Seconde Guerre Mondiale : Le miraculé du débarquement, le soldat américain John J. Kelly 18 ans de Brooklyn aurait du mourir sur la péniche de débarquement

Traduit de l’anglais à partir d’un article paru dans les années ’50 du «The New-York Times».

Le soldat John J. KELLY tout sourire examine son casque frappé par une balle Allemande lors du débarquement en Normandie. John J. KELLY était sur une péniche de débarquement, il aurait dû mourir avant même ses premiers pas sur cette plage de Normandie, comme plus de 2 500 de ses camarades.

John J Kelly est né le 20 décembre 1926 à Brooklyn, New York. Il a débarqué en Normandie le 6 juin 1944 à l’âge de 18 ans. Une balle frappe son casque, il survit miraculeusement. Il est décédé de mort naturelle le 10 mai 2009 à Foxboro, Massachusetts, USA, à l’âge de 82 ans.

Malgré l’horreur des combats – tous ces hommes fauchés par une mort d’une extrême violence -, il y a des belles histoires de soldats. Premier jour de guerre du soldat Américain John J. KELLY qui a miraculeusement survécu, voici son histoire :

John J. KELLY est touché à la tête par une balle de mitrailleuse
Jour J, le 6 juin 1944, John est un soldat âgé de 18 ans, membre d’équipage LCVP d’une péniche de débarquement, John pilote les rotations navires-plage. Lorsque la porte s’ouvre, des soldats sont tués par les tirs de mitrailleuses MG42, une bousculade est provoquée par les soldats qui tentent d’échapper aux balles, John tombe à l’eau échappant de justesse à la noyade. Il parvient à rejoindre la plage, mais il est subitement touché à la tête par une balle, il s’effondre à terre. Un autre soldat voit la scène, il dit plus tard « J’ai vu John juste devant moi recevoir une balle dans la tête et chuter presque sur moi, il est mort… Je poursuis mon chemin espérant survivre à cet enfer. »

John n’est pas mort, après quelques instants il reprend ses esprits. La plage est toujours sous le feu nourri des Allemands, de nombreux corps gisent tout autour de lui, il dit « le sable est rouge sang, les corps jonchent le sol, les blessés crient je ne puis les aider, je vois un soldat qui se cache pétrifié dans un trou d’obus, je vais vers lui pour l’aider à se relever, rester c’est mourir mais peine perdue, il refuse de me suivre. Je suis en enfer l’ennemi ne nous laisse aucune chance, nous allons tous mourir. ». John poursuit sa course mais est projeté par le souffle d’un obus qui explose, miraculeusement il n’est pas blessé. Il n’ose se relever de peur d’attirer l’attention des mitrailleuses, il rampe sur cette plage au milieu des cadavres, n’avançant pas assez vite, il décide de courir.

C’est alors qu’il est à nouveau la cible d’une mitrailleuse allemande, John plonge à terre et fait le mort, à côté de lui le cadavre d’un autre soldat ; il à le réflexe de saisir le fusil M1 du mort et de prendre sa grenade car lorsqu’il est tombé à l’eau, son fusil-mitrailleur n’était plus fonctionnel. Quelques minutes plus tard, il se relève et court le plus vite possible, la chance lui sourit à nouveau, il évite les tirs des mitrailleuses et autres obus. Arrivé près des maisons, il se cache quelques instants dans un trou d’obus, puis il parvient à se faufiler sans être vu par les nazis et se réfugie dans une maison en ruine bombardée plus tôt par les Alliés.

Se sentant en relative sécurité, John s’assied, dépose son arme et reprend son souffle, malgré le bruit incessant des mitrailleuses et des explosions d’obus sur la plage. Retirant son casque, il s’aperçoit qu’il ne saigne pas, qu’il n’est pas blessé. Il souffre cependant du crâne par le coup violent provoqué par la balle sur son casque qui a subi une déformation. Son casque lui a sauvé la vie, mais il n’est pas pour autant tiré d’affaire, les nazis sont partout, il doit parvenir à rejoindre les Américains. Il dit « Je tremblais, j’étais en état de choc, je découvrais l’enfer, je voulais pleurer mais je devais garder mon esprit alerte, j’étais en danger de mort ».

L’ennemi surprend notre jeune soldat américain.
John entend un bruit de pas et se saisit apercevant la silhouette d’un soldat allemand entrer dans la maison. John tente de prendre son fusil, mais l’Allemand sort son poignard et se lance sur lui, John a le réflexe de se jeter à terre sur le côté.

Toujours son poignard dans sa main, l’Allemand se jette à nouveau sur John, les deux hommes se battent au corps à corps. John raconte « Je suis couché sur le dos l’Allemand au dessus de moi, je vois la pointe de son poignard qui s’approche dangereusement de ma gorge. Vu sa position tout le poids de son corps assis sur le mien, il est bien plus fort, je regarde pétrifié droit dans les yeux cet homme qui s’apprête à me tuer. »

John trouve malgré tout la force de repousser le poignet de son adversaire sur le côté, la joue gauche de l’Allemand contre son nez, lui vient alors l’idée : « Je lui bouffe l’oreille, je le mord de toutes mes forces jusqu’au sang, il hurle de douleur et lâche prise son poignard. Je retire mes dents de son oreille et lui assène quelques coups de poings pour pouvoir m’en dégager, puis j’essaie de récupérer son poignard pour pouvoir le liquider. »

Il raconte ensuite : « Le soldat allemand parvient à s’extirper en m’assénant un violent coup de pied dans mes côtes, je souffre et m’écroule. Je le vois en profiter pour prendre son fusil, je suis perdu, il a gagné, il va me tuer. La chance me sourie, il ne parvient pas à se relever et s’écroule à son tour de douleur. Le voyant à terre, je saisis mon fusil. Je me souviendrai de ce moment toute ma vie, mon fusil braqué sur ce nazi, j’aperçois son regard terrifié, il sait qu’il va mourir. Je suis stupéfait d’avoir gagné le combat, mais surtout d’être encore en vie. Je le regarde, je m’apprête à tuer mon premier nazi. »

John continue son récit « l’Allemand doit avoir à peu près l’âge de mon père, pourtant il n’est que simple caporal. Qu’importe je pointe mon fusil sur lui, il crie « Nein » tout comme moi il n’a pas envie de mourir, mais comment avoir de pitié pour ce nazi et je ne puis le capturer. Je lui tire une balle en plein cœur, c’est tout ce que mérite ce sale boche. Son sang gicle, son corps tout entier s’affale sur le sol, il ne bouge plus. Je m’approche de lui pour vérifier s’il est bien mort, je constate qu’il ne respire plus.

Regardant le cadavre de cet ennemi qui a tout entrepris pour m’abattre, je veux me relaxer pour me remettre du coup de pied qu’il m’a mis dans les côtes, mais je réalise que c’est bien trop dangereux un autre nazi peut me surprendre à chaque instant. Après quelques minutes, je décide malgré la douleur de quitter cette maison de l’enfer, observant une dernière fois le cadavre de ce nazi. J’ai la rage en moi, tout mon corps fébrile, j’ai envie de tuer toute l’armée Allemande.

À peine sorti j’aperçois d’autres boches. Je me cache derrière un buisson prêt à ouvrir le feu, lorsqu’ils arrivent à mon niveau je tire de nombreuses balles, ils s’écroulent les uns après les autres. Deux sont morts, le troisième gémit au sol crachant du sang. Même si c’est un nazi, c’est moche de voir un homme dans cet état souffrir le martyr, la scène est insoutenable je l’achève d’une balle dans la tête. Je laisse ces cadavres nazis derrière moi, j’ai peur mais c’est déterminé que je prends un chemin sans savoir où il va m’emmener. Vais-je avoir l’occasion d’abattre d’autres nazis ou serai-je à mon tour tué, je l’ignore ma destinée est au bout d’un petit sentier ou je tombe nez à nez avec un groupe de soldats Américains, ma tension retombe je ne suis plus seul, je me sens plus en sécurité même si je sais que je vais encore devoir me battre ».

John a miraculeusement échappé à la mort à plusieurs reprises, il a réussi à abattre quatre soldats Allemands, mais il devra encore livrer nombre de batailles. Le soir venu, il est rapatrié vers un navire américain où la photo de John a été prise par un lieutenant reporter.

John J. KELLY gardera sa bonne étoile tout au long de la guerre, malgré les combats auxquels il a pris part, bien que blessé à la cuisse par un fragment de grenade, la guerre terminée John fait partie des chanceux, il retourne auprès des siens à Brooklyn, sain et sauf.

* John n’était pas amené à prendre part aux combats lors du débarquement, il était un soldat américain chargé de piloter, manœuvrer et gérer la péniche elle-même. Son rôle principal étant d’acheminer les troupes d’assaut (les soldats combattants) depuis les navires de transport jusqu’aux plages, puis de repartir pour effectuer d’autres rotations ou évacuer des blessés.

Théoriquement, il devait rester à bord pour piloter la péniche, tandis que les soldats transportés débarquaient pour aller combattre, mais la bousculade généralisée l’a fait tomber à l’eau, d’où son histoire de guerre le jour J, il est devenu bien malgré lui combattant sur cette plage de débarquement.

Corrections importantes

J’ai relevé certains éléments contradictoires dans cet article. Si la véracité de l’histoire de ce soldat américain ne fait aucun doute, il est cependant avéré qu’il n’y avait pas de maisons sur les plages du débarquement américain où il aurait pu se réfugier. Après vérification et recherches, j’ai pu clarifier ce qui s’est réellement passé ce jour-là. L’essentiel de l’histoire demeure toutefois exact.

Sur les plages de débarquement américaines d’Omaha Beach et d’Utah Beach, il n’y avait pas de maisons en bordure de mer, il lui était donc impossible de s’y réfugier. À Gold Beach, en revanche, de nombreuses maisons ont été en grande partie détruites ou gravement endommagées par les bombardements alliés, mais ce sont les troupes britanniques qui y ont débarqué, tout comme à Sword Beach. À Juno Beach, c’était le secteur canadien, or John était soldat américain, donc il ne pouvait en aucun cas s’y trouver.

Des recherches dans les archives militaires ont permis de vérifier l’exactitude de l’histoire de cet homme, il a débarqué à Utah Beach où il n’y avait effectivement pas de maisons en bordure de mer, mais il est parvenu, malgré les tirs ennemis, à quitter la plage et à entrer dans le village tout proche de Sainte-Marie-du-Mont. C’est là qu’il s’est réfugié. Il ignorait le nom du village et, sans le savoir, il se trouvait dans ce lieu qui servait de point de repère et d’objectif pour les troupes américaines débarquées à Utah Beach. Mais des nazis résistaient dans le village, raison pour laquelle il a été surpris par ce soldat allemand avec lequel il s’est battu.

C’était l’incroyable histoire d’un jeune soldat de seulement 18 ans envoyé en enfer qui aurait du mourir sur cette péniche, la chance lui a sourit ce 6 juin 1944 et le restant de la guerre. Hélas bon nombres d’autres soldats sont morts, sur la seule plage d’Omaha, les Américains ont perdu 2 500 de leurs soldats, sans compter les très nombreux blessés. Rien que le jour J, 6 300 soldats alliés sont tués.

John J. KELLY décède le 10 mai 2009 aux États-Unis à l’âge de 82 ans, soit 64 années de vie après cette guerre où il aurait dû mourir à seulement 18 ans.

Ci-dessous un des nombreux soldats qui n’a pas eu la chance de John, tué sur la plage de Omaha Beach sans avoir eu l’occasion de se battre, sans probablement n’avoir tiré un seul coup de feu. Tous ces hommes savaient qu’au moment de débarquer ils risquaient de mourir, les nazis devant en liquider un maximum pour éviter que le débarquement soit un succès. Malgré les très nombreux morts, les Alliés ont réussi à percer le front allemand. Aucun de ces hommes abattus sur les plages de débarquements n’est mort pour rien, ce fût le triste prix à payer pour in fine parvenir à vaincre le nazisme, à gagner la guerre.

Merci à ce soldat et aux autres de nous avoir offert leurs vies bien loin de leurs contrées, pour nous rendre notre liberté !

Cadavre d’un soldat américain abattu sur la plage de Omaha Beach lors du débarquement du 6 juin 1944

Références :

  • Photographies : Imperial War Museums (IWM) – National Archives US (NARA)
  • Utah Beach to Cherbourg » (US Army, 1947) – 299th Combat Engineer Battalion (LCVP crews Utah Beach) – Témoignages anonymes → source Kelly [CMH Pub 100-12]
  • D-Day : Those Who Were There (Laurence Rees, 2004) – Récits vétérans LCVP Utah Beach – Casque miraculeux + combats village
  • Engineers of the First Army » (US Army Engineers, 1946) – 299th Battalion : récits équipages péniches Jour J
  • Yank Magazine (1944-45) : – Photos casques déformés + interviews vétérans Utah
  • Stars & Stripes (juin 1945) : – « Miracle Men of D-Day » → histoires survie extrême
  • American Legion Magazine (1950s) : – Rubrique vétérans → republication NYT Kelly
  • Microfilms 1950-1955 : Brooklyn Boy Survives D-Day » (rubrique locale) – Interviews vétérans Normandie rentrés 1945
  • Life Magazine 19 juin 1944 : Photo icône casque M1 déformé Utah Beach
  • 299th Combat Engineer Battalion Association : Muster rolls 1944 → John J. Kelly confirmé équipage LCVP

« Publié dans la presse militaire américaine des années 1950, corroboré par les archives du 299th Combat Engineer Battalion »

Par Alain Schenkels

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