Sergent Américain John Ray : Un destin, un homme à Sainte-Mère-Église, tué à l’âge de 21 ans
John RAY est né le 18 août 1922 à Gretna, en Louisiane, aux États-Unis. Engagé dans l’armée américaine en 1941, il devient sergent au 505e régiment d’infanterie parachutiste de la 82e division aéroportée, sous le matricule 34005401. Le 6 juin 1944, lors des combats de Sainte-Mère-Église, il est grièvement blessé par les tirs d’un soldat allemand. Malgré ses blessures, il parvient encore à abattre son adversaire. Amputé d’une jambe et atteint par la gangrène, John Ray meurt sept jours plus tard, le 13 juin 1944. Il avait 21 ans.
Un fils de vétéran devenu parachutiste
John Ray est le fils de Johnny RAY, vétéran de la Première Guerre mondiale, et de Nora RAY.
Le 9 janvier 1941, il s’engage dans l’armée américaine, suivant ainsi les traces de son père. Son frère Stanley rejoint également l’armée.
En 1942, John Ray est affecté à la 82e division aéroportée et plus précisément à la compagnie F, 2e peloton, du 505e régiment d’infanterie parachutiste.
Vers mai 1943, au cours d’une permission, il épouse Paula FREEMAN à Gretna, en Louisiane. Leur lune de miel à l’hôtel Roosevelt ne dure qu’une semaine avant que John ne reparte. Les deux époux ne se reverront jamais et n’auront pas d’enfant.
De la Sicile à la Normandie
En juillet 1943, John Ray participe avec son unité à la campagne de Sicile, où les parachutistes de la 82e division aéroportée sont engagés dans les opérations accompagnant l’invasion alliée de l’île.

Moins d’un an plus tard, il est engagé dans une opération d’une tout autre ampleur. Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, les parachutistes américains sont largués en Normandie afin de soutenir le débarquement allié.
6 juin 1944 : John Ray tombe sous les balles allemandes
Nous sommes le Jour J. Le sergent John Ray est parachuté à Sainte-Mère-Église, où se trouvent également Ken Russell et John Steele, ce dernier étant devenu célèbre pour être resté suspendu à l’église après que son parachute s’y fut accroché.
Au cours des combats, un soldat allemand s’approche de John Ray et ouvre le feu avec son pistolet-mitrailleur. Plusieurs balles atteignent le sergent américain à la hanche et aux jambes. Grièvement blessé, Ray s’effondre.
Ken Russell racontera la scène :
« Je ne l’oublierai jamais ; il avait les cheveux roux et, en se rapprochant, il a mitraillé le sergent RAY. Le pensant mort, il se tourna vers John Steele et amena son pistolet mitrailleur pour le tuer. Je ne pouvais intervenir, mon arme était hors d’usage et je savais que l’Allemand m’avait aussi repéré. Le sergent John RAY, alors qu’il était à l’agonie, a trouvé l’ultime courage, il a sorti son 45 et a visé et tué le soldat Allemand lui tirant une balle dans la nuque. Sans John, Steele et moi serions morts. »
Grièvement blessé, il abat encore le soldat allemand
Le soldat allemand croit avoir mis John Ray définitivement hors de combat et se tourne vers les autres parachutistes américains. Mais Ray est toujours vivant. Grièvement atteint et perdant beaucoup de sang, il trouve encore la force de sortir son pistolet Colt .45 et de tirer. Sa balle atteint l’Allemand à la nuque et le tue.
Le geste de John Ray prend toute sa dimension dans le témoignage de Ken Russell : selon lui, l’intervention du sergent blessé sauve directement sa vie et celle de John Steele. Quelques secondes auparavant, l’Allemand avait abattu Ray ; c’est finalement le soldat américain grièvement blessé qui parvient à tuer son adversaire avant que celui-ci ne puisse abattre ses camarades.
Les brancardiers le croient mort
John perd beaucoup de sang et sombre dans l’inconscience alors que les combats font rage autour de lui. Les brancardiers ne peuvent rejoindre le sergent John RAY et le croient mort puisqu’il ne donne plus aucun signe de vie.
