Seconde Guerre Mondiale : une croix autour du coup peut-elle sauver un soldat?
Je vais vous relater une histoire bouleversante, publiée il y a de nombreuses années dans les mémoires d’un soldat américain. Alors âgé de 22 ans, prénommé Edward, il a combattu en Europe durant la Seconde Guerre mondiale.
Cet article avait été traduit et reproduit dans un ouvrage que j’ai découvert à la bibliothèque communale. Bouleversé par ce récit, je l’ai recopié avec une machine à écrire, malheureusement, je n’en ai noté ni le titre de l’ouvrage ni le nom de son auteur.
Si vous connaissez le nom de cet ouvrage consacré à la Seconde Guerre mondiale, je vous serais reconnaissant de bien vouloir me le communiquer, afin que je puisse créditer correctement l’auteur de l’ouvrage.
Image d’entête bien entendu pour illustration, créée par l’IA.
Allemagne, 1945.
« Je suis en Allemagne avec ma compagnie, engagé dans des combats acharnés contre les forces allemandes. Notre objectif ultime est l’occupation du territoire et la fin de cette guerre. Les affrontements sont d’une violence extrême, mêlant l’artillerie et les combats rapprochés.
Lors d’une mission de reconnaissance en forêt, alors que j’avance seul en éclaireur, je suis soudain surpris par un soldat allemand, pire encore, un Waffen-SS d’une vingtaine d’années, tout comme moi. La situation rend ma capture improbable. Il est en position de force, son arme pointée sur moi. Mon heure est venue, il va m’abattre. Je lève instinctivement les mains, dans un geste désespéré face à une mort imminente.
Mais il ne tire pas. Son regard est attiré par quelque chose sous ma gorge. Il baisse légèrement son arme. Pourquoi ne me tue-t-il pas ? Il me fait signe de m’agenouiller ; j’obéis et place mes mains derrière la tête. L’Allemand s’approche lentement, toujours menaçant, puis, saisit la chaîne et la croix que je porte autour du cou. Un léger sourire se dessine sur ses lèvres, un sourire dont je ne saurais dire s’il est moqueur ou empreint d’empathie.
Il replace la croix sous ma chemise et me vise à nouveau, puis recule, son arme toujours dirigée vers moi, mais il ne tire toujours pas. Il n’est pas en mesure de me capturer, et c’est un SS. Qu’attend-il pour tirer ? Il me regarde et me fait signe de vider mes poches. Méfiant, j’obéis. Il recule de quelques pas, toujours menaçant. Que me veut-il ? Pourquoi suis-je encore vivant ?
Il me fixe un instant, hésitant, puis me fait signe de me relever. J’obéis. Debout, les mains en l’air devant cet Allemand, son arme dirigée vers moi et tenue fermement entre ses mains, je n’ai aucun doute sur le fait que je serai tué et pourtant, je lui obéis machinalement. Quand quelqu’un vous menace avec son arme, vous obéissez, même si vous n’avez aucun espoir de survie.
À distance, son arme pointée sur moi, il me montre la croix qu’il porte, lui aussi, autour du cou et m’adresse un sourire plus franc. Nous sommes deux chrétiens, mais aussi deux soldats ennemis. Il me fait signe de baisser les mains. Je présume qu’il ne veut pas tirer sur un homme les mains en l’air. Je vais être tué par un autre chrétien, me dis-je. Quelle importance qu’il soit chrétien ? Je suis un soldat ennemi qu’il doit éliminer. Je ne peux même pas le lui en vouloir ; je ferais de même à sa place. C’est la guerre.
Il me fixe, lève son arme vers moi et s’apprête à tirer. Je suis terrifié. Un cri incontrôlé de désespoir sort de ma bouche : « Non ! », l’implorant du regard de m’épargner. Je ne veux pas mourir.
Après un court instant, d’un air sérieux, il me fait signe avec son arme de m’en aller, de retourner d’où je viens. Je le regarde un instant ne comprenant pas la situation, est-il est sérieux ? Va-t-il me laisser la vie sauve ou plus probablement va-t-il me tirer dans le dos. Je ne sais comment réagir. Dans le doute, sans grand espoir, mais parce que c’est ma seule chance, j’obéis et lui tourne le dos. Je m’empresse de rebrousser chemin. J’ai l’espoir de vivre, bien que je sache qu’à chaque seconde je peux être abattu.
