La photographie s’invite pour la première fois à la guerre

La guerre de sécession est représentée comme à l’accoutumée par des dessins et peintures, mais aussi par l’art de la photographie. S’il était difficile de photographier des scènes de combats dans la mesure ou la photographie de l’époque exigeait une longue pose des sujets, il leur était à contrario très simple de photographier les soldats morts au combat.

C’est ainsi que la photographie s’est imposée à la guerre, que 150 ans plus tard nous pouvons avoir une image réelle des visages de soldats qui s’y sont battus, qui y sont morts.

Le photographe Alexander Gardner

Alexander Gardner (17 octobre 1821 – 10 décembre 1882) est un photographe de guerre américain d’origine écossaise, principalement connu pour ses portraits du président Abraham Lincoln et ses photographies de la Guerre de Sécession.

Abraham Lincoln est élu président en 1860 et avec son élection, les menaces de guerre se précisent. Gardner, vivant à Washington, se trouve à proximité des arcanes du pouvoir. Sa popularité en tant que portraitiste s’accroit alors qu’il capture, jour après jour, les visages des soldats partant pour la guerre.

Brady a l’idée de photographier la guerre. Gardner grâce à ses relations et en particulier à Allan Pinkerton (qui est alors à la tête des opérations de renseignement qui deviendra le Secret Service) transmet l’idée de Brady à Lincoln. Pinkerton recommande Gardner au poste de chef photographe de l’U.S. Topographical Engineers. Après ce bref mandat, Gardner devient photographe de l’état-major du général George B. McClellan, commandant l’Armée du Potomac. C’est alors que Gardner abandonne la gestion de la galerie de Brady. Gardner reçoit le grade honoraire de capitaine, puis il photographie la Bataille d’Antietam en septembre 1862, développant ses photos grâce à son laboratoire itinérant.

Gardner travaille pour Mathew Brady de 1856 à 1862. Selon une chronique du New York Times, Gardner a souvent vu ses travaux faussement attribués à Brady et malgré l’importance de son oeuvre, les historiens n’ont pas accordé pleine reconnaissance de son travail de documentation de la Guerre de sécession. Lincoln démet McClellan du commandement de l’Armée du Potomac en novembre 1862, ce qui rend plus précaire le rôle de chef photographe de l’armée de Gardner. C’est au même moment qu’il cesse de travailler pour Brady, sans doute parce que ce dernier avait l’habitude de s’attribuer la paternité des travaux de ses employés en les estampillant « Photographed by Brady » (photographié par Brady). Pendant l’hiver, Gardner accompagne le général Ambrose Burnside, photographiant la Bataille de Fredericksburg. Puis il suit la campagne du général Joseph Hooker. En mai 1863, avec son frère James, il ouvre son propre studio à Washington, engageant des nombreux ancien employés de Brady.

En juillet 1863, il photographie la fameuse Bataille de Gettysburg, puis le Siège de Petersburg du 15 juin 1864 au 25 mars 1865.

Soldat confédéré tué à la bataille de Gettysburg du 1 au 3 juillet 1863

En 1866, il publie un ouvrage en deux volumes, intitulé: Gardner’s Photographic Sketch Book of the Civil War. Chaque volume contient 50 épreuves. Toutes les photographies ne sont pas de Gardner et il crédite aussi bien l’auteur du négatif que l’auteur du tirage. Le Sketch Book contient des photographies de Timothy O’Sullivan, James F. Gibson, John Reekie, William R. Pywell, James Gardner (son frère), John Wood, George N. Barnard, David Knox et David Woodbury parmi d’autres.

Quelques exemples de photos de soldats confédérés tués prises par le photographe Alexander Gardner

Soldats confédérés tués el long d’une tranchée

Cadavres de soldats confédérés tués près a la ferme de Alsop entre le 12 et le 20 mai 1864

Cadavre en décomposition d’un soldat confédéré

Soldats de l’armée confédérée pendant la guerre de Sécession (1861-1865)

Soldats de l’armée confédérée pendant la guerre de Sécession (1861-1865)

Le photographe Timothy O’Sullivan

Dans une scène trop typique après le combat d’une journée du 12 au 13 mai 1864 qui a submergé le saillant de Mule Shoe tenu par les Confédérés à Spotsylvania Court House, en Virginie, un fantassin confédéré mort (voir ci-dessous) a été photographié par Timothy O’Sullivan près de la ferme Alsop le 20 mai. Ce soldat a été tué au combat lors de la bataille de Harris Farm le 19 mai. À l’aube du vendredi 13 mai, un journaliste du New York Times traversant le carnage de Mule Shoe a écrit qu’au moins un millier de soldats confédérés similaires gisaient morts dans une petite zone. La bataille des 12 et 13 mai n’a jamais été égalée pour sa férocité en termes de durée des combats.

Un soldat confédéré tué, pris de face et de côté

Thomas C. Roche (photographe)

Comme de nombreux soldats confédérés, cet homme se battait pieds nus par manque d’argent – Photo de Thomas C. Roche

Le photographe de guerre, Thomas C. Roche 1826-1895, a laissé un héritage profond avec ses images prises les 2 et 3 avril 1865. Roche a capturé un certain nombre de scènes de soldats confédérés tombés, qui avaient tous péris la veille à la bataille de Petersburg, la plupart à Fort Mahone. L’intention de Roche était sans aucun doute de documenter la victoire des Nordistes sur un Sud prostré, mis en évidence par des images de morts confédérés vaincus.

Roche photographiait pour le général Montgomery C. Meigs, quartier-maître général de l’armée américaine. Meigs voulait documenter les efforts logistiques qui ont fourni les armées de l’Union pendant le siège de Pétersbourg. Roche pris de nombreuses images de la base de l’Union à City Point, en Virginie. Les images les plus connues de Roche sont les photos de soldats confédérés tués dans les tranchées à l’extérieur de Petersburg peu de temps après leur abandon.

Photographies de soldats confédérés tués prises par Thomas C. Roch à Fort Mahone :

Photo 1 : Ce soldat mort d’une blessure par balle dans l’abdomen n’avait que 14 ans. Il se battait sans chaussures aux pieds.
Photo 2 : Probablement la photographie la plus connue de la guerre de sécession avec ce soldat tué d’une balle dans le visage

Autres photos de soldats confédérés tués au combat (différents photographes)

L’intérêt de ces photographies réside, au-delà de leur portée historique, dans leur capacité à donner un visage à une guerre vieille de plus de 150 ans. Certes, ces hommes ont péri, fauchés au combat, mais le fait de pouvoir contempler ce conflit autrement qu’à travers des peintures permet d’en saisir plus profondément la réalité et de ne pas laisser s’effacer la mémoire de ces combattants.

La photographie est un art qui bouleverse durablement notre regard sur l’histoire. Malgré le passage des années, les images subsistent : elles demeurent comme un fragment vivant du passé, offert à notre regard, et ces hommes, dans leur destinée tragique, ne seront jamais tout à fait oubliés.

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J’analyse le monde contemporain — actualité, faits de société, conflits et guerres — pour comprendre en profondeur le fonctionnement de l’être humain. Le philosophe y prend alors le relais, face à un univers à la fois merveilleux et troublant.

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