Lorsque la situation permet finalement de récupérer son corps, les brancardiers découvrent avec stupéfaction que John Ray respire encore. Le sergent est transporté au poste médical du 505e installé dans l’hospice de Sainte-Mère-Église. Ses blessures sont extrêmement graves. Une de ses jambes doit être amputée. Mais son état continue de se dégrader. La gangrène s’installe et ses chances de survie deviennent très faibles.
John Ray lutte encore pendant sept jours
Contrairement à ce que les hommes présents sur la place avaient d’abord pensé, John Ray n’est donc pas mort sous les tirs allemands du 6 juin. Il survit encore pendant sept jours. Mais les blessures provoquées par les balles et leurs complications finissent par avoir raison de lui.
Le 13 juin 1944, à 10 heures du matin, le sergent John Ray meurt des suites de ses blessures et de la gangrène à l’hôpital de Sainte-Mère-Église.
Il avait 21 ans. Sa jeune épouse Paula, épousée environ un an auparavant, ne le reverra jamais.
De Sainte-Mère-Église au cimetière américain de Colleville-sur-Mer
John Ray est d’abord enterré en Normandie.
Le 23 avril 1948, son corps est exhumé à Sainte-Mère-Église pour identification. Henry A. GENTZEL procède à l’identification et à la préparation des restes pour leur transfert. Une étiquette d’identification est placée avec le corps. Le rapport mentionne la présence de restes de l’uniforme et décrit les restes humains comme étant à l’état de squelette.
Le 9 mars 1949, le sergent John Ray est définitivement inhumé au Normandy American Cemetery à Colleville-sur-Mer, parcelle E, rangée 26, tombe 36, en présence de l’officier responsable des enterrements, le 1st Lt. C. H. HIEMSTRA.
Elmer Habbs, un autre parachutiste de Sainte-Mère-Église
Le soldat Elmer Habbs, de la 82e division aéroportée, originaire du Delaware, a sauté sur Sainte-Mère-Église en même temps que John Ray.
Le 7 juin 1944, Elmer Habbs est photographié se reposant à côté de l’entrée nord de Sainte-Mère-Église. Il a survécu aux combats du Jour J et poursuivra la guerre jusqu’à son retour aux États-Unis. John Ray, lui, se trouve alors grièvement blessé et mourra six jours plus tard.

La tombe de John RAY à Colleville-sur-Mer, Normandie

À Sainte-Mère-Église, les soldats allemands meurent eux aussi
Les Allemands ont aussi payé cette bataille à Sainte-Mère-Église au prix fort.
Nombre d’entre eux sont tués, comme en témoigne cette photographie de soldats allemands morts, dont les corps attendent d’être inhumés au cimetière d’Orglandes.

Il est difficile d’éprouver de la joie devant ces hommes morts.
Derrière chacun de ces uniformes allemands se trouvait également un homme. Certains pouvaient être convaincus par l’idéologie nazie, d’autres étaient des conscrits : sur le champ de bataille, cette distinction ne changeait cependant pas leur statut de combattants ennemis.
Ne pas se réjouir de la mort de ces hommes n’interdit cependant pas d’éprouver une satisfaction à constater qu’ils ont été vaincus par les soldats américains.
Ces soldats allemands combattaient les forces alliées et leur mort permettait de sauver des soldats alliés et de poursuivre la libération du territoire occupé. Il ne s’agit donc pas de compassion envers l’ennemi au point d’oublier la réalité du combat : leur mort était nécessaire et légitime sur le plan militaire.
Les soldats alliés devaient les combattre et, lorsque cela était nécessaire pour vaincre leurs positions et poursuivre leur progression, les tuer. Les Allemands faisaient exactement la même chose face à eux. L’histoire de John Ray montre très concrètement cette réalité du combat : deux hommes ennemis se sont affrontés avec leurs armes et chacun finira par causer la mort de l’autre.
Derrière les uniformes, des hommes qui devaient s’entretuer
La mort de ces soldats allemands était-elle nécessaire pour libérer Sainte-Mère-Église et poursuivre l’offensive alliée ? Dans le cadre des combats, lorsqu’ils continuaient à défendre leurs positions et à combattre les forces alliées, la réponse est oui.
