Première Guerre Mondiale : Les tragiques destins croisés des caporal Français Jules PEUGEOT et sous-lieutenant Allemand Albert MAYER
D’une part :
Caporal Jules André PEUGEOT, 21 ans, réputé pour être le premier soldat Français tué lors de la première guerre mondiale, par le sous-lieutenant Allemand Albert MAYER la veille de la déclaration de guerre à Etupes le 2 août 1914 à Joncherey dans le territoire de Belfort ;
D’autre part :
Sous-lieutenant Albert MAYER, 22 ans, réputé pour être le premier soldat Allemand tué lors de la première guerre mondiale, par le caporal Français Jules PEUGEOT la veille de la déclaration de guerre à Etupes le 2 août 1914 à Joncherey dans le territoire de Belfort.
Caporal Français Jules André PEUGEOT

- Né le 11 janvier 1893 à Etupes, 25228, Doubs, Franche-Comté, France
- Tué le 2 août 1914 à Joncherey, 90056, Territoire de Belfort, Franche-Comté, France, à l’âge de 21 ans
- Profession (civil) : Instituteur
- Caporal armée française au 44 Régiment d’Infanterie
Sous-lieutenant Allemand Albert Otto Walter MAYER

- Né le 24 avril 1892 (dimanche) à Magdeburg, Sachsen Anhalt, Allemagne
- Tué le 2 août 1914 à Joncherey, 90056, Territoire de Belfort, Franche-Comté, France, à l’âge de 22 ans
- Profession (civil) : Étudiant
- Sous-lieutenant Allemand au 5e régiment de chasseurs à cheval
Informations
Face à la menace de guerre, le gouvernement français mobilise ses troupes, mais pour éviter toute provocation, les enjoint de rester à 10 km de la frontière. Le 2 août 1914 au matin, le caporal PEUGEOT, 21 ans, et quatre de ses hommes sont en mission de surveillance et arrivent à la maison de Monsieur et Madame DOCOURT. Le couple vit ici avec ses deux fils, leur fille Adrienne Nicolet et sa petite Fernande sont aussi présentes. Ils prennent une collation quand la fille du propriétaire, partie chercher de l’eau, revient effrayée en criant « Les Prussiens! Les Prussiens arrivent! ».
Il s’agit d’un détachement de reconnaissance Allemand de huit hommes du 5e régiment de chasseurs à cheval de Mulhouse, commandé par le sous-lieutenant Albert MAYER, 22 ans, qui progresse vers Joncherey en venant de Faverois après avoir violé la frontière française.
Commandant une escouade de la 6e compagnie du 2e bataillon du 44e régiment d’infanterie de Lons-le-Saunier, la mission du caporal PEUGEOT est de faire barrage et d’empêcher la progression du détachement allemand. Ils aperçoivent alors quatre ou cinq cavaliers à la lisière du bois située à leur gauche, c’est une patrouille Allemande. Le sergent Aimé MATHIEU ordonne de faire « feu à volonté! ». Trois cavaliers ennemis tombent blessés et quatre chevaux sont abattus.
Pendant ce temps, le sous-lieutenant Albert MAYER (du 5e chasseurs à cheval, de Mulhouse, commandant de la patrouille allemande), s’avance seul par la route. Il évite les sentinelles françaises avancées et arrive près de la maison DOCOURT, devant laquelle se trouve le caporal PEUGEOT.
Le sous-lieutenant Albert MAYER s’attaque à la sentinelle COINTET en le frappant dans le dos d’un coup de sabre qui fut fortement amorti par les bretelles de suspension, le soldat COINTET n’est que légèrement blessé, mais sonné, il ne peut réagir. Le sous-lieutenant Albert MAYER ne compte pas en rester là et essaie de le tuer avec son sabre.
Voyant cela, le caporal PEUGEOT se précipite vers le sous-lieutenant Albert MAYER pour l’arrêter, en essayant de saisir les brides de son cheval. C’est à ce moment que le sous-lieutenant Albert MAYER prend son révolver et malgré son cheval qui se cabre, parvient à tirer à trois reprises en direction du caporal PEUGEOT. La deuxième balle le blesse grièvement au niveau du thorax et il s’effondre à terre.
Un soldat plus expérimenté à la guerre aurait pris son arme et tiré sur l’ennemi, le caporal PEUGEOT a-t-il voulu le capturer vivant ou n’a-t-il tout simplement pas pensé à prendre son arme pour l’abattre, en tout état de cause cela s’avère être une stratégie catastrophique. Pensant le caporal PEUGEOT mort, le sous-lieutenant Albert MAYER ne lui prête plus attention et retourne vers le soldat COINTET avec la ferme intention de l’abattre à son tour avec son révolver.
La guerre n’est pas encore officiellement déclarée, un premier combat s’est déjà engagé avec trois blessés côté allemand et deux blessés côté français. Alors que le sous-lieutenant Albert MAYER s’apprête à tirer sur le soldat COINTET, malgré sa grave blessure, ce dernier a la vie sauve grâce au caporal PEUGEOT qui trouve la force de riposter. Il vise et atteint le sous-lieutenant Albert MAYER d’une balle dans le ventre, ce dernier s’écroule de son cheval.
À terre, allongé sur le dos et perdant beaucoup de sang, le sous-lieutenant Albert MAYER hurle de douleur et est rapidement achevé par le soldat BONZON d’une balle dans la tête. Le sous-lieutenant Albert MAYER est mort et par ce fait, est le premier soldat Allemand à être tué.
Grièvement blessé, le caporal PEUGEOT essaye de rejoindre la maison DOCOURT pour s’y réfugier. Trébuchant à plusieurs reprises mais parvenant à se relever, il arrive près du seuil de la porte. Alors que la fille des DOCOURT vient à lui pour le secourir, à bout de force, il s’écroule. La fille DOCOURT essaie de l’aider à se relever, mais sa blessure au thorax l’empêche de respirer. Crachant du sang, le caporal PEUGEOT étouffe et meurt à son tour.
C’est ainsi qu’à la veille de la déclaration de guerre, les premiers soldats Français et Allemands se sont entretués. Les trois soldats Allemands blessés ont quant à eux été capturés été soignés.
Références :
- SHD Vincennes : Journal ops 44e RI (cotte 24N 1024) : patrouille Peugeot (6e cie, 2e bn) maison Docourt vs 8 chasseurs à cheval Mayer (5e RCH Mulhouse). Sabre Cointet, revolver thorax, riposte Mayer puis Bonzon tête.
- Mémoire des Hommes : Fiche Peugeot (né Etupes 11/01/1893, instituteur, caporal) ; registre décès Joncherey 2/08/1914.
- Reichsarchiv : Der Weltkrieg 1914-18 (vol.1, 1925), p.89 : Mayer (né Magdeburg 24/04/1892, étudiant) premier officier tué ; 3 blessés capturés, chevaux abattus bois.
- Monument Joncherey : Stèle 1921 (plaque : « Premier sang versé ») + musée local Joncherey ; témoignages Docourt/Nicolet archivés Mairie Territoire Belfort.
- Jean-Yves Le Naour, 1914, les premiers feux (Tallandier, 2013), pp.35-42 : reconstitution heure par heure, analyse « imprudence Peugeot » vs bravoure.
- François Cochet, Les Premiers et les Derniers (14-18 Éd., 2009), chap.3 : duel Mayer-Peugeot paradigme guerre non déclarée.
- Herwig Gonte, Grenzkämpfe 1914 (Oldenbourg, 1962) : perspective uhlans isolés
Par Alain Schenkels

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