Première guerre mondiale en Belgique : 4 août 1914 – 11 novembre 1918
Le 4 août 1914, la Belgique, fidèle à sa neutralité, est brutalement envahie par les armées allemandes. Le 11 novembre 1918, la victoire alliée met fin à quatre années d’un conflit qui révéla la tragédie de la guerre moderne.
Le sacrifice belge en chiffres implacables :
- 42 987 soldats belges tués, trois quarts fauchés par les éclats d’obus, hors décès ultérieurs des blessures.
- 44 686 blessés, dont beaucoup marqués à vie.
- 62 000 civils belges – hommes, femmes, enfants – arrachés à la vie.
Au départ portés par des militaires de carrière et miliciens de 1913, de jeunes volontaires patriotiques, avides d’aventure, crurent à une campagne brève. L’Allemagne seule maîtrisait l’art de la guerre industrielle, la Belgique, surprise, affronta 800 000 envahisseurs franchissant sa frontière wallonne sans déclaration de guerre.
Une résistance héroïque s’opposa aux allemands, au prix d’un tribut humain effroyable : 5 500 civils massacrés, parfois torturés, violés, tandis que des centaines de milliers fuyaient l’exil. Quatre ans d’occupation, les tranchées – ces enfers boueux où faim, crasse et maladies rongeaient les corps belges luttant pour la liberté et la survie.
À quelques mètres de l’ennemi, l’odeur putride des cadavres alliés et ennemis empilés mettait à l’épreuve toute endurance humaine. Vie suspendue à un fil, bombardements incessants, assauts au corps à corps, la baïonnette, souvent remplacée par des armes blanches, et même les pelles devenaient des instruments pour massacrer l’ennemi et ainsi de tenter d’assurer leur survie, ces soldats pour la plupart bien jeunes qui défendaient leur sol et leur liberté.
Le seul réconfort de ces soldats résidait dans la certitude que l’ennemi endurait le même enfer quotidien – bombardements, assauts incessants. Jamais l’armée belge ne capitula. Ces hommes, dans des conditions d’une dureté extrême, tinrent bon, animés par la volonté de repousser et vaincre l’envahisseur.

Plus d’un siècle après 1918, plus de 75 ans après 1945, les Allemands sont devenus nos alliés précieux. Pourtant, la mémoire du XXe siècle nous impose la vigilance, l’objectif allemand fut jadis de subvertir notre démocratie, notre mode de vie.
La mémoire du XXe siècle commande néanmoins la lucidité. Jadis, Berlin visa notre démocratie, notre existence même. De nos jours d’autres menaces rôdent, la guerre peut revenir à nous par l’intermédiaire d’autres ennemis, l’Islamisme ou puissance étrangère, la paix exige vigilance éternelle.
Souvenons-nous de ces soldats qui risquèrent tout pour la patrie, au péril de leurs vies.
Tués, capturés, blessés physiquement et/ou mentalement, ils forgèrent notre présent.
Rendons hommage à ces jeunes qui sacrifièrent leur jeunesse, leur vie même, pour la Belgique.
En explorant mon arbre généalogique – cousins proches ou éloignés –, je reste abasourdi par l’ampleur du sacrifice familial.
À ce jour, j’ai recensé 27 soldats tués et 3 civils, tous liés, sans compter les innombrables blessés – comme le frère de ma grand-mère, touché par un éclat d’obus à la bataille de l’Yser – et les prisonniers. Deux rescapés de la Grande Guerre périrent lors de la Seconde, l’un officier de carrière, durant la campagne des 18 jours, l’autre, résistant, fusillé par les nazis. Ce fil rouge familial médite l’Histoire impitoyable et incarne la tragédie silencieuse de générations confrontées à l’Histoire.
La victoire alliée scella 1918, mais à un coût humain et économique dévastateur.
Avant-guerre, la Belgique rayonnait comme puissance économique ; après, elle gisait ruinée, incapable de retrouver son éclat d’antan. 150 000 militaires et civils touchés – tués, capturés, blessés – laissèrent des familles brisées et un pays exsangue. Nul conflit n’égala ce désastre humain, matériel, financier.
Soldats Belges capturés par les Allemands le 5 août 1914, soit le lendemain du début de la guerre.

La captivité, frustrante, épargnait pourtant les tranchées, survie accrue malgré les épreuves.
Mutilés, brûlés, oubliés des chiffres, ils rappellent l’étendue du calvaire.
La majorité des soldats préféra le front par fidélité patriotique que la capture, mais le soldat ne choisi pas, son destin étant entre les mains de son ennemi.
La guerre s’éteignit sans fanfare, les Allemands occupaient encore la Belgique lorsque la grippe espagnole frappa en mars 1918, fauchant d’abord les soldats affaiblis par les privations. Sa seconde vague, en août avec le retour des prisonniers, fut cataclysmique. Le médecin militaire Colard évoquait une « mortalité effrayante, comparable aux grandes pandémies médiévales, atteignant 30 à 40% de décès par jour ». Certains historiens estiment que la grippe tua plus que les combats eux-mêmes, ravageant militaires et civils indistinctement.

