Ma motivation, c’est papa” : des adolescents de soldats ukrainiens sur le chemin du front

Face à une guerre sans fin, l’Ukraine prépare déjà sa jeunesse. Dans l’ouest du pays, des camps d’entraînement initient des adolescents volontaires à la défense nationale, dans un contexte où la société doute de la paix et se résigne à vivre sous la menace constante du conflit. Bientôt quatre ans après l’invasion russe, ces jeunes apprennent à survivre dans un pays en guerre.

Dans l’oblast de Lviv, des lycéens participent à des camps de trois jours destinés à leur enseigner la médecine tactique, le maniement des drones, la communication militaire et le tir. Organisés par quatorze centres régionaux de “défense de l’Ukraine”, ces formations sont facultatives mais soutenues par les autorités locales, qui voient en elles un projet pilote d’éducation patriotique. Sous la pluie des Carpates, une soixantaine de jeunes s’exercent au secourisme de combat et à des missions simulées sur terrain hostile.

Encadrés par des vétérans, dont l’ancien soldat Oleksiy Zopilko, ces adolescents de 15 et 16 ans découvrent la discipline militaire et la solidarité d’un groupe. Les activités se déroulent sans téléphone, avec une immersion totale dans la logique d’équipe. Certains, comme Marta ou Nastya, s’y engagent pour se rapprocher d’un père au front ou pour mieux comprendre le conflit qui façonne leur vie.

Cette militarisation précoce interroge toutefois. Instructeurs et enseignants peinent à concilier la protection de l’enfance et la préparation au combat. Des psychologues, comme Nataliya Massiak de l’ONG Voices of Children, estiment que l’éducation patriotique n’a de sens que si elle donne aux jeunes une compréhension morale du conflit, et non une simple image de l’ennemi. Les formateurs insistent donc sur le droit et les valeurs civiques, tout en évitant de nommer directement la Russie.

Zopilko affirme ne pas vouloir voir ces jeunes sur le champ de bataille, tout en reconnaissant qu’une minorité d’entre eux devra peut-être un jour prendre les armes. Pour lui, ces camps visent à former les 10 à 15% de la jeunesse capables d’entraîner les autres dans un élan collectif. Dans une Ukraine épuisée mais déterminée, ces adolescents grandissent déjà avec la certitude que la guerre fait désormais partie de leur avenir.

Ma conclusion

Voir des adolescents s’entraîner à la guerre reste profondément dérangeant. Cela étant, dans un pays plongé dans un conflit prolongé, il est compréhensible que l’Ukraine cherche à préparer sa jeunesse à la défense nationale. Ce n’est pas, en soi, une mauvaise idée, tant que cette formation demeure éducative et volontaire.

Il est hors de question que des mineurs soient envoyés au front : la guerre reste un univers d’adultes et y mêler des enfants serait franchir une ligne morale et juridique qu’aucune circonstance ne justifie.

L’histoire regorge d’exemples tragiques où des régimes ont utilisé leurs enfants comme armes, et le souvenir des jeunesses fanatisées du XXᵉ siècle reste un avertissement. Entre responsabilité civique et dérive militariste, l’équilibre est fragile — et c’est précisément ce qu’il faut préserver.

Former des jeunes à la responsabilité ou à la résilience n’est pas les armer de haine ou de peur. C’est une préparation morale, non un embrigadement. Ce mouvement n’est d’ailleurs pas propre à l’Ukraine : en Pologne aussi, comme je l’évoquais dans un précédent article, des adolescents participent sur base volontaire à des programmes d’initiation à la défense.

Personnellement, je considère que ce type d’entraînement, lorsqu’il reste limité, encadré et fondé sur le volontariat, est une bonne initiative pour un pays en guerre ou menacé de l’être. Une fois devenu adulte, défendre sa patrie est, selon moi, un devoir pour tout citoyen majeur, et avoir déjà vécu une expérience d’entraînement peut alors représenter un atout précieux.

Par Alain Schenkels

(Source : Die Zeit, janvier 2026, Olivia Kortas
Photos capture d’écran vidéo Kyiv Intependent)

Extraits vidéos Kyiv Intependent d’entraînement militaire en Ukraine avec des adolescents :

Article similaire :

Catégorie(s) :

,

Share this content:

Avatar photo

J’analyse le monde contemporain — actualité, faits de société, conflits et guerres — pour comprendre en profondeur le fonctionnement de l’être humain. Le philosophe y prend alors le relais, face à un univers à la fois merveilleux et troublant.