Après quelques mètres, il me crie : « Halte ! » Je me fige et me dis : c’était trop beau pour être vrai. Je m’arrête, plisse les yeux, attendant le coup fatal, la balle qui doit me tuer. Mais… il ne tire pas. Pourquoi ? Que me veut-il encore ?
Je me retourne, apeuré. Son arme est baissée, il me sourit et joint les mains en signe de prière. Une prière avant de me tuer, me dis-je ? Il me sourit, se retourne et disparaît derrière les arbres. Je crains qu’il ne change d’avis, je saisis l’occasion pour courir le plus vite possible pour rejoindre ma compagnie et me mettre en sécurité. Je suis arrivé à destination, j’ai peine à réaliser que je suis vivant. Mais pourquoi m’a-t-il laissé la vie sauve ? C’était un SS et, quand bien même, il devait m’abattre. C’était la guerre.
Jamais je n’oublierai cet homme, probablement Waffen-SS malgré lui, qui m’a laissé la vie sauve parce que nous partagions la même foi. Mais un ennemi reste un ennemi, quelle que soit sa religion, il n’avait aucune raison objective de m’épargner. Heureux d’avoir survécu à la guerre, cet homme restera pour toujours un mystère à mes yeux. »
Cette histoire qui semble irréelle, sortie tout droit d’un compte de fée, a vraiment eu lieue.
Elle est poignante, au cœur de l’horreur de la guerre, entre deux hommes que tout oppose, sauf leur foi chrétienne. Deux croyants qui se rencontrent dans une situation improbable, où l’un aurait dû ôter la vie de l’autre. Le soldat allemand a choisi de préserver la vie de son ennemi – chrétien comme lui – au-dessus de son devoir militaire, qui lui aurait ordonné de l’éliminer.
Mon avis sur ce fait de guerre
Je suis moi-même catholique. Je peux m’identifier à Edward, voire même au soldat allemand. En tant que chrétien, je suis conscient de la valeur d’une vie humaine et de l’importance du respect de l’autre.
Je conçois que le soldat allemand, apercevant cette croix, ait été touché par cette croyance commune, qu’une forme de synergie se soit créée entre les deux hommes, qu’ils se soient reconnus l’un dans l’autre. C’est une belle preuve d’humanité.
Mais, lors d’une guerre, devenu soldat, l’homme, quelles que soient ses croyances, se doit de respecter son engagement militaire. Tout en étant bien heureux qu’Edward ait survécu à cette épreuve, je ne puis concevoir le comportement du soldat allemand. Je pourrais me dire que ce récit illustre que, même dans la brutalité de la guerre, des gestes de compréhension mutuelle peuvent surgir, allant jusqu’à désobéir aux ordres et à la logique du conflit, et qu’il peut subsister une place pour la reconnaissance de la valeur de la vie humaine.
Soyons sérieux : si Edward avait porté une étoile de David autour du cou, la réaction du soldat allemand n’aurait certainement pas été la même. Dans cette histoire, je ne vois donc pas une reconnaissance universelle de la valeur de la vie humaine, car, dans ce cas, il ne devrait faire aucune distinction entre les hommes selon leur religion.
Le fait d’avoir préservé la vie et la liberté d’un soldat ennemi pour un motif religieux constitue, selon moi, une trahison envers sa patrie et ses camarades ; il a gravement failli à son devoir de soldat. Le fait qu’il ait reconnu chez son ennemi une croyance commune ne justifie en rien le fait de l’avoir épargné. Si Edward l’avait vu en premier, il aurait, à juste titre, neutralisé son adversaire. Dans son récit, Edward dit lui-même : « Je ne comprends pas pourquoi il ne me tue pas. »
Le devoir premier de tout soldat est de traquer et de neutraliser tout ennemi, en le capturant ou en l’éliminant. Aussi horrible que cela puisse paraître, la guerre ne laisse guère de place aux sentiments. À moins de mettre sa propre vie en danger, le soldat doit neutraliser son adversaire. D’après ce témoignage, le soldat allemand n’était pas en mesure de capturer Edward vivant.
Le droit international humanitaire autorisait pleinement le soldat allemand à employer la force létale contre Edward, qui demeurait un combattant ennemi actif. En revanche, c’est surtout au regard de son devoir militaire et des règles de son armée que son comportement peut être analysé comme une faute. En laissant repartir un ennemi capable de rejoindre son unité et de poursuivre le combat, il prenait le risque de mettre en danger ses propres camarades.
