Seconde Guerre Mondiale : Günther Belling, sous-officier allemand et espion fusillé pour port d’uniforme ennemi
Les ruses de guerre (camouflage, feintes tactiques) restent autorisées, car elles n’invoquent pas la bonne foi de l’ennemi. La perfidie, elle, simule une protection (drapeau blanc, reddition feinte, emblèmes protégés) pour tuer, blesser ou capturer.
Protocole I des Conventions de Genève, art. 37 : « Il est interdit de tuer, blesser ou capturer un adversaire en recourant à la perfidie » — liste incluant uniformes ennemis, feinte de civil ou de blessé. Statut de la CPI (art. 8.2.b.vii) : crime de guerre.
Dans l’histoire des conflits, les opérations clandestines et la ruse militaire brouillent souvent la frontière entre tactique légitime et crime de guerre. Selon le Droit international humanitaire, la perfidie — comme l’usage d’un uniforme ennemi pour tromper l’adversaire — constitue un crime de guerre explicite.
L’opération Greif, orchestrée par Otto Skorzeny lors de la bataille des Ardennes à la fin de 1944, illustre parfaitement ce dilemme. L’enjeu n’était pas seulement militaire, mais aussi psychologique, semer la confusion derrière les lignes ennemies, désorganiser les communications et créer un climat de suspicion généralisée.
Au cœur de cette stratégie, des hommes comme Günther Belling, sous-officier allemand, furent envoyés infiltrer les troupes américaines, déguisés en soldats alliés, armés de faux papiers et de connaissances linguistiques suffisantes pour tromper l’ennemi.
Leur mission : saboter, désorienter, et préparer la prise de ponts stratégiques sur la Meuse. Mais la ruse, si elle peut être un atout sur le champ de bataille, devient un crime lorsqu’elle prend la forme de l’espionnage et du port d’uniformes ennemis.
Les Alliés, confrontés à ces infiltrations, réagirent avec une extrême fermeté. La Convention de Genève, qui protège les combattants réguliers, ne s’applique pas à ceux qui agissent sous de faux uniformes. Ces hommes, capturés après des interrogatoires serrés – où l’on posait des questions sur la culture américaine pour démasquer les imposteurs –, étaient considérés comme des espions et condamnés à mort.
Adjudant chef Gunther Belling attaché au peloton d’exécution

Cette sentence était essentielle pour préserver la discipline, l’ordre et la sécurité des troupes alliées. En temps de guerre, laisser impunies de telles actions reviendrait à encourager le chaos et à mettre en danger l’ensemble du front.
La mort de Günther Belling, exécuté par un peloton américain dans le froid hivernal des Ardennes, ne fut donc ni celle d’un héros ni celle d’un martyr. Elle fut celle d’un soldat pris dans la mécanique de la guerre, où l’obéissance aux ordres ne suffit pas à justifier l’illégalité des actes commis. Il est primordial de punir sévèrement ceux qui, par tromperie, cherchent à saper la confiance et la cohésion des armées en lutte. Ainsi, l’exécution des espions était, dans le contexte de la guerre totale, une mesure indispensable pour garantir la survie et la victoire des forces engagées.
Autre exemple :
Exécution d’un officier de la Wehrmacht pour espionnage, 1944
Ces deux photographies documentent l’exécution d’un officier de la Wehrmacht, condamné à mort par un tribunal militaire américain pour espionnage en territoire allié.
Photographie 1 : Un soldat américain fixe une cible sur la poitrine de l’officier allemand. Cette procédure, standard dans les exécutions par peloton d’exécution, visait à assurer une mort rapide et précise.

Photographie 2 : L’exécution a eu lieu. On voit les soldats américains détacher le corps de l’officier de son poteau, il sera inhumé en respect de l’homme et des lois de la guerre.

