Première Guerre Mondiale : 1914 – Un mitrailleur belge en action
Cigarette au bec, un soldat belge pose pour la caméra entre Dendermonde et Oudegem.
Cette photographie de presse est conservée dans les collections de la Bibliothèque nationale de France. Réalisée par l’Agence Rol en 1914, elle est répertoriée sous le titre : « Soldat belge fumant tranquillement une cigarette pendant un combat entre Termonde et Oudegem mitrailleur à son poste ». La notice de la BnF situe la photographie en octobre 1914.
Une photographie de guerre probablement mise en scène
Le but ? Montrer la guerre, mais aussi sûrement donner un peu de courage aux soldats et à ceux qui sont restés à l’arrière. Pourtant, la scène n’a rien de naturel. Pas de casque, une position peu pratique, une cigarette allumée dans une grange pleine de paille, tout cela montre bien que la photo a été arrangée pour l’occasion. On comprend alors que même au plus près du front, les photos de guerre sont souvent mises en scène.
Un détail supplémentaire va dans ce sens : aucune bande de munitions n’est engagée dans la mitrailleuse. Le soldat pose donc bien les mains sur son arme, mais celle-ci n’est manifestement pas en train de tirer au moment où le photographe déclenche son appareil. Il faut dès lors distinguer le contexte, qui est bien celui des combats de 1914 autour de Dendermonde et Oudegem, de l’instant précis représenté, très vraisemblablement organisé pour la photographie.
La mitrailleuse photographiée est une Maxim, une arme automatique lourde dont les différentes versions furent utilisées par plusieurs armées européennes. Servie normalement par plusieurs hommes, elle pouvait produire une puissance de feu considérable et constituait déjà en 1914 une arme redoutable contre une infanterie progressant à découvert.
Je ne me permettrai jamais de romancer l’histoire de nos soldats : le devoir de mémoire nous oblige envers ces hommes qui ont traversé d’inouïes épreuves, parfois mortelles, pour nous rendre notre liberté. Nous leur devons gratitude et bienveillance, en souvenir de nos soldats, ces hommes souvent bien jeunes, qui ont tout sacrifié pour leur pays, parfois leur vie.
Une fois la photographie prise, la guerre continue
La photo est prise, mais la journée du soldat ne s’arrête pas là. Une fois l’appareil rangé, il doit retourner à son vrai rôle, celui de combattant, prêt à défendre Dendermonde contre l’avancée allemande, mitrailleuse en main.
Et cette fois, la menace est bien réelle. La région de Dendermonde constitue en septembre et octobre 1914 une zone de combats entre l’armée belge et les forces allemandes. Des unités belges combattent notamment à Dendermonde, Saint-Gilles, Oudegem, Wieze et Grembergen. Les affrontements autour de l’Escaut sont particulièrement violents.
La photographie prend ainsi une autre dimension. Cet homme pose quelques instants devant l’objectif, mais il appartient à une armée qui combat réellement dans cette région. Une fois le photographe parti, la mitrailleuse peut être approvisionnée, les hommes reprendre leur poste et la guerre redevenir ce qu’elle est : un affrontement dans lequel chacun tente de tuer l’ennemi avant d’être lui-même tué.
Un homme dont nous ignorons le destin
On ne sait pas ce qu’il est devenu, ce soldat belge, resté anonyme sur la photo. Derrière son air sûr de lui, il y a sûrement beaucoup de fatigue et d’inquiétude, peut-être a-t-il été victime de la violence de la guerre, il en va de même pour tous les soldats à cette époque.
Nous ne pouvons donc pas raconter la suite de son histoire personnelle. A-t-il survécu aux combats de 1914 ? A-t-il ensuite combattu sur le front de l’Yser ? A-t-il traversé les quatre années de guerre ou son nom figure-t-il parmi ceux des soldats belges morts durant le conflit ? En l’absence d’identification, ces questions restent sans réponse.
Mais son anonymat donne aussi à la photographie une portée particulière. Cet homme peut représenter les milliers de soldats belges dont nous possédons parfois une photographie sans connaître leur histoire individuelle.
Dendermonde au cœur des combats de 1914
Autour de lui, la campagne flamande porte déjà les traces de la guerre. Les villages voisins sont abîmés, les champs marqués par les bombardements. Pourtant, dans cette grange, le temps semble s’arrêter un instant pour la photo. Les photographes, eux, ne se contentent pas de capturer la réalité, ils la mettent parfois en scène pour raconter une histoire ou transmettre un message.
Dendermonde et ses environs ont effectivement été durement touchés en 1914. La ville est prise dans les opérations militaires qui accompagnent les sorties de l’armée belge depuis le camp retranché d’Anvers. Les combats se poursuivent dans les localités voisines, notamment Oudegem, tandis que les destructions frappent également les habitations et les infrastructures civiles.
Cette image, retrouvée bien plus tard, nous confronte au fait que la guerre, ce n’est pas seulement des combats et des stratégies. Ce sont aussi des moments comme celui-ci, où l’on essaie de garder le moral, de donner une image forte, même si la réalité est bien plus dure.
Et c’est peut-être précisément ce qui rend cette photographie intéressante aujourd’hui. Nous savons qu’elle est probablement mise en scène, mais cela ne lui enlève pas sa valeur historique. Au contraire : elle nous renseigne à la fois sur le soldat belge de 1914, sur son armement et sur la manière dont la guerre était photographiée et présentée à ceux qui ne se trouvaient pas sur le champ de bataille.
Le soldat sur la photo représente tous ceux qui ont vécu cette guerre, avec leurs peurs, leurs espoirs et leur courage, même si l’Histoire n’a pas retenu leur nom.
Hommage à tous ces hommes, les défenseurs de notre liberté !
Ce qu’il faut en retenir :
En octobre 1914, au milieu des combats autour de Dendermonde et Oudegem, un mitrailleur belge prend quelques instants pour poser devant un photographe, cigarette au bec et les mains sur sa Maxim. La scène est probablement arrangée, mais l’homme, son arme et la guerre qui l’entoure sont bien réels. Nous ignorons son nom et ce qu’il est devenu. Plus d’un siècle après, son visage demeure celui d’un de ces milliers de soldats belges qui combattirent l’invasion allemande en 1914.
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