Sur le plan légal DIH (Droit International Humanitaire qui régit les lois de la guerre) et le code militaire
En temps de conflit armé, lorsque la capture d’un combattant ennemi est impossible, le droit international humanitaire (DIH) autorise pleinement, voire justifie, l’emploi de la force létal. le DIH n’oblige jamais un soldat à éliminer un ennemi, mais il préconise d’obéir au code militaire.
Le code militaire et de la discipline des forces armées va encore plus loin (ROE) :
Le soldat est dans l’obligation absolue de neutraliser toute menace ennemie, soit par sa capture, soit par son élimination. Laisser un ennemi actif en liberté constitue une infraction grave, assimilée à une faute opérationnelle et à une désobéissance. Un tel acte met en péril la sécurité de la section et peut entraîner des poursuites disciplinaires ou pénales militaires.
Un combattant participant activement aux hostilités demeure une cible légitime à éliminer par la force létale, conformément à l’article 43 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève, qui définit les combattants comme des objectifs militaires jusqu’à ce qu’ils soient hors de combat. Laisser un tel ennemi libre expose les forces propres à un danger imminent et viole le principe de nécessité militaire.
Le soldat ne peut en aucun cas s’abstenir d’agir ou permettre à l’adversaire de rester libre dans cette situation, sous peine de négligence grave ; la Règle 1 du DIH coutumier (ICRC) confirme que les combattants actifs doivent être attaqués tant qu’ils ne sont pas rendus incapables de nuire. Cette règle protège la vie des soldats en priorisant l’élimination de la menace active.
Ainsi, même si le geste du soldat allemand traduit une forme d’humanité, il demeure — d’un point de vue militaire — une trahison de son devoir de combattant et une violation du code de conduite de son armée.
Mon désaccord ne porte pas tant sur la compassion que sur le choix de la personne envers laquelle elle s’exerce. Dans mon analyse, en épargnant Edward, le soldat allemand ne fait pas seulement preuve de miséricorde envers un ennemi ; il prend aussi le risque en l’épargnant que son ennemi tue ensuite des soldats de sa propre unité, voir même sa propre personne.
Je suis toutefois bien conscient qu’il est facile de juger une situation sans l’avoir vécue.
Bien heureux de n’avoir jamais dû prendre les armes lors d’une guerre, je n’ai aucune expérience du combat, je n’ai jamais affronté d’ennemis, je ne me suis jamais battu et je n’ai jamais risqué ma vie. Qui suis-je, dès lors, pour me permettre de porter un jugement sur le comportement de cet Allemand ?
Simplement un homme de conviction qui analyse une situation et qui, au regard du risque encouru et des textes de loi, estime que ce soldat allemand, dans un élan d’humanité, a commis une faute grave, laquelle a probablement eu des répercussions par la suite, Edward ayant repris les armes et le combat.
Vous, lecteur, avez le droit de ne pas être d’accord avec ma position et de la contester. J’y vois même l’expression d’une liberté fondamentale dans une société démocratique. J’espère que, si vous estimez que je suis dans l’erreur, vous accepterez que je puisse avoir un avis différent du vôtre. C’est la confrontation des idées qui permet à une société d’évoluer..
Allemagne 1945 (Kriegsgerichtsbarkeit – loi martiale, § 353 StGB)
Sous le régime nazi, laisser un ennemi libre = « Fahrlässigkeit im Felde » (négligence au combat) était punie d’une exécution sommaire par la Wehrmacht. Si témoin il y a, ce soldat allemand est exécuté.
En Belgique (Code judiciaire militaire, art. 120-122 et doctrine OTAN-adoptée) :
Le soldat doit engager et neutraliser toute menace identifiée. Laisser un adversaire armé repartir constitue une négligence fautive (art. 122 : « abandon de poste ou manquement au devoir de vigilance »), passible de peines disciplinaires (jusqu’à 5 ans de prison militaire) ou sanctions pénales si mise en danger des camarades. La doctrine belge (manuel « Règles d’Engagement », 2023) stipule explicitement : « Neutraliser par capture ou force létale si capture impossible ».
Références :
- Protocole add. I, art. 43 ; Règle 1 DIH coutumier (CICR) : Définit les combattants comme légitimes cibles à neutraliser tant qu’ils participent aux hostilités. « Le soldat doit éliminer le combattant ennemi libre et actif. »
- Protocole additionnel I, art. 48 : Principe de distinction obligeant à attaquer uniquement les objectifs militaires actifs, justifiant l’élimination de la menace.
Share this content:


