Il développe cependant une stratégie fortement enracinée dans les réalités locales. Il exploite les conflits fonciers, les rivalités communautaires et l’absence de services publics.
La Katiba Macina s’implante particulièrement dans le centre du pays. Elle recrute notamment parmi les populations peules. Certains éleveurs rejoignent le groupe pour obtenir une protection ou se venger d’exactions.
Le mouvement combine violence et administration. Il prélève des taxes, impose ses règles et arbitre des litiges. Il menace ou assassine les habitants qui collaborent avec l’État.
L’État islamique ouvre un autre front
Le JNIM ne détient pas le monopole du jihad au Mali. Une branche de l’État islamique se développe dans la zone frontalière avec le Niger et le Burkina Faso.
L’État islamique au Sahel agit surtout dans les régions de Gao et de Ménaka. Il attaque l’armée, les milices locales et les populations accusées de soutenir ses adversaires.
Les deux organisations jihadistes partagent certains ennemis. Elles se livrent pourtant une guerre violente pour contrôler les territoires et les routes. Elles se disputent également les recrues et les ressources.
Cette rivalité complique encore le conflit. L’armée malienne affronte plusieurs insurrections distinctes. Les civils se retrouvent souvent pris entre les différents camps.
En avril 2026, les combats entre jihadistes ont gagné l’ouest du Niger. L’État islamique aurait tué 35 membres du JNIM lors d’une attaque. Cette extension confirme la dimension régionale du conflit.
Deux coups d’État portent les militaires au pouvoir
Les défaites répétées fragilisent le pouvoir civil. Une partie de la population reproche au président Ibrahim Boubacar Keïta son incapacité à restaurer la sécurité.
Des militaires le renversent en août 2020. Le colonel Assimi Goïta occupe une place centrale dans le nouveau régime. Il mène un second coup de force en mai 2021.
Assimi Goïta concentre alors le pouvoir. La junte promet de rendre au Mali sa souveraineté et de reconquérir les territoires perdus. Elle accuse la France de ne pas avoir vaincu les jihadistes.
Les relations avec Paris se dégradent rapidement. Les dernières forces françaises de Barkhane quittent le Mali en 2022. Le pouvoir malien réclame ensuite le départ de la Minusma.
Le Conseil de sécurité met fin à la mission onusienne en juin 2023. Son retrait s’achève à la fin de la même année. L’armée malienne doit alors reprendre plusieurs positions abandonnées par les Casques bleus.
Moscou remplace progressivement Paris
La junte se tourne vers la Russie. Des membres du groupe Wagner arrivent pour former les militaires et participer directement aux opérations.
Bamako présente cette coopération comme un partenariat entre deux États souverains. Les Occidentaux dénoncent la présence de mercenaires. Le pouvoir malien refuse cette qualification.
Les forces maliennes et russes obtiennent certaines victoires. Elles reprennent notamment Kidal aux rebelles touareg en novembre 2023. Cette conquête offre un succès politique majeur à la junte.
Le groupe Wagner annonce la fin de sa mission en juin 2025. L’Africa Corps maintient cependant la présence russe. Cette structure dépend plus directement du ministère russe de la Défense.
La Russie fournit aussi des appareils et un soutien aérien. Le Mali utilise parallèlement des drones turcs Bayraktar. Ces moyens renforcent la puissance de feu de l’armée.
Une stratégie militaire aux résultats limités
L’armée peut désormais frapper des positions éloignées. Elle rencontre davantage de difficultés pour occuper durablement le terrain.
Le Mali couvre un territoire immense. Les effectifs disponibles ne suffisent pas à protéger chaque ville, village et route. Les garnisons isolées dépendent souvent de renforts aériens.
Le JNIM choisit le lieu et le moment de ses attaques. Ses combattants se déplacent sur des motos ou dans des véhicules légers. Ils se dispersent avant l’arrivée de l’aviation.
Les opérations maliennes et russes provoquent également de nombreuses accusations d’exactions. Des civils ont perdu la vie lors de raids et de frappes aériennes. Ces violences peuvent nourrir le recrutement jihadiste.
En juillet 2026, Human Rights Watch a accusé un appareil russe d’avoir tué huit civils à Kyrnia. Le village se trouve dans la région de Mopti. Reuters a rapporté ces accusations.
Les jihadistes changent d’échelle
Le JNIM a longtemps privilégié les explosifs et les embuscades. Il peut désormais lancer des attaques coordonnées contre de grandes positions militaires.
Ses combattants commencent souvent par observer longuement les camps. Ils identifient les défenses, les horaires et les voies de ravitaillement. Ils frappent ensuite depuis plusieurs directions.
Le groupe utilise des motos, des véhicules et parfois des drones. Il cherche à isoler la garnison avant l’arrivée des renforts. Après la prise du camp, il saisit les armes et les munitions.
Le JNIM ne conserve pas nécessairement chaque position conquise. Il peut se retirer après avoir détruit les installations. Cette méthode limite son exposition aux frappes aériennes.
Chaque victoire alimente la suivante. Les armes saisies équipent de nouvelles unités. Les véhicules capturés facilitent les déplacements. Les prisonniers renforcent la propagande du groupe.
Une alliance tactique avec les indépendantistes
L’armée malienne combat aussi le Front de libération de l’Azawad. Le FLA regroupe des mouvements indépendantistes principalement touareg.