L’armistice du 11 novembre 1918, signé à 5h15, suspendit provisoirement les hostilités pour 36 jours, renouvelés ensuite. Il consacra la victoire alliée et la défaite allemande. La Belgique déplora 42 987 soldats et 62 000 civils morts – près de 105 000 âmes, soit 7,4% de sa population –, plus 44 686 blessés, dont certains succombèrent plus tard.
Pertes alliées :
Australie : 61 928 tués / 152 171 blessés / 0 civils
Belgique : 42 987 tués / 44 686 blessés / 62 000 civils
Canada : 64 944 tués / 149 732 blessés / 2 000 civils
États-Unis : 116 708 tués / 205 690 blessés / 757 civils
France : 1 397 800 tués / 4 266 000 blessés / 300 000 civils
Grèce : 26 000 tués / 21 000 blessés / 150 000 civils
Empire des Indes : 74 187 tués / 69 214 blessés / 0 civils
Italie : 651 010 tués / 953 886 blessés / 589 000 civils
Japon : 14 000 tués / 907 blessés / 0 civils
Monténégro : 3 000 tués / 10 000 blessés / 0 civils
Nouvelle-Zélande : 18 050 tués / 41 317 blessés / 0 civils
Portugal : 7 222 tués / 13 751 blessés / 82 000 civils
Roumanie : 250 000 tués / 120 000 blessés / 430 000 civils
Royaume-Uni et Irlande : 885 138 tués / 1 663 435 blessés / 109 000 civils
Terre-Neuve : 1 204 tués / 2 314 blessés / 0 civils
Russie : 1 811 000 tués / 4 950 000 blessés / 1 500 000 civils
Serbie : 450 000 tués / 133 148 blessés / 800 000 civils
Union d’Afrique du Sud : 9 463 tués / 12 029 blessés / 0 civils
Total Alliés : 5 696 056 soldats tués / 12 809 280 soldats blessés / 3 674 757 civils tués
Pertes ennemies :
Allemagne : 2 036 897 tués / 4 247 143 blessés / 426 000 civils
Autriche-Hongrie : 1 100 000 tués / 3 620 000 blessés / 467 000 civils
Bulgarie : 87 500 tués / 152 390 blessés / 100 000 civils
Empire Ottoman : 800 000 tués / 400 000 blessés / 4 200 000 civils
Total ennemis : 4 024 397 soldats tués / 8 419 533 soldats blessés / 5 193 000 civils tués
Total approximatif de tués et blessés toutes nations confondues :
- 10 millions de soldats tués
- 10 millions de civils tués
- 20 millions de soldats blessés
- 8 millions de soldats prisonniers
Soit un total approximatif de 48 millions de personnes militaires et civiles directement victimes de la première guerre mondiale
Deux destins croisés de soldats, le premier belge, le second allemand

À gauche, un cycliste belge abattu, son sacrifice immortalisé par la propagande allemande. il était membre de la brigade des cyclistes de reconnaissance. Il a perdu la vie en patrouillant pour repérer l’ennemi. Il est mort pour sa patrie, pour notre liberté, nous ne devons jamais l’oublier ! Cette photo a été prise par les Allemands. Selon les experts, son corps a été manipulé, le fusil placé contre lui pour les besoins de la photo, car la position du corps du soldat Belge après être tombé du vélo suite à la balle qui l’a frappé ne correspond pas à sa position réelle. Il n’est pas rare que des cadavres de soldats soient mis en scène pour renforcer l’impact des photos de propagande.
À droite, un soldat allemand abattu dans une tranchée par un vaillant défenseur belge. Sur le plan humain, c’est tout autant un drame pour cet homme dont la vie a été fauché bien trop tôt, mais sa mise à mort fut légitime et indispensable pour protéger la vie de nos soldats. Il était l’ennemi, sa neutralisation définitive était le prix à payer pour contrer l’envahisseur et tenter de rétablir la paix.
Près de 50 millions de victimes directes – et des centaines de millions indirectement touchées –, dont plus de 20 millions de familles endeuillées, trop souvent oubliées dans l’ombre des chiffres.
La grippe espagnole (1918-1919) en ajoute 30 à 50 millions selon l’Institut Pasteur, voire 100 millions d’après les estimations 2020 – environ 5% de la population mondiale. Avec les morts de guerre, cela porte le bilan à 120 millions de disparus en cinq ans : une hécatombe proprement vertigineuse.
« Plus jamais ça », jurèrent-ils… Un quart de siècle plus tard, l’homme récidivait avec la Seconde Guerre mondiale, pulvérisant le funeste record de tués, militaires comme civils.

Tant qu’il y aura des hommes, il y aura des guerres…
La guerre est effroyable ; il faut tout tenter pour l’éviter. Mais face à un ennemi dépourvu de tout sens de l’humanité, nous devons être prêts à l’affronter, comme lors des Première et Seconde Guerres mondiales, afin de l’empêcher de nous envahir et de nous imposer des valeurs étrangères aux nôtres.
Le service militaire obligatoire en Belgique, ainsi que dans tous les pays d’Europe, devra, à terme, être rétabli pour nous assurer une défense de qualité, tant en hommes qu’en armement. Tel est le prix à payer pour la sauvegarde de nos libertés individuelles et de la démocratie.
Voir ma carte blanche : Le retour du service militaire obligatoire, pourquoi pas ? (Opinion 21News)

Par Alain Schenkels

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