Ortona 1943 : les Canadiens paient le prix du sang pour vaincre les Allemands

La campagne d’Italie, qui a suivi le débarquement allié en Sicile, a été un théâtre d’opérations particulièrement difficile. Les forces alliées, progressant vers le nord de la péninsule, se sont heurtées à une résistance allemande tenace. Ortona, une petite ville côtière des Abruzzes, a acquis une importance stratégique en raison de sa position sur la ligne Gustav, une série de fortifications allemandes. La prise d’Ortona était donc essentielle pour la progression alliée, quelqu’en soit le prix humain à payer.

Ortona, une ville que les Allemands décident de défendre

En décembre 1943, les troupes canadiennes, notamment le Loyal Edmonton Regiment et le Seaforth Highlanders of Canada dont cet homme fait partie, ont été chargées de s’emparer d’Ortona. Ce qui devait être une opération rapide s’est transformé en une bataille de rue acharnée. Les Allemands se sont retranchés dans les bâtiments et utilisaient des tactiques de guérilla urbaine. Ils ont transformé chaque rue, chaque maison en un champ de bataille.

Les Allemands disposent d’un avantage évident : ils défendent une ville qu’ils ont préparée au combat et peuvent exploiter les bâtiments, les rues étroites, les décombres et les positions fortifiées pour ralentir les Canadiens. Ces derniers doivent au contraire progresser dans un environnement où l’ennemi peut surgir ou tirer depuis de nombreuses positions.

La photographie en tête de cet article montre précisément cette réalité : un soldat canadien du Loyal Edmonton Regiment ouvre le feu sur une position allemande. Nous ignorons l’identité de cet homme, mais son geste appartient à cette bataille menée à très courte distance contre des soldats allemands solidement retranchés.

Une bataille maison par maison

Les Canadiens ont dû avancer lentement, maison par maison, en utilisant des techniques innovantes comme le «mouse-holing» (ils créent des passages à travers les murs des bâtiments pour se déplacer sans s’exposer aux tirs ennemis dans les rues). Cette méthode permet également aux soldats de pénétrer directement d’un bâtiment dans un autre. Dans une ville où traverser une rue pouvait exposer immédiatement un homme aux tirs allemands, ouvrir un passage à travers un mur permettait de poursuivre l’avance en restant davantage à couvert.

La violence des combats était telle que la bataille a été surnommée «le petit Stalingrad». Les Canadiens ne s’y étaient pas préparés.

Les affrontements prennent alors la forme d’un combat extrêmement rapproché. Les hommes progressent dans des bâtiments endommagés ou piégés, tandis que les rues sont couvertes par les tirs et que les positions allemandes doivent être réduites les unes après les autres.

Le Loyal Edmonton Regiment et les Seaforth Highlanders au cœur des combats

Le Loyal Edmonton Regiment et les Seaforth Highlanders of Canada supportent l’essentiel des combats dans la ville. Les Canadiens affrontent notamment des parachutistes allemands de la 1re division parachutiste, une formation expérimentée que le commandement allemand a engagée dans la défense d’Ortona.

La bataille devient ainsi une succession de combats pour quelques maisons, quelques mètres de rue ou une position fortifiée. Le terrain gagné peut sembler dérisoire à l’échelle d’une campagne militaire, mais chaque position allemande éliminée permet aux Canadiens de progresser un peu plus profondément dans la ville.

Les photographies prises pendant la bataille d’Ortona témoignent de la violence des combats et du courage des soldats canadiens. L’une d’elles, montrant un soldat du Loyal Edmonton Regiment tirant sur une position allemande, est devenue un symbole de la bataille.

Un dîner de Noël à quelques centaines de mètres de l’ennemi

La photographie « The Mystery of the Christmas Day Photo Revealed » qui est une photographie prise lors du dîner de Noël de 1943, a aussi une grande importance pour les Canadiens.

Ce repas de Noël offre un contraste saisissant avec les combats qui se déroulent autour d’eux. Le 25 décembre, les hommes des Seaforth Highlanders prennent leur repas à tour de rôle avant de retourner combattre. Pendant quelques instants, ces soldats peuvent retrouver autour d’une table quelque chose qui ressemble à une vie normale, alors que la bataille continue à proximité.

Pour certains de ces hommes, ce sera leur dernier repas de Noël.

Huit jours pour prendre Ortona

Cette bataille, qui a duré du 20 au 28 décembre 1943, a été un tournant dans la campagne d’Italie. Elle a démontré la détermination des troupes canadiennes et la férocité des combats. Cependant, elle a également mis en évidence les défis de la guerre urbaine, qui nécessitait des tactiques et des équipements spécifiques.

Après huit jours de combats dans la ville, les parachutistes allemands se retirent dans la nuit. Le 28 décembre, les Canadiens sont finalement maîtres d’Ortona.

Elle a laissé une marque indélébile dans l’histoire militaire canadienne et dans la mémoire collective du pays.

Une victoire payée au prix du sang

Les Canadiens ont perdu 1.375 hommes et 964 blessés. Pire, Ortona n’a pas été évacuée avant le début des combats, ce qui a entraîné la mort de plus de 1.300 civils sans compter les blessés. Les Allemands de leur côté malgré la défaite ont subi de moins lourdes pertes, seuls 867 hommes sont tués, blessés ou capturés.

Ces chiffres donnent toute sa dimension humaine à la bataille. Derrière la progression maison par maison se trouvent des soldats tués ou blessés, mais également une population civile prise au milieu des combats. La mort des soldats est une nécessité militaire, la mort des civils est une tragédie.

Tombes de soldats du Loyal Edmonton Regiment après la bataille d’Ortona.
(Photo prise par Alexander M. Stirton.
Avec la permission du Département de la Défence nationale et de Bibliothèque et Archives Canada)

Cette photographie des tombes ramène la bataille à sa conséquence la plus concrète. Derrière les mouvements d’unités, les tactiques de combat urbain et la prise de la ville se trouvent des hommes qui ne repartiront jamais d’Italie.

Chaque bataille, chaque petit bout de territoire, se solde par la mort de nombreux hommes. C’est à ce prix qu’on peut gagner la guerre. Bien que chaque perte humaine soit une tragédie individuelle, la victoire finale – pour retrouver la paix – justifie le sacrifice ultime de tous ces soldats.

Ce qu’il faut en retenir :

Du 20 au 28 décembre 1943, les soldats canadiens affrontent les défenseurs allemands d’Ortona dans l’une des batailles urbaines les plus violentes de la campagne d’Italie. Le Loyal Edmonton Regiment et les Seaforth Highlanders progressent maison par maison, utilisant notamment le « mouse-holing » pour éviter les rues battues par les tirs ennemis. Les Allemands finissent par abandonner la ville et les Canadiens remportent la bataille, mais la victoire a coûté la vie à de nombreux soldats et civils. Ortona rappelle une réalité élémentaire de la guerre : pour conquérir quelques rues et finalement vaincre l’ennemi, des hommes doivent combattre, tuer et accepter le risque d’être tués à leur tour. 1.375 soldats canadiens y sont tués.

Photo d’entête : Un soldat du Loyal Edmonton Regiment Canada tire sur une position allemande d’Ortona en décembre 1943

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J’analyse le monde contemporain — actualité, faits de société, conflits et guerres — pour comprendre en profondeur le fonctionnement de l’être humain. Le philosophe y prend alors le relais, face à un univers à la fois merveilleux et troublant.

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