Le JNIM et le FLA ne partagent pas le même projet. Le premier défend une idéologie jihadiste. Le second recherche l’indépendance ou une large autonomie du Nord.
Les deux mouvements coopèrent pourtant davantage depuis 2026. Leur ennemi commun reste la junte et ses alliés russes. Cette convergence leur permet de coordonner certaines offensives.
Le 25 avril 2026, ils lancent des attaques contre de nombreuses positions. Les combats touchent notamment Kati, Gao, Mopti, Sévaré et les environs de Bamako.
Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, perd la vie. Plusieurs localités du Nord tombent également aux mains des insurgés. L’armée et l’Africa Corps abandonnent certaines positions.
Cette offensive marque une rupture majeure, selon une analyse du Centre international de lutte contre le terrorisme. Les groupes armés démontrent leur capacité à agir simultanément dans plusieurs régions.
Dioura, symbole des faiblesses de l’armée
Le camp de Dioura se trouve dans le centre du Mali. Il protège plusieurs axes et gêne les déplacements jihadistes. Cette importance stratégique explique les attaques répétées.
En mars 2019, des jihadistes tuent plus de vingt soldats lors d’un premier assaut majeur. Des rebelles attaquent ensuite la position en septembre 2023.
Le JNIM frappe à nouveau en mai 2025. Environ 41 militaires perdent alors la vie. Les assaillants prennent temporairement le camp.
Une nouvelle offensive survient le 10 septembre 2026. Plusieurs sources font état de plus de 100 soldats maliens tués. Cinq membres russes de l’Africa Corps auraient aussi été abattu.
Le JNIM affirme avoir capturé 93 militaires. Des dizaines de prisonniers apparaissent dans ses vidéos. Le groupe emporte également plus de 200 fusils, des mitrailleuses, des mortiers et plusieurs véhicules.
L’attaque résume les difficultés de Bamako. L’armée réoccupe des positions vulnérables sans toujours garantir leur ravitaillement. Les renforts et le soutien aérien arrivent parfois trop tard.
Une guerre désormais proche de Bamako
Le JNIM ne limite plus ses opérations aux régions désertiques du Nord. Il frappe dans le centre, l’ouest et le sud du pays.
Le groupe attaque les convois de carburant et les axes commerciaux. Il enlève aussi des étrangers et cible des exploitations minières. Cette stratégie menace directement l’économie malienne.
Les jihadistes ont même annoncé un blocus de Bamako. Ils ne contrôlent pas totalement les accès à la capitale. Ils peuvent néanmoins perturber les approvisionnements et entretenir un sentiment d’encerclement.
La capitale reste sous le contrôle de la junte. L’armée possède encore des moyens importants. Une conquête rapide de Bamako paraît donc peu probable.
Le véritable danger réside dans un étouffement progressif. Les jihadistes peuvent isoler les villes, couper les routes et éliminer les garnisons périphériques. L’État conserverait alors les centres urbains sans contrôler les campagnes.
Un territoire morcelé entre plusieurs forces
En septembre 2026, aucune organisation ne contrôle seule le Mali. L’armée tient Bamako, plusieurs grandes villes et des bases importantes. Son autorité diminue souvent au-delà des centres urbains.
Le JNIM exerce une forte influence dans le centre et l’ouest. Il possède également des réseaux dans le Nord et près des régions méridionales.
Le FLA combat principalement dans l’Azawad. Il cherche à chasser les forces maliennes et russes du Nord. Sa coopération avec le JNIM renforce temporairement ses capacités.
L’État islamique conserve des positions dans le nord-est. Il combat les forces gouvernementales et ses concurrents jihadistes.
La population subit les violences de tous les camps. Les habitants doivent parfois choisir entre l’armée, les jihadistes et les milices locales. Un mauvais choix peut entraîner une arrestation, un enlèvement ou une exécution.
Une victoire militaire toujours plus lointaine
La junte affirme que le partenariat russe garantit la souveraineté du Mali. Les succès obtenus restent pourtant fragiles. Plusieurs territoires repris ont de nouveau échappé au contrôle gouvernemental.
L’armée dispose d’une puissance de feu supérieure. Elle ne possède pas assez d’hommes pour sécuriser durablement l’ensemble du territoire. Elle souffre aussi de faiblesses dans le renseignement, la logistique et la coordination.
Le JNIM profite de cette dispersion. Il évite les affrontements défavorables et concentre ses hommes contre les positions vulnérables. Il transforme chaque victoire en source de matériel et de prestige.
Les groupes jihadistes ne constituent donc plus une simple menace terroriste. Ils peuvent conquérir des camps, capturer des soldats et administrer certaines régions. Leur implantation locale leur permet de remplacer partiellement un État absent.
Quatorze ans après l’intervention française, la guerre au Mali atteint une nouvelle phase. Les partenaires étrangers ont changé, mais les causes profondes persistent. L’État ne parvient toujours pas à assurer la sécurité, la justice et les services essentiels dans de vastes territoires.
Ce qu’il faut en retenir :
Depuis 2012, le Mali affronte des indépendantistes touareg et plusieurs organisations jihadistes. L’intervention française a empêché l’effondrement de l’État sans rétablir la sécurité. Désormais soutenue par la Russie, la junte perd encore des positions face au JNIM, au FLA et à l’État islamique.
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