Seconde Guerre Mondiale : Walthère DEWE, résistant des deux guerres, abattu à Bruxelles le 14 janvier 1944 à l’âge de 63 ans
Walthère DEWE est né le 16 juillet 1880 à Liège, il a participé en tant que résistant civil aux deux guerres, il a été tué à Bruxelles par un officier allemand au cours d’une mission le 14 janvier 1944, il avait de 63 ans.
Il n’y a pas d’âge pour défendre son pays de l’envahisseur, Walthère en est la preuve. Si les soldats sont jeunes de par la force physique nécessaire pour pouvoir mener à bien les missions, tout civil apte à combattre peut aussi participer de manière active à l’effort de guerre.
Walthère Dewé est certainement un des plus grands résistants belges et européen, il fondit un réseau de renseignements clandestin au cours des deux guerres mondiales :
- La Dame blanche en 1916, qu’il créa avec son ami Herman Chauvin sur les cendres du réseau Lambrecht,
- Le réseau Cleveland puis Clarence en 1940.
Il était le cousin du résistant belge de la Première Guerre mondiale Dieudonné Lambrecht, dont il avait pris la relève après l’exécution de celui-ci par les Allemands le 18 avril 1916 au fort de la Chartreuse de Liège.
Dès avant la Seconde Guerre mondiale, Walthère Dewé prépare la reprise de ses activités de renseignements et, en juin 1940, dès le début de l’occupation allemande de la Belgique, il commence son activité d’espionnage de la Wehrmacht avec l’aide de son plus proche collaborateur Hector Demarque dont le nom de guerre est « Clarence ». C’est ce nom que Walthère Dewéchoisit pour baptiser le réseau.
La première réunion du conseil de direction se tint à Ixelles, au 41 de l’Avenue de la couronne chez l’une des doyennes du réseau Dame-Blanche, Thérèse de Radiguès (75 ans). Le réseau se réorganise sur le modèle du réseau de la Dame blanche de la première guerre. Il est composé d’un comité directeur, de neuf secteurs provinciaux, d’un secteur routier et d’un secteur français.
Les débuts sont difficiles parce que la jonction avec Londres n’est pas aisée à établir (tant par voie terrestre que par radio). Mais, en janvier 1941, grâce à des parachutages de radios-émetteurs, la liaison sera définitivement établie avec les alliés en poste à Londres. Le réseau Clarence enverra 872 messages radios, 163 rapports comprenant des cartes, des croquis et des photos, 92 courriers qui étaient acheminés vers l’Angleterre via la France et l’Espagne.
Le 22 juillet 1941, une première perquisition eut lieu au domicile des Dewé tandis que Walthère avait fui dans la clandestinité. La Gestapo opère à nouveau chez eux en septembre et en décembre. Stoïque, son épouse ne laisse rien paraître. Ils repartent bredouille. Les émissions par radio deviennent de plus en plus risquées et les allemands utilisent la Radiogoniométrie pour repérer les lieux d’émission.
Le 14 janvier 1943, l’épouse de Walthère Dewé est terrassée par une crise cardiaque.
Claude Dansey dira à l’issue de la guerre: « Par la qualité et la quantité des messages et documents qu’il fournit, « Clarence » occupe la première place parmi les réseaux de renseignements militaire de toute l’Europe occupée. »
Le 14 janvier 1944, un an, jour pour jour, après le décès de son épouse et tandis que ses deux filles sont arrêtées depuis une semaine, Walthère Dewé, qui, bien qu’il se cache, a toujours des contacts à la Régie des Téléphones où il était ingénieur en chef, apprend, par un membre de son réseau qui travaille à la Régie (où s’activent des résistants) que l’écoute des communications allemandes révèle que la Gestapo a intercepté un message dévoilant l’identité de Thérèse de Radiguès, un des membres fondateurs du réseau Clarence.
Il décide d’aller personnellement la prévenir pour lui demander de se mettre en sécurité. Mais lorsqu’il arrive chez elle, Avenue de la couronne, 41, dans la commune bruxelloise d’Ixelles, la Gestapo est déjà sur place. Face aux gestapistes qui surgissent dans le salon de madame de Radiguès, Walthère Dewé parvient à les bousculer et à fuir en courant. Au carrefour de l’avenue de la Couronne et de la rue de la Brasserie, il saute dans un tram 81 qui s’arrête presqu’aussitôt à cause d’un feu rouge, le conducteur ignorant qu’il est l’agent du destin.
Bondissant hors du tram immobilisé, Walthère Dewé se dirige alors vers la place Flagey. Mais il se trouve immédiatement en face d’un officier allemand de la Luftwaffe qui, par un pur hasard, montait la rue de la Brasserie à pied en venant de la place Flagey. Voyant un civil aux abois qui refusait d’obtempérer à son ordre de s’arrêter, l’officier fait feu.
Walter Dewé est tué devant le no 2 de la rue de la Brasserie. L’officier est alors pris à partie par les Gestapistes qui lui reprochent de les avoir privés de pouvoir interroger celui dont ils ignorent l’identité, ils ignoreront d’ailleurs jusqu’à la fin de la guerre qu’il s’agit du dirigeant du plus important réseau belge de renseignement des deux guerres mondiales.
Privé de son chef, le réseau n’en continuera pas moins son action jusqu’en 1944.
Contribution externe
Source : Histoire et Devoir de Mémoire
Notes
Walter Dewé a probablement eu de la chance, dans son malheur, d’avoir été abattu par cet officier allemand. Capturé par la Gestapo, il aurait subi un interrogatoire brutal – la torture étant systématiquement employée pour briser les résistants. Sa mort immédiate l’a épargné d’atroces sévices, d’une éventuelle déportation, d’une exécution inévitable. Sous la torture, même les plus solides finissent par parler. Cette pratique bestiale, aussi abjecte soit-elle, s’avère malheureusement très efficace.
Références :
- Fondation Auschwitz – Bruxelles / Livret Dewé : Épouse crise cardiaque 14/01/1943 ; filles arrêtées 07/01/1944 ; prévient Thérèse de Radiguès (interceptée) ; bouscule Gestapo Av. Couronne 41 Ixelles ; tram 81 → abattu Luftwaffe officier rue Brasserie 2 (place Flagey). Gestapo furieuse (identité inconnue jusqu’en 1945).
- Henri Bernard (1971) : Un géant de la Résistance: Walthère Dewé : Bruxelles / Brussel, La Renaissance du Livre, 1971, 262 p. (consultable à la Fondation Auschwitz – Bruxelles, réf. 662, contact. M. Emmanuel Verschueren)
- Belgium WWII.be : Ingénieur Téléphones Liège ; 872 messages radio, 163 rapports cartes/photos, 92 courriers Angleterre via Espagne/France.
- CegeSoma / Mémoire Résistance : Réunion fondatrice 18/06/1940 Ixelles (41 Av. Couronne, Thérèse de Radiguès 75 ans) ; 9 secteurs provinciaux + routier/français ; liaison Londres janv. 1941 (parachutages radios).
- MI6 Colonel Claude Dansey : « Clarence = n°1 renseignement militaire Europe occupée » (qualité/quantité)
- Chapelle Saint-Maurice (Liège) : Mémorial Dewé + statue Dame Blanche (doigt bouche = secret).
- Archives État Belgique : Régie Téléphones (RTT), poste ingénieur chef.
Par Alain Schenkels

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