Laudato si’ : un souffle en perte de vitesse ?

Dix ans après Laudato si’, l’élan semble s’essouffler sans disparaître. Dans une Église confrontée au doute et à la dispersion des priorités, certains continuent de défendre une écologie intégrale enracinée dans la foi. Entre interrogations sur l’efficacité et volonté de maintenir le cap, l’engagement persiste, parfois à contre-courant.

Dans les diocèses francophones belges, le constat s’impose progressivement : la question écologique ne mobilise plus avec la même intensité qu’au lendemain de l’encyclique du pape François. Le départ récent de plusieurs responsables diocésains dédiés à l’écologie intégrale, parfois désabusés par le manque d’impact ou de reconnaissance, a contribué à installer un climat d’incertitude. Pourtant, aucun indicateur ne permet de conclure à un abandon pur et simple.

Une dynamique fragilisée mais toujours active

Sur le terrain, les initiatives se poursuivent. Sessions, rencontres et week-ends inspirés de Laudato si’ continuent d’être organisés, même si leur portée interroge. Christophe Renders, aujourd’hui actif au « Centre Avec » (centre d’analyse sociale jésuite) après un passage au vicariat du Brabant wallon, reconnaît lui-même ces doutes. Face à l’ampleur des défis environnementaux, l’utilité de ces actions peut sembler dérisoire.

Le recul n’efface cependant pas l’expérience vécue. Ces rassemblements, explique-t-il, produisent souvent leurs effets dans la durée. Au-delà des contenus abordés, ils permettent surtout de rompre l’isolement et de renforcer un sentiment d’appartenance. Dans un domaine où l’engagement peut paraître solitaire, cet aspect communautaire reste déterminant.

Entre foi et perception d’un « ajout »

L’un des obstacles majeurs réside dans la réception même du message. Pour nombre de fidèles, l’écologie intégrale apparaît comme une exigence supplémentaire, venant s’ajouter à un ensemble déjà dense de pratiques et d’engagements. Une perception qui freine son appropriation.

Or, insiste Christophe Renders, l’encyclique ne propose pas une série d’obligations nouvelles, mais une manière cohérente de vivre la foi chrétienne. Ce décalage entre l’intention du texte et sa perception concrète explique en partie les difficultés rencontrées sur le terrain.

Dans les faits, les initiatives existent toujours en nombre. Mais leur caractère ponctuel limite leur capacité à transformer durablement les comportements. La question d’une véritable « conversion écologique », souhaitée par le pape François, reste donc ouverte.

Un espace de rencontre au-delà des croyants

Malgré ces limites, Laudato si’ conserve une spécificité : sa capacité à rassembler au-delà du cercle des pratiquants. Les événements organisés attirent un public diversifié, mêlant chrétiens engagés, curieux et personnes éloignées de l’Église.

Ce croisement des profils constitue l’un des atouts du projet. Les thématiques abordées — crises environnementales, justice sociale, modes de vie — résonnent bien au-delà du cadre religieux. Elles offrent un terrain commun à des participants issus d’horizons variés.

Dans ce contexte, même des initiatives modestes peuvent produire des effets inattendus. L’idée n’est plus seulement de convaincre, mais de semer des jalons. Une approche qui assume ses limites tout en misant sur le temps long.

Par Alain Schenkels
Source : Cathobel

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J’analyse le monde contemporain — actualité, faits de société, conflits et guerres — pour comprendre en profondeur le fonctionnement de l’être humain. Le philosophe y prend alors le relais, face à un univers à la fois merveilleux et troublant.