MMA, entre violence extrême et fair-play des combattants
Les compétitions de MMA réunissent aujourd’hui de jeunes combattants dans un cadre où les règles autorisent une grande liberté d’action, coups de poing, de pied, de genou et de coude, ainsi que techniques de lutte, de projection et de soumission au sol. Le combat s’y exerce dans des conditions exigeant à la fois force, endurance et sang-froid.
La violence pour gagner est extrême, tout ou presque est permis pour vaincre son adversaire. Certes, les participants sont majeurs et les combats arbitrés, mais on peut se demander quelle nécessité pousse à user d’une telle intensité dans une compétition sportive. L’attirance pour la violence n’est pas récente, les gladiateurs de la Rome antique amusaient déjà les foules, bien pire encore puisque le vaincu y était souvent tué — ce qui, heureusement, n’est plus le cas à notre époque avec le MMA.
Les affrontements se déroulent torse nu dans une ambiance intense, souvent sous les cris d’un public passionné. Les médecins présents sur place doivent assurer la sécurité des athlètes face à des coups qui peuvent se révéler dévastateurs. Les victoires sont obtenues par KO, TKO ou soumission, autant de formes de domination physique qui marquent la brutalité assumée de ce sport.
Après avoir observé cette discipline et l’engouement qu’elle suscite, une question s’impose à moi, que penser d’un sport où la violence, bien que réglementée, reste au centre du spectacle ? Cette réflexion me conduit à m’interroger sur la place de la violence dans le sport moderne, en la replaçant dans une perspective historique et personnelle.
Malgré la rudesse du combat, le fair-play et le respect entre les sportifs demeurent. Après chaque affrontement, les combattants se saluent, se félicitent mutuellement et témoignent du respect envers leur adversaire, démontrant ainsi que l’esprit sportif reste au cœur du MMA.
Le MMA incarne un paradoxe fascinant, une violence codifiée au service du sport, où le combat extrême cohabite avec des valeurs de respect et de maîtrise. Derrière la brutalité des coups se cache une quête d’excellence et de dépassement de soi. Les combattants s’affrontent non pour détruire, mais pour se surpasser.
Le public, souvent jeune, vit ces événements avec intensité. L’ambiance y est électrique et joyeuse, nourrie par la ferveur des supporters venus encourager leur champion. Les cris tels que « Vas-y, montre-lui ! », « Massacre-le ! », « Il ne tiendra pas debout ! » et encouragements se mêlent dans une multitude de langues, reflet de la diversité culturelle de ce sport mondial.
Mais cette fascination pour la violence interroge. Si la mort n’y est plus tolérée, le goût du choc visuel et de la domination persiste. La frontière entre sport et spectacle devient parfois floue, le KO, attendu comme une prouesse, est acclamé comme une délivrance.
LE PARALLÈLE AVEC LE CATCH
C’est précisément ici qu’apparaît une différence essentielle avec le catch, ce dernier relève du spectacle chorégraphié, du scénario écrit à l’avance où la performance physique s’allie à une mise en scène théâtrale. Le public y vient pour assister à une fiction codifiée où les coups sont simulés ou maîtrisés. Le MMA, lui, ne triche pas, il expose la réalité du combat, la douleur, le risque et parfois le sang. Là où le catch joue avec la violence pour divertir, le MMA la vit pleinement comme une épreuve réelle, où les athlètes s’engagent corps et âme.
Depuis l’Antiquité, les sociétés ont toujours trouvé dans le combat un miroir de leurs passions et de leurs valeurs. Les arènes romaines faisaient vibrer les foules par le courage et l’abnégation des hommes qui s’y affrontaient. Si la finalité était plus tragique, l’essence du spectacle demeure : la mise à l’épreuve du corps et de l’âme face à un public avide d’émotions fortes.

Ayant moi-même pratiqué l’aïkido et le krav maga, j’ai découvert une philosophie bien différente. Ces disciplines reposent sur la défense, le contrôle et la retenue. Il y était strictement interdit de faire mal à l’adversaire, l’objectif était de neutraliser sans blesser, d’apprendre à canaliser son énergie plutôt qu’à l’imposer. Le contraste avec le MMA est flagrant : là où l’aïkido et le krav maga enseignent la maîtrise intérieure, le MMA met en avant la confrontation directe et la recherche du KO.
Peut-être faut-il voir dans le MMA non pas la glorification de la brutalité, mais une nouvelle forme d’art martial, où l’homme apprend à apprivoiser sa force et à respecter malgré tout son adversaire. Là où les gladiateurs combattaient pour survivre, les athlètes d’aujourd’hui se battent pour se dépasser. Et c’est peut-être là que réside la différence fondamentale : la civilisation n’a pas supprimé la violence, elle l’a sublimée.
Aujourd’hui, les arènes sont devenues des cages, les boucliers ont laissé place aux gants, mais l’esprit du combat reste présent. Comme les gladiateurs d’autrefois, les combattants de MMA incarnent la tension entre violence et gloire, danger et maîtrise de soi. Le public retrouve dans le spectacle une catharsis, une libération encadrée de l’instinct primal, une façon d’affronter symboliquement la peur, le risque et la rivalité.

En fin de compte, mon expérience d’arts martiaux défensifs m’a appris que la véritable force ne réside pas dans la capacité à frapper, mais dans celle à se contenir. Le MMA, lui, pousse cette force à son expression la plus brute. Peut-être que notre époque, fascinée par la performance et le dépassement, cherche dans cette violence maîtrisée un écho symbolique à ses propres contradictions, entre civilisation et instinct, respect et domination.
Cet attrait pour les combats n’est pas nouveau — les foules des arènes romaines vibraient déjà devant les gladiateurs —, mais il révèle la nature belliqueuse de l’homme, cet instinct primal qui nous pousse à contempler la lutte, la domination et la survie. Aujourd’hui, cet appel se nourrit des jeux de guerre simulés comme l’airsoft ou les battles en ligne, mais aussi des images de conflits réels qui circulent sur les réseaux sociaux, habituant progressivement le regard à la violence et la mort qui y sont omniprésentes, crues, sans filtre. Que ce soit sur Telegram, X, TikTok ou ailleurs, ces reportages de guerre, d’explosions, de combats et de soldats blessés ou tués en direct amplifient peut-être l’intérêt pour le MMA : un spectacle où la violence, bien qu’encadrée et symbolique, offre une catharsis à une sorte de fascination pour la violence et l’affrontement entre les hommes.
Par Alain Schenkels

Crédit photos :
Entête : Combattants MMA sur un ring professionnel : IA
Gladiateurs romains : libre de droit
Deux combatants au sol : IA


