Seconde Guerre Mondiale : plus de 100 000 personnes tuées en Belgique

Les sources du gouvernement belge :

Vu l’absence de combat entre la campagne des 18 jours et la libération de la Belgique, la très grande majorité des pertes sont des civils et résistants :

Militaires :

  • Campagne des 18 jours : 6 300 soldats belges tués + 324 morts en captivité
  • Brigade Piron : 90 soldats belges tués
  • 500 soldats belges disparus
  • 200 soldats belges exécutés
  • 1 678 prisonniers de guerre tués ou morts par manque de soin
    Sur les plus de 400 000 soldats belges capturés après la capitulation du 28 mai 1940, environ 105 000 restèrent internés en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre, les autres étant progressivement libérés selon des critères ethnolinguistiques allemands. Parmi les internés, 12 476 malades graves furent rapatriés via la Croix-Rouge, mais 1 679 moururent en stalags ou oflags dues à des privations, mauvais traitements et de bombardements alliés tardifs.

Soit un total d’environ 9 000 militaires belges tués pour la patrie

Résistance et civils :

  • 15 000 résistants tués lors d’opérations de sabotage, d’attaques contre l’occupant, exécutés après arrestation. Il n’y a aucun registre sur les morts reconnus, mais il y a des faits. Environ 165 000 résistants, 8 500 noms de morts lus au Fort de Breendonk lors d’une cérémonie en 2023, mais il faut y ajouter les morts au combat ou en opérations directes, se concentrant sur tortures, exécutions et déportations vérifiées
  • 32 200 victimes du fait des combats
  • 16 900 victimes non-juives liées aux représailles et à la répression nazie
  • 28 000 victimes Juives, des hommes, femmes et enfants déportés et assassinés

Soit un total d’environ 92 100 civils et résistants tués

Pour une perte totale en Belgique (militaires et civils) de plus de 100 000 personnes tuées, soit plus de 1,2% de la population belge (8 300 000 belges recensés en 1940)


Les collaborateurs tués ou exécutés :
Bien que toutes ces personnes n’ont pas bénéficié d’un procès équitable, je ne les relie pas aux victimes de guerre.

  • 242 collaborateurs ont été officiellement exécutés par la justice belge suite à des condamnations à mort prononcées par des tribunaux militaires, jugés pour crimes de guerre => collaboration militaire (ex. Légion Wallonie, SS Vlaanderen) ou trahison grave.
  • Un peu plus de 200 collaborateurs ont été tués lors d’exécutions extrajudiciaires par la résistance à la Libération (non comptabilisées dans les chiffres officiels, mais reconnues historiquement)

Soit un total approximatif de 450 collaborateurs tués sommairement ou exécutés légalement.

Les exécutions sommaires de collaborateurs par la résistance, sans procès équitable, soulèvent une question morale profonde : qui suis-je pour les condamner ?
Les résistants qui chaque jour risquaient leurs vies, certains qui ont enduré la torture, la déportation, l’exécution pour contrer l’occupant, durant ce temps là ces traîtres les dénonçaient ou servaient activement les Allemands. Leur colère à la Libération, face à tant de souffrances, est non seulement compréhensible, mais presque inévitable. Si ces actes restent juridiquement et moralement condamnables, le contexte d’injustice absolue leur confère une gravité humaine qu’il m’est impossible de juger avec détachement.

En tout état de cause, je ne puis moralement intégrer ces quelque 200 collaborateurs exécutés lors de la Libération aux véritables victimes belges de la Seconde Guerre mondiale, et encore moins les 242 collaborateurs condamnés à mort par la Justice belge.
Les traîtres n’ont pas droit aux honneurs…


Volontaires et conscrits belges dans les forces allemandes

1. Front de l’Est

Environ 25 000 Belges ont servi sous commandement allemand, essentiellement dans la Waffen-SS et la Légion Wallonie. Parmi eux, la très grande majorité étaient des volontaires motivés par des convictions politiques (notamment rexistes ou nationalistes flamands) ou par des raisons personnelles. On estime qu’environ 10 000 Flamands ont ainsi rejoint volontairement le front de l’Est sous uniforme allemand, de même qu’un millier de Wallons dans la Légion Wallonie.

=> Le nombre de Belges tués sous l’uniforme nazi est évalué entre 4 000 et 6 000 hommes, principalement sur le très meurtrier front de l’Est, où il s’agissait essentiellement de volontaires membres des Waffen-SS, considérés comme des traîtres à leur pays. Dès lors, ces hommes ne peuvent pas être considérés comme des victimes belges.

Des poursuites quasi systématiques
Après la Libération, la Belgique a engagé une vaste campagne de répression à l’encontre des collaborateurs, y compris les volontaires ayant porté l’uniforme allemand. Plus de 400 000 dossiers de collaboration ont été ouverts pour une population d’environ 8 millions d’habitants, ce qui représente un dossier pour 20 personnes.

Procès devant les tribunaux militaires  :
Les « volontaires de guerre » belges dans les formations allemandes étaient considérés comme des collaborateurs criminels. Ils ont pour la plupart été jugés par des tribunaux militaires, appliquant à la fois le code pénal classique et des extensions spécifiques prises en temps de guerre.
La grande majorité des Belges ayant combattu sous la bannière allemande en tant que volontaires ont été considérés comme responsables de leurs actes et traités comme collaborateurs purs et simples à la Libération. Les peines infligées allaient de la réclusion à perpétuité, la déchéance des droits civiques, la confiscation de biens, jusqu’à la peine capitale dans les cas les plus graves. Au-delà des sanctions pénales, les anciens volontaires ont fait face à une décision collective de retrait de leurs droits civiques et politiques, souvent sans possibilité de plaidoyer individuel.


2. Cantons de l’Est : (« malgré-nous »)

Après l’annexion des cantons de l’Est (Eupen, Malmedy, etc.), l’Allemagne a imposé la conscription aux jeunes hommes de ces régions dès 1941.

=> Environ 8 700 Belges d’Eupen-Malmedy et de Saint-Vith ont été incorporés de force dans la Wehrmacht à partir de 1942-1944, où ils ont servi comme soldats allemands.
Parmi eux, 3 400 environ ont péri, tués par les Alliés ou morts dans des camps de prisonniers soviétiques.

Faut-il les comptabiliser parmi les victimes belges de la guerre ?
Certains se sont engagés volontairement dans ces unités, mais une majorité a été réquisitionnée sous la contrainte. La désertion, bien que tentée par plusieurs centaines, exposait à des risques extrêmes tels qu’exécution sommaire, représailles familiales ou emprisonnement. Cela étant, porter l’uniforme allemand, même contraint et forcé, m’interroge profondément sur ma définition des victimes et des responsabilités en temps de guerre.

Cette participation, pour condamnable qu’elle soit moralement — ces hommes ont combattu et certains ont tué des soldats Alliés, contribuant directement à la mort de libérateurs au nom de l’occupant —, ne peut être assimilée au travail forcé ou aux déportations, car leur rôle militaire actif allait à l’encontre des intérêts vitaux des forces de libération.
Les comptabiliser parmi les victimes belges exige ainsi une nuance extrême, non comme innocents absolus, mais comme victimes ambiguës d’une annexion brutale, dont l’obligation n’efface pas la gravité objective de leur engagement armé contre ceux qui venaient délivrer leur propre pays.

Parmi eux, un nombre imprécis — estimé à plusieurs centaines — se sont portés volontaires pour servir dans la Wehrmacht ou les SS, faisant ainsi acte de trahison patente envers la Belgique et les Alliés. Cette collaboration active avec l’occupant nazi, motivée par idéologie, opportunisme ou antisémitisme, est d’une gravité incomparable, ces hommes ont non seulement porté l’uniforme ennemi par choix conscient, mais ont souvent participé aux pires exactions, fusillades de civils, déportations ou combats acharnés contre les libérateurs, aggravant les souffrances de leur propre peuple sous le joug allemand et entachant irrémédiablement leur mémoire historique.

Comment différencier ceux qui ont porté l’uniforme contraint et forcé de ceux qui l’ont choisi librement ?
En tant que patriote je porte en moi cette conviction inébranlable, même incorporés de force dans la Wehrmacht, au péril de leur vie, ces hommes auraient dû tenter la désertion. Il m’est inconcevable qu’un Belge, en pleine conscience, se batte sous l’uniforme nazi contre sa propre patrie, fussent les conséquences de la mort. Les vrais héros — résistants belges, réfractaires au travail obligatoire — démontrent qu’un autre choix est possible, quelle que soit la terreur.

Chaque homme garde son libre arbitre.
Accepter de combattre pour l’occupant, faire feu sur les siens, c’est pactiser avec la trahison et je ne puis l’envisager sans une profonde colère morale. La mort vaut mieux que la trahison. Cette analyse reflète une vision exigeante de la mémoire nationale, où seule la fidélité à la Belgique libérée mérite les honneurs.

Ces hommes se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, souvent liés à des familles d’origine allemande, confrontés à un choix cornélien. Pourtant, ceux qui se sont battus sous l’uniforme allemand, même par obligation, ont fait le choix fatal du régime nazi.
Selon moi, les 3 400 morts des cantons de l’Est ne sauraient être comptabilisés parmi les victimes belges, mais bien nazie, ils étaient devenus nos ennemis !*

Pour conforter ma position, les survivants d’Eupen-Malmedy incorporés de force ont été soumis à la justice belge pour « port d’uniforme ennemi » ou « participation à l’effort de guerre allemand », avec des peines variant de quelques mois à plusieurs années de prison selon leur grade et degré d’engagement. Des tensions persistent dans les Cantons de l’Est, où familles divisées (déserteurs vs. combattants) marquent encore la mémoire collective.

Quelques centaines de « malgré-nous » ont cependant bénéficié d’une reconnaissance de leur situation particulière, mais ce sont des exceptions qui ont généralement prouvé leur attachement à la Belgique même sous uniforme nazi, comme certains saboteurs ou déserteurs ayant rejoint les Alliés ou la résistance intérieure. Ils ont obtenu (souvent tardivement) un statut officiel de victimes en Belgique via des enquêtes, prouvant leur opposition active (fuites vers la Belgique libre, sabotages documentés) plutôt que leur obéissance forcée. Nous devons beaucoup à ces hommes pour leur courage et leur dévouement au service de la Belgique.

Convergence droit / histoire / patrie

Les autres, qui ont œuvré du côté allemand, sont à considérer comme des traîtres à leur pays !
Les monuments aux morts belges officiels (CegeSoma, Fort Breendonk) excluent explicitement collaborateurs/volontaires des listes de victimes nationales. 

* Position morale solidement étayée par jurisprudence d’épuration d’époque :
Seuls sont honorés : militaires réguliers, résistants, civils innocents ;
Critère légal : Tout homme qui a combattu les Alliés = ennemi, même si incorporé de force.
Pas de victimisation pour ceux ayant « fait feu sur les libérateurs ».

Références :

  • Service Public Fédéral Défense : Campagne 18 jours = 6 300 tués + 324 captivité ; Brigade Piron = 90 morts. Capturés : 400 000+, dont 1 678 morts stalags/oflags (privations, bombardements alliés).
  • Archives de l’État – Service Archives Victimes Guerre : 12 476 rapatriés Croix-Rouge ; 105 000 internés jusqu’en 1945.
  • CegeSoma (Centre d’Étude Guerre Société) : ~15 000 résistants exécutés/déportés ; 32 200 civils combats/libération ; 16 900 répression nazie.
  • Kazern Dossin/Mémorial Holocauste : 28 000 Juifs belges déportés/assassinés (95% étrangers, mais résidents).
  • Fort Breendonk : ~8 500 noms résistants lus cérémonies (vérifié 2023)
  • Tribunaux militaires belges : 242 condamnations mort officielles (crimes guerre, Légion Wallonie/SS Vlaanderen).
  • Belgium WWII Memorial : ~200 exécutions extrajudiciaires Résistance Libération.
  • Bruno De Wever, univ. Gand : 25 000 Belges sous uniforme allemand (10 000 Flamands, 1 000 Wallons volontaires) ; ~5 000 tués front Est.
  • Archives État/Service Victimes Guerre : 8 700 incorporés Wehrmacht (Eupen-Malmedy-Saint-Vith) ; 3 400 morts (Alliés/URSS) ; jugés postwar « port uniforme ennemi ».
  • CegeSoma : Quelques centaines reconnus victimes (déserteurs/saboteurs prouvés).

Sources photographiques :

  • Imperial War Museums (IWM)
  • National Archives US (NARA)

Par Alain Schenkels

Photo d’entête d’archive, crime de guerre :
Soldats belges capturés mains attachées derrière le dos, exécutés par les allemands durant la campagne des 18 jours. Autres photos d’archive : pour illustration

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