Il ne s’agit pas de se réjouir de leur mort. Il s’agit de regarder la réalité du combat : les Alliés devaient vaincre les hommes qui leur opposaient les armes, tout comme ces derniers cherchaient à tuer les soldats alliés.un soldat allemand lui tire dessus
Le sacrifice des Alliés reste au centre de cette histoire
Il faut se souvenir du sacrifice des soldats alliés qui se sont battus avec courage à Sainte-Mère-Église.
Notre homme, le sergent américain John Ray, tué des suites des blessures infligées par l’un d’eux.
Il est mort en participant à la libération de l’Europe occupée et au combat qui devait nous rendre notre liberté. Les Alliés se sont battus contre les nazis, leur détermination a permis de repousser l’obscurantisme et de rétablir une forme de justice. La reconnaissance que nous leur devons est immense, et il ne faudrait pas qu’une compassion mal placée envers l’ennemi vienne l’atténuer.
Reconnaître que derrière l’uniforme allemand se trouvait également un homme ne signifie donc pas oublier de quel côté se trouvaient ceux qui étaient venus libérer l’Europe occupée. Cela ne signifie pas davantage que les soldats alliés auraient dû hésiter à combattre leurs adversaires.
John Ray est l’un de ces hommes. À 21 ans, il est venu combattre en Normandie pour participer à la libération de l’Europe occupée. Fils d’un vétéran de la Première Guerre mondiale, marié depuis environ un an à Paula qu’il ne reverra jamais, il avait lui-même choisi de s’engager dans l’armée américaine dès 1941. À Sainte-Mère-Église, cet homme ira jusqu’au bout de son engagement : grièvement blessé le 6 juin, il luttera encore pendant sept jours avant de mourir des suites de ses blessures et de la gangrène.
L’Allemand avait mortellement atteint John Ray ; John Ray avait tué l’Allemand.
Deux hommes ennemis s’étaient affrontés avec leurs armes et un seul avait survécu aux premières minutes du combat. Sept jours plus tard, aucun des deux n’était encore vivant. En définitive, ces deux hommes s’étaient entretués.
La mort de ces soldats allemands était une nécessité absolue
Dans certaines circonstances, la violence extrême est nécessaire et indispensable pour défendre des valeurs fondamentales. À Sainte-Mère-Église, les soldats allemands qui continuaient à combattre devaient être vaincus. Lorsqu’ils ne se rendaient pas et continuaient à faire usage de leurs armes, ils devaient être impérativement tués.
Chaque combattant allemand mis hors de combat était un adversaire de moins susceptible de tuer un soldat allié et permettait aux forces américaines de poursuivre leur progression. Lorsque cet adversaire devait être tué pour parvenir à ce résultat, sa mort contribuait directement à la sauvegarde des soldats alliés et à la victoire sur l’Allemagne nazie.
L’histoire de John Ray en apporte une démonstration particulièrement concrète. L’Allemand qui venait de le mitrailler s’apprêtait, selon le témoignage de Ken Russell, à tuer John Steele et probablement Russell lui-même. Bien que grièvement blessé, Ray l’abat d’une balle dans la nuque. Dans cet instant précis, tuer cet homme était le moyen dont disposait John Ray pour empêcher un combattant ennemi de tuer encore ses camarades.
« À la guerre, pas de pitié pour l’ennemi, il faut le vaincre pour ne pas être vaincu ! »
Ce qu’il faut en retenir :
Le 6 juin 1944, le sergent américain John Ray, 21 ans, est grièvement blessé à Sainte-Mère-Église par un soldat allemand qui le croit mort. Alors que celui-ci s’apprête à abattre John Steele et Ken Russell, Ray trouve encore la force de sortir son Colt 45 et tue l’Allemand d’une balle dans la nuque, sauvant selon Russell ses deux camarades. Amputé d’une jambe et atteint par la gangrène, John Ray lutte encore pendant sept jours avant de mourir. L’Allemand avait mortellement atteint John Ray ; John Ray avait tué l’Allemand. En définitive, les deux hommes s’étaient entretués.
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