De nos jours :
Port de l’uniforme ennemi : Le fait de porter l’uniforme de l’ennemi pour espionner est une pratique interdite par le Droit International Humanitaire, car elle relève de la perfidie. La perfidie consiste à tromper la confiance de l’adversaire en feignant un statut protégé (par exemple, en portant l’uniforme adverse). Le DIH interdit explicitement « d’user indûment du pavillon national, des insignes militaires, ou de l’uniforme de l’ennemi » (Convention de La Haye, article 23 f)
Un soldat capturé alors qu’il portait l’uniforme ennemi pour espionner n’a pas droit au statut de prisonnier de guerre. Il peut être jugé et condamné pour espionnage. Cependant, il ne peut pas être exécuté sans jugement préalable, il doit être traité avec humanité et bénéficier d’un procès équitable.
Un soldat reconnu coupable d’espionnage (par exemple, un soldat capturé alors qu’il portait l’uniforme ennemi) peut, dans certains cas, être condamnée à mort. Cette possibilité est strictement encadrée par le droit international humanitaire.
Le DIH admet l’application de la peine de mort pour des actes d’espionnage, mais uniquement si la législation du territoire où l’infraction a été commise prévoyait déjà la peine de mort pour de tels actes avant le début du conflit ou de l’occupation. En outre, la peine de mort ne peut être prononcée que par un tribunal compétent, après un procès équitable, et en tenant compte du fait que l’accusé n’est pas un ressortissant de la puissance occupante et ne lui est donc pas lié par un devoir de fidélité.
Le droit international humanitaire ne prescrit pas une méthode d’exécution particulière pour les condamnés à mort reconnus coupables d’espionnage ou d’autres crimes graves en temps de guerre. Les méthodes d’exécution doivent éviter de causer des souffrances inutiles ou d’infliger des peines cruelles, inhumaines ou dégradantes, conformément à la Déclaration universelle des droits de l’homme et à d’autres instruments internationaux.
Dans le contexte militaire ou de guerre, la fusillade reste une méthode fréquente pour l’exécution de condamnés à mort pour espionnage ou trahison, mais cela dépend de la législation nationale et des traditions militaires du pays concerné, les pendaison, injection létale ou chaise électrique sont aussi une forme d’exécution possible.
De nos jours, de nombreux pays, influencés par les normes internationales, ont aboli la peine de mort ou limitent son application, et la tendance générale est à la suppression de ce châtiment, même pour un espion porteur dun uniforme ennemi.
En Belgique, il n’est plus possible de condamner à mort ni d’exécuter quiconque, même pour espionnage ou tout autre crime grave, en temps de paix comme en temps de guerre.
La Belgique fait partie des pays qui ont totalement aboli la peine de mort, sans aucune exception.
Avis personnel :
L’abolition de la peine de mort constitue un progrès essentiel en temps de paix, car elle traduit le respect de la dignité humaine et l’évolution des valeurs de justice.
Toutefois, en temps de guerre, l’abolition sans exception de ce châtiment à l’égard des espions pourrait accroître le risque d’espionnage de la part de l’ennemi, faute de dissuasion suffisante.
Dans ce contexte particulier, il me paraît pertinent d’envisager dans les textes de loi belges une exception à l’abolition de la peine de mort en tant de guerre, afin de garantir la sécurité nationale et de prévenir les actes d’espionnage susceptibles de mettre en péril la défense du pays.
Il est donc impératif de distinguer clairement les condamnations prononcées en temps de paix de celles qui le sont en temps de guerre.
Bien que je sois opposé à la peine de mort, le contexte de guerre doit être pris en considération pour les crimes les plus graves, tels que le port d’un uniforme ennemi, et ce en conformité avec le Droit International Humanitaire (DIH) qui régit les lois de la guerre.
Mais il est très peu probable que le législateur revoit l’abolition de la peine de mort, même en tant de guerre.
Références :
- Droit International Humanitaire (DIH) Protocole additionnel I (1977) aux Conventions de Genève, art. 37 : Interdiction de la perfidie (uniforme ennemi, feinte de reddition). Statut de Rome de la CPI, art. 8.2.b.xxiii : Crime de guerre.
- Convention de La Haye IV (1907), art. 23(f) : Interdiction d’« user indûment de l’uniforme de l’ennemi ».
- Opération Greif et Günther Belling
=> Hugh Trevor-Roper, The Last Days of Hitler, 1947 : Détails Otto Skorzeny, Bataille des Ardennes, commandos en uniformes US.
=> Charles Whiting, Skorzeny: Hitler’s Commando, 1972 : Mission Greif, exécutions espions (Malmedy, interrogatoires culturels US).
=> US Army Historical Division, Ardennes Campaign (MS #P-047) : Exécutions pelotons US, sous-officiers comme Belling.
=> National WWII Museum : Photos exécutions espions allemands Ardennes 1944 (cible poitrine, inhumation) - US Army Field Manual 27-10 (1940), chap. 4 : Espions en uniforme ennemi exclus POW, jugés par tribunaux militaires, peine de mort légale si loi antérieure conflit.
- Tribunal militaire US vs. Skorzeny (Dachau, 1947) : Acquitté ruse (ruse autorisée si retrait uniforme avant combat), mais principe confirmé pour espions permanents.
- Situation Belgique contemporaine :
=> Constitution belge, art. 14 : Peine de mort abolie totalement (1976, irrévocable même guerre).
=> Loi du 4 mai 1995 : Ratification 2e Protocole OP2-CEDH, abolition sans exception. - Cegesoma/War Heritage Institute : Exécutions collaborateurs WWII (242 judiciaires), contexte répression post-libération.
Par Alain Schenkels

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