RRB.BE présenté par Alain Schenkels

Destins croisés des soldats Jules André Peugeot et Albert Mayer

Le premier soldat français à avoir été tué lors de la première guerre mondiale est le caporal Jules André PEUGEOT, né le 11 juin 1893 à Etupes et tué par balle le 2 août 1914 à Joncherey dans le territoire de Belfort.

Le premier soldat allemand à avoir été tué lors de la première guerre mondiale est le sous lieutenant Albert MAYER, né le 24 avril 1892 à Magdebourg et tué par deux balles le 2 août 1914 à Joncherey dans le territoire de Belfort.

Face à la menace de guerre, le gouvernement français mobilise ses troupes, mais pour éviter toute provocation, les enjoint de rester à 10 km de la frontière. Le 2 août 1914 au matin, le caporal Peugeot et quatre de ses hommes sont en mission de surveillance et arrivent à la maison de Monsieur et Madame Docourt. Le couple vit ici avec ses deux fils, leur fille Adrienne Nicolet et sa petite Fernande sont aussi présentes.

Ils prennent une collation quand la fille du propriétaire, partie chercher de l’eau, revient effrayée en criant « Les Prussiens! Les Prussiens arrivent!« .

Il s’agit d’un détachement de reconnaissance allemand de huit hommes du 5e régiment de chasseurs à cheval de Mulhouse, commandé par le sous-lieutenant Albert Mayer, 22 ans, qui progresse vers Joncherey en venant de Faverois après avoir violé la frontière française.

Commandant une escouade de la 6e compagnie du 2e bataillon du 44e régiment d’infanterie de Lons-le-Saunier, la mission du caporal Peugeot, 21 ans, est de faire barrage et d’empêcher la progression du détachement allemand.

Ils aperçoivent alors quatre ou cinq cavaