RRB.BE présenté par Alain Schenkels

Révolution belge 25 août 1830 – 21 juillet 1931

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Voir aussi l’article sur la participation d’Alexandre GENDEBIEN, membre du gouvernement provisoire


Membres de la famille ayant participé à la révolution belge 1830-1831 (liste non exhaustive)

  • Alexandre GENDEBIEN, Lieutenant-colonel d’état-major de la garde civique de Bruxelles, il servit en réalité comme volontaire dans la compagnie des chasseurs de Chasteler
    Ses fils aînés :
  • Alexandre François GENDEBIEN, 17 ans, rejoint les combattants du parc de Bruxelles. Depuis les fenêtres de la rue Royale, il tire sur les hollandais. Plus tard, il se distingue dans les combats soutenus en octobre 1830 entre Bruxelles et Anvers. Il devient militaire de carrière promu au grade de capitaine, mais démissionnera en 1835.
  • Célestin GENDEBIEN, 16 ans, rejoint les combattants du parc de Bruxelles, tout comme son frère il trouve une bonne position dominante et tire sur les hollandais. Engagé dans le régiment de Cavalerie au grade de sous-lieutenant, il prit part aux combats de Vilvoorde, Walhem et Anvers.
  • Charles MOURLON, Lieutenant au 2ème Régiment des Chasseurs à pied (6 octobre 1831), Campagnes contre la Hollande (1831-1838), Chevalier de l’ordre de Léopold (1844)

La Révolution belge de 1830 est la révolte, contre le roi des Pays-Bas Guillaume Ier, de plusieurs provinces du Sud du royaume (donc la Belgique actuelle augmentée du Limbourg Hollandais), suivie de leur sécession. À la suite de l’implication des nations voisines, elle mena à la scission du royaume et à l’indépendance de la Belgique proclamée par le gouvernement provisoire de Belgique le 4 octobre 1830.

Guillaume Ier était pénétré par les conceptions politiques allemandes, telles qu’elles s’exprimaient dans la plupart des États de la Confédération germanique et en particulier en Prusse. Sa mère, Wilhelmine, était la sœur du roi de Prusse Frédéric-Guillaume II et eut jusqu’à sa mort une grande influence sur lui. D’autre part, il fut en grande partie éduqué par un militaire prussien, le baron De Stamford, et eut ses premières expériences politiques en tant que prince de Fulda (1802-1806) et en tant que propriétaire terrien en Prusse-Orientale. Logiquement, Guillaume Ier entendait se comporter en tant que roi comme un despote éclairé.

La révolte d’août 1830

La révolution de Juillet qui éclata en France le 27 juillet 1830 contre Charles X porta en trois jours le roi-bourgeois Louis-Philippe au pouvoir, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. Le roi devint le « roi des Français par la volonté nationale ». Cette révolution libérale échauffa les esprits en Belgique. Entre 1829 et 1831, d’autres révolutions éclatèrent en Europe. Elles avaient plutôt un caractère nationaliste, inspiré par les idéaux du romantisme, qui voulaient que chaque peuple eût droit à une nation et à l’autonomie (principe d’autodétermination des peuples).

D’autre part, les facteurs économiques favorisaient les troubles. Le chômage parmi les travailleurs manuels, causé par les débuts de la mécanisation et la hausse des prix des denrées alimentaires suite à la mauvaise récolte de 1829, seront un terrain fertile pour les soulèvements populaires. En effet, s’ils n’avaient pas de travail, les ouvriers étaient en proie à de sérieuses difficultés financières, or, en 1830, le chômage augmentait dangereusement ainsi que le risque de vol et de pillage. Mais le mouvement indépendantiste grondait déjà depuis 1821. Surlet de Chokier, représentant de nos provinces au parlement de La Haye, craignait de ne plus revenir en vie comme en témoigne certains écrits dès 1827 tant l’hostilité était palpable.

Début de la révolution belge

Les semaines qui suivirent en France les Trois Glorieuses (27, 28 et 29 juillet 1830) furent émaillées en Belgique d’incidents mineurs (lecture publique des journaux français, agitation lors de la représentation de l’opéra d’Auber La Muette de Portici, tracts, affiches et graffitis antigouvernementaux, trouble de l’ordre public par des groupes isolés, port de rubans tricolores, rumeurs à propos de projets séditieux). Les autorités gouvernementales prirent diverses mesures de prudence (interdiction de La Muette de Portici, renforcement des garnisons, annulation de l’exercice de la garde communale de Bruxelles, du feu d’artifice et des illuminations prévus pour l’anniversaire du roi).

Le 25 août 1830 (jour du cinquante-neuvième anniversaire du roi), on autorisa à Bruxelles la représentation de l’opéra romantique d’Auber, La Muette de Portici au théâtre de la Monnaie. À la fin de la représentation, certains spectateurs continuèrent de crier « Vive la liberté ! ». À la sortie du spectacle, une foule s’était formée sur la place de la Monnaie. Bientôt, elle se dirigea vers la demeure du publiciste orangiste Georges Libri-Bagnano qui fut pillée, son propriétaire ayant pris la fuite quelques jours plus tôt. Deux piquets d’infanterie arrivèrent sur les lieux après le pillage de la demeure. Leur commandant, le commissaire de police F.P. de Wageneer, fut atteint par un meuble à la tête avant d’avoir donné l’ordre d’intervenir. Sans instructions, les piquets n’osèrent s’engager.

La foule s’en prit à d’autres bâtiments : une armurerie, un magasin de jouets (pour obtenir des tambours), la librairie polymathique, les Grandes Messageries. Le groupe de pillards s’était grossi de gens du petit peuple. Plus tard, un groupe se dirigea vers l’immeuble du directeur de la police, Pierre De Knyff de Gontrœuil, qui fut également mis à sac. Là, les tirs des services d’ordre font des victimes, dont deux tués parmi les insurgés, ce qui mit fin à l’agitation. Un autre groupe s’était porté vers la maison du procureur du roi Henry-Joseph Schuermans, dans laquelle il ne parvint pas à pénétrer. Il se déplaça alors vers l’hôtel du ministre de la Justice Cornelis Van Maanen (au Petit Sablon), où il fut rejoint par d’autres éléments. L’immeuble fut pillé puis incendié vers deux heures du matin. Après avoir échoué à mettre fin à l’incendie, les autorités rassemblèrent les troupes disponibles sur la Grand-Place vers six heures et demie. De là, une partie alla défendre les palais du roi et du prince d’Orange, menacés par l’insurrection. Une autre regagna l’hôtel de Van Maanen, qui était déjà presque détruit. Au Grand Sablon, les tirs sur les manifestants firent une vingtaine de tués.

Apprenant les événements de Bruxelles, le peuple gronda un peu partout dans le pays, dans les villes comme dans les campagnes. Souvent, une garde bourgeoise (à Liège, Verviers, Namur, Dinant, Mons, Tournai, Charleroi, Bruges, Courtrai, Gand, Grammont, Anvers, Geel, Tongres, Hasselt, Saint-Trond, Louvain) ou une commission de sûreté (à Liège, Verviers, Huy et Namur) fut créée, parfois avant même que n’éclatent les troubles. Parfois, des volontaires décidèrent de partir pour Bruxelles pour contrer une éventuelle attaque des troupes des Pays-Bas. Les Liégeois s’organisèrent ainsi et c’est derrière le drapeau rouge et jaune de la principauté de Liège, brandi par Charles Rogier que, le 4 septembre 1830, les volontaires quittèrent Liège pour Bruxelles.

Début septembre, la presse belge qui traduisait l’opinion des meneurs de la révolution, ne réclamait pas l’indépendance de la Belgique, mais uniquement la séparation entre la Belgique et la « Hollande ».

Tandis que les membres belges des États généraux se rendirent le 13 septembre 1830 à La Haye, les incidents de Bruxelles reprirent un caractère violent, surtout après l’arrivée de renforts armés venus de Liège. Spontanément apparurent des corps francs, dirigés par des chefs élus ou autoproclamés.

Le 23 septembre, l’armée du gouvernement, forte de douze mille hommes (dont deux tiers étaient originaires des Pays-Bas du Sud, c’est-à-dire de Belgique) et commandée par le prince Frédéric, entra dans Bruxelles. La plupart des chefs de la garde bourgeoise, voulant se soustraire aux représailles du gouvernement, quittèrent Bruxelles. Mais la population entendait continuer le combat et l’armée régulière de ce qui était encore le Royaume uni des Pays-Bas se heurta à une vive résistance des corps francs formés par le peuple de Bruxelles et par les volontaires venus de province.

Aux portes de la ville et dans quelques rues étroites de la ville basse, comme la rue de Flandre, l’armée recula devant la résistance des émeutiers qui tiraient des fenêtres et des toits, les femmes faisant pleuvoir toutes sortes d’objets sur les soldats, meubles, fourneaux, pots de chambre. Dans la ville haute, dans le quartier des palais royaux, l’armée ne put aller au-delà du parc de Bruxelles sous les coups des patriotes qui y avaient érigé des barricades, la plus grande à l’entrée de la place Royale, et d’autres dans les rues perpendiculaires à la rue Royale et à la rue Ducale. Ces positions étaient complétées par l’occupation d’insurgés dans les maisons et hôtels bordant ces deux rues. On en avait creusé les murs mitoyens pour constituer un système continu de passages qui permettait aux combattants d’entourer le parc sur trois côtés.

Déroute d’une division de l’armée régulière du Royaume uni des Pays-Bas par la porte de Flandre.

Le 24 septembre, les principaux dirigeants politiques, revenus à Bruxelles dès qu’ils avaient compris que le peuple voulait se battre, fondèrent une commission administrative qui s’installa à l’hôtel de ville. Un témoin raconte que, la nuit venue, ils s’installèrent autour d’une table éclairée par une bougie. Ce noyau de pouvoir comprendra Emmanuel van der Linden d’Hooghvorst, André Jolly et le Liégeois Charles Rogier. Cherchant à mettre de l’ordre dans l’insurrection, ils nommèrent commandant en chef don Juan Van Halen, né de mère espagnole et de père d’origine belge. Ayant un passé militaire, Van Halen s’entoura de compétence, comme le général français émigré Anne-François Mellinet, qu’il nomma commandant de l’artillerie. Mais il n’y eut, au début, qu’un seul canon installé à la barricade du parc et manié par le Liégeois Charlier, dit « Jambe de bois ». Le colonel Scheltens, Bruxellois de naissance, ancien de l’armée de Napoléon entré dans l’armée des Pays-Bas, se rangea sous l’autorité de Van Halen et s’efforça de doter les insurgés d’armes convenables en s’en allant superviser le pillage de l’arsenal militaire de l’armée régulière installé dans la caserne des Carmes.

L’armée du Royaume uni des Pays-Bas était dans l’impossibilité de venir à bout des barricades et après plusieurs sorties des insurgés qui tentaient d’entrer dans le parc, elle évacua toutes ses positions des portes de la ville et du parc, mettant à profit la nuit du 26 au 27 septembre. La commission administrative siégeant à l’hôtel de ville se transforma alors en gouvernement provisoire de la Belgique.

Entre-temps, les nouvelles de province annonçaient qu’un peu partout les soulèvements en faveur de la sécession triomphaient. Après Bruxelles et Liège, Anvers et Gand étaient même le théâtre de véritables combats, tandis que des volontaires accouraient des campagnes.

Quel était le nombre de révolutionnaires belges et qui étaient-ils ?

L’estimation du nombre total des participants varie très largement. selon le chef d’état-major du royaume des Pays-Bas toute la ville était entrée en rébellion, mais le général Valazé, ambassadeur de France, n’estimait pas à plus de cinq cents le nombre des insurgés effectivement armés au cours des premiers jours. John W. Rooney Jr., en se basant sur les registres qui visaient à consigner le nom de tous les combattants morts, blessés ou décorés, estime à 1 700 le nombre de révoltés pour une ville de 103 000 habitants à l’époque, soit 1,6 % de la population bruxelloise.

Mais on doit ajouter au chiffre initial des premiers insurgés, celui des membres de la garde bourgeoise d’Emmanuel d’Hoogvorst et des militaires belges déserteurs de l’armée officielle du Royaume venus rallier le mouvement. Parmi eux, le colonel Scheltens, un ancien des campagnes napoléoniennes entré dans l’armée des Pays-Bas en 1814, qui raconte dans ses mémoires qu’il organisa une distribution d’armes aux insurgés lors du pillage d’une caserne.

Ces révoltés bruxellois n’ont exposé qu’en de rares occasions leurs motivations, mais les témoignages de quelques observateurs, un aventurier américain qui prit part à la révolution, permettent de se faire une idée de ces émeutiers. Augustus Beaumont décrit les révolutionnaires comme des hommes sans formation militaire, souvent affamés, partageant leur temps entre les barricades et les estaminets, ne reconnaissant aucune autorité, se battant sans autre but précis que de chasser les Hollandais, mais ne se livrant pas au pillage.

Représentation de la rue de Flandre le 23 septembre 1830.

Les listes indiquent que l’âge moyen des combattants était d’environ trente ans. Le niveau le plus élevé de mortalité se trouve chez les hommes plus âgés que la moyenne, mariés et pères de famille, ce que Rooney interprète comme une plus grande combativité dans la classe d’âge des chefs de famille issus du peuple, s’agissant d’hommes incapables de subvenir au besoin de leur famille et poussés à bout par leur condition misérable. Rooney suggère qu’outre les difficultés économiques, la présence d’une armée attaquant la ville était à la source d’une réaction spontanée de résistance envers l’envahisseur.

Il faut ajouter à la recension des différentes catégories de combattants, des réfugiés et aventuriers étrangers : Juan Van Halen, personnalité belgo-espagnole qui fut nommé commandant en chef, le général français Anne François Mellinet exilé à Bruxelles qui commanda l’artillerie des insurgés dans la suite de la campagne, Chazal père et fils, bonapartistes, le fils faisant ensuite une brillante carrière dans l’armée et la politique, comme ministre de la guerre et général en chef (dans son grand âge, il commanda l’armée belge qui, en 1870, devait défendre le pays contre une attaque des belligérants français ou prussiens), Niellon, Le Hardy de Beaulieu, réfugiés qui firent souche en Belgique. La plupart de ces volontaires issus de la bourgeoisie et de la noblesse allaient recevoir la grande nationalité belge dès le début du règne de Léopold Ier.

Octobre : la révolution prend le contrôle du territoire

Le 29 septembre, les États généraux acceptent le principe de séparation administrative, mais il est trop tard. Les Journées de septembre ont définitivement détourné les Belges de Guillaume Ier. L’opinion majoritaire était qu’un roi qui avait fait couler le sang de son peuple ne pouvait plus régner. Le 4 octobre 1830, le Gouvernement provisoire proclame l’indépendance de la Belgique. Il annonce la rédaction d’un projet de constitution et la convocation prochaine d’un Congrès national.

Le 5 octobre, le prince d’Orange arriva à Anvers. Il y restera jusqu’au 25-26 octobre et négociera avec les autorités belges en vue d’accéder au trône de Belgique. En effet, une bonne partie des meneurs (Charles de Brouckère, Joseph Lebeau, Lucien Jottrand) et de la presse révolutionnaires considérait que donner le trône de Belgique au prince d’Orange était la seule solution pour obtenir l’assentiment des puissances à l’indépendance de la Belgique. Cette solution avait également l’avantage de préserver l’industrie belge du risque de fermeture des marchés hollandais et indonésien. Charles de Brouckère rencontre le prince le 8 octobre.

Grâce à leur contact constant avec la population locale, les soldats gouvernementaux, généralement stationnés dans les régions dont ils étaient originaires, se montrèrent très sensibles aux idées révolutionnaires. Les troupes se mutinèrent, refusèrent d’obéir aux ordres et désertèrent massivement. Dans certaines garnisons, les officiers hollandais furent emprisonnés par leurs soldats. À partir du 16 octobre, la déliquescence de l’armée s’accéléra encore quand le prince Guillaume, en imitation du Gouvernement provisoire, proclama l’indépendance des provinces méridionales (en deçà du Rhin) et déclara son intention de scinder l’armée en divisions nordistes et sudistes.

Malgré leur composition et leur encadrement hétéroclite (on comptait parmi ses dirigeants l’aventurier espagnol don Juan Van Halen et des officiers français), les brigades volontaires belges réussirent à évincer presque partout les troupes régulières du roi des Pays-Bas. Ainsi, celles-ci furent refoulées sur la Nèthe (bataille de Walem), puis sur Anvers (batailles de Berchem et de Borgerhout).

Le 26 octobre, peu après le départ du prince d’Orange, les volontaires belges entrent dans la ville d’Anvers. Le général Chassé, commandant des troupes gouvernementales ordonne à ses troupes de se replier dans la forteresse pour éviter les combats de rues et conclut un cessez-le-feu avec le commandement belge.

Fin octobre, tout le territoire était libéré des troupes du Nord, même les actuels Limbourg néerlandais et grand-duché de Luxembourg, puisqu’il n’existait alors qu’une seule province de Limbourg et, avec un statut compliqué, un grand-duché de Luxembourg créé en 1815 par le Congrès de Vienne (ces deux territoires allaient finalement être partagés entre la Belgique et le roi grand-duc Guillaume Ier en 1839). Seules les citadelles d’Anvers, de Maastricht et de Luxembourg (cette dernière étant aux mains d’une garnison prussienne, conformément au statut donné au grand-duché de Luxembourg en 1815) restaient aux mains du gouvernement de Guillaume Ier.

À Anvers, les volontaires belges, peu disciplinés, ne respectèrent pas le cessez-le-feu et continuèrent à tirer sur les Hollandais. En représailles, le duc de Saxe-Weimar ordonna à Chassé de bombarder la ville depuis la citadelle et les navires ancrés dans l’Escaut. Le bombardement du 27 octobre dura six heures et fit quatre-vingt-cinq morts et beaucoup de dégâts. Cet événement eut un grand retentissement dans le pays et compromit définitivement la maison d’Orange.

Cessez-le-feu et Congrès national en novembre

À partir de novembre, les positions militaires se consolident et on tente de parvenir à un cessez-le-feu. Le 3 novembre se tiennent déjà des élections pour le Congrès national. Celui-ci siège pour la première fois le 10 novembre et confirme huit jours plus tard la déclaration d’indépendance « à l’exception des relations du Luxembourg avec la Confédération germanique ». L’indépendance nationale est votée à l’unanimité. Le 22 novembre, le Congrès opte pour la monarchie comme forme de gouvernement et discute de l’opportunité de choisir ou non un Nassau comme souverain. Les députés décident ensuite de l’exclusion des membres de la maison d’Orange-Nassau au trône de Belgique. Cette décision est la conséquence du bombardement du 27 octobre 1830 de la ville d’Anvers par les troupes hollandaises.

Réactions internationales et contre-offensive du royaume des Pays-Bas

Lorsque Louis de Potter et ses collègues déclarent l’indépendance de la Belgique depuis le balcon de l’Hôtel de Ville le 28 septembre 1830, Guillaume Ier des Pays-Bas fait appel aux puissances coalisées pour maintenir ses prérogatives sur les territoires rebelles. Les grandes puissances conservatrices (Prusse, Autriche, Russie) sont favorables au maintien, par la force s’il le faut, de la Belgique à l’intérieur du Royaume des Pays-Bas. Seule la Russie offre une aide militaire aux Pays-Bas, mais à partir du 29 novembre 1830 une insurrection éclate en Pologne et elle ne peut envoyer de troupes à Guillaume Ier. Par ailleurs, le Royaume-Uni craignait que la France annexe la Belgique.

On sait par les mémoires d’Alexandre Gendebien, membre du gouvernement provisoire, ami de la France mais adversaire du démantèlement de la Belgique, que Talleyrand avait proposé de donner à l’Angleterre la Flandre jusqu’à l’Escaut, Anvers inclus, abandonnant à la Prusse Liège et le Limbourg, la France annexant tout le reste, c’est-à-dire les quatre cinquièmes de la Wallonie plus Bruxelles, la frontière franco-hollandaise se situant sur le Demer, au nord de Bruxelles. Alexandre Gendebien, absolument opposé à la disparition de la Belgique, refusa en évoquant la menace d’une insurrection générale qui aurait pu se communiquer à d’autres peuples dans une Europe en proie à divers mouvements populaires, comme en Pologne, qui s’était soulevée contre l’annexion à la Russie en cette même année 1830, et en France où l’agitation ouvrière née des journées de juillet ne s’était pas encore apaisée. Déjà, depuis Bruxelles, le ministre libéral anglais Ponsonby venu en délégation, avait fait savoir à Londres quel problème l’Europe risquait de se mettre sur les bras si l’on se laissait séduire par des plans impérialistes ressuscitant les vieilles ambitions des monarchies d’ancien régime.

Dès lors, les choses ne traînent pas. Le 20 janvier 1831, les grandes puissances réunies à Londres, constatant la victoire belge, se résolvent à entériner la volonté d’indépendance des révolutionnaires. Le protocole de la conférence de Londres jette la base d’une séparation de la Belgique et des Pays-Bas, en laissant à ces derniers une partie du Limbourg et à Guillaume Ier, roi grand-duc, le grand-duché de Luxembourg tout entier. Le Congrès national rejette ce protocole.

Lorsque le Congrès national belge choisit, le 3 février 1831, par une faible majorité le duc de Nemours Louis d’Orléans, un des fils du roi des Français, pour devenir roi des Belges, son père Louis-Philippe refuse l’offre, craignant de déclencher une guerre européenne dans laquelle la France serait isolée. Le refus français avait également des motivations économiques : le député Laurent Cunin-Gridaine avait prononcé devant la Chambre le 28 janvier 1831 un discours dans lequel il dénonçait le danger que ferait courir à l’industrie française l’absence de barrière douanière entre la Belgique et la France, la Belgique ayant abordé en force la première révolution industrielle, notamment avec les investissements de l’Anglais John Cockerill dans l’industrie du fer.

À la suite du refus de Louis-Philippe de permettre à son fils de monter sur le trône de Belgique, le Congrès élit un régent : Surlet de Chokier. Celui-ci forme un premier gouvernement, formé exclusivement de personnalités libérales, à l’exception de celui qu’à l’époque on appelle le chef du cabinet, c’est-à-dire celui que l’on appellera plus tard le Premier ministre. C’est le catholique Étienne de Gerlache. Ce dernier, attaqué par les libéraux, démissionne après quelques jours. Surlet de Chokier demande alors à Étienne de Sauvage de former un nouveau gouvernement. Celui-ci fait appel à Joseph Lebeau et Paul Devaux, deux personnalités qui s’étaient distinguées par leur opposition à la candidature du duc de Nemours, c’est-à-dire contre une politique extérieure exclusivement française. Ce fut Lebeau qui assura la direction effective de la politique de la jeune Belgique jusqu’au 21 juillet.

Comme il s’agit toujours de trouver un roi, Paul Devaux suggère Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, un prince anglo-allemand. Ce choix recueille immédiatement les faveurs de Lord Palmerston, alors secrétaire d’État au Foreign Office. Celui-ci fait savoir à Lebeau que la Belgique pourrait peut-être racheter le Luxembourg si Léopold est élu roi des Belges. Joseph Lebeau obtient alors facilement du Congrès l’élection du prince de Saxe-Cobourg-Gotha (il est élu avec 152 votes sur 196), malgré sa méconnaissance des différents parlers en usage en Belgique (français, dialectes romans et dialectes thiois) et sa religion protestante.

Léopold n’accepte pas immédiatement la couronne. Il exige que la Belgique trouve d’abord un compromis au sujet du Limbourg et du Luxembourg avec les puissances réunies au sein de la conférence de Londres. Lebeau envoie alors à Londres une délégation chargée d’offrir officiellement la couronne à Léopold Ier et de négocier avec les puissances une révision du protocole de Londres. À la suite de ces négociations, ces dernières publient le 26 juin 1831 le traité des XVIII articles, plus avantageux pour la Belgique que le protocole de Londres. Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha réclame que le Congrès national ratifie le traité. Joseph Lebeau défend longuement la ratification devant l’assemblée et l’obtient le 9 juillet. Léopold accepte alors la couronne, rejoint la Belgique et devient le premier roi des Belges sous le nom de Léopold Ier en prêtant serment le 21 juillet 1831 sur la place Royale. Un ministère rassemblant catholiques et libéraux, présidé par Félix De Muelenaere, est constitué.

Rassuré sur la pérennité de l’indépendance de la Belgique, notamment grâce à l’élection de Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha au trône de Belgique, le gouvernement britannique de Lord Palmerston entérine définitivement le maintien de la Belgique comme État indépendant et perpétuellement neutre. Les autres grandes puissances se rallient progressivement à cette position.

La campagne des Dix-Jours

Guillaume Ier n’accepte pas cette situation. Le 2 août 1831, l’armée néerlandaise marche sur Bruxelles, ne rencontrant qu’une résistance décousue de la part d’une jeune armée belge en pleine formation. Il ne s’agit plus de guérilla des campagnes et de combats de rues. Les Belges ont en face d’eux une armée régulière avec des généraux expérimentés issus des armées de Napoléon qui font manœuvrer leurs troupes en rangs serrés sous une forte couverture d’artillerie.

Il en résulte la campagne des Dix-Jours au terme de laquelle les Hollandais menacent Bruxelles. Mais un corps de volontaires du Limbourg, commandé par de Brouckère, un bourgeois limbourgeois des environs immédiats de Maastricht, menace leurs arrières en attaquant leurs communications et leurs approvisionnements, tandis qu’une armée française, baptisée Armée du Nord, sous le commandement du maréchal français Étienne Maurice Gérard, franchit la frontière le 10 août et marche sur eux.

L’état-major hollandais retire alors ses troupes qui se trouvaient déjà devant Louvain. Retranchés dans la forteresse d’Anvers, les Hollandais négocient un cessez-le-feu avec le gouvernement provisoire. Mais des échanges de coups de feu ont lieu entre les volontaires belges et les soldats hollandais. Pour répondre à ce qu’il dénonce comme des provocations, le général Chassé fait bombarder la ville, ce qui entraîne des centaines de morts civils et achève de soulever la population contre les Pays-Bas, nouvelle erreur stratégique des hollandais.

Retrait définitif des Pays-Bas et traité de paix

Les Hollandais s’obstinent à tenir la forteresse d’Anvers et, en conséquence, le roi Léopold Ier, recourant à la garantie des puissances, demande une deuxième intervention française. Un nouveau siège d’Anvers commence le 30 novembre. Mais le souvenir de la révolution brabançonne de 1789 est toujours vivace parmi les hommes politiques belges, surtout catholiques, qui se souviennent des libéraux bruxellois qui, à l’époque, avaient disputé le pouvoir au parti dit « de l’ordre » au profit d’une transformation profonde des institutions. Chez les Français, la réaction est la même s’agissant du souvenir des débordements populaires de la révolution française. Aussi, les volontaires belges, qui composent une partie de la nouvelle armée nationale, se voient-ils interdire de participer au siège de peur que leur participation fortifie l’esprit révolutionnaire. La conséquence inattendue et bénéfique de cet interdit est que les volontaires s’en vont grossir les rangs de la nouvelle armée belge, ce qui contribue à la défense victorieuse des digues de Doel contre les Hollandais qui menacent de les détruire dans le but d’inonder la campagne autour d’Anvers.

Finalement, l’armée hollandaise de forteresse se rend le 23 décembre. Prisonniers, les Hollandais seront libérés en 1833, mais il faut encore attendre 1839 pour que les Pays-Bas reconnaissent l’indépendance de la Belgique, par le traité des XXIV articles. À ce moment, la Belgique fut obligée de laisser au roi grand-duc Guillaume Ier une moitié de la province de Limbourg ainsi que la moitié orientale du grand-duché de Luxembourg. Il fallut aussi accepter la fermeture de l’Escaut modérée par un péage qui perdura jusqu’à ce que le ministre Charles Rogier, un des chefs révolutionnaires de 1830 devenu premier ministre, conclue un accord de rachat forfaitaire du droit de péage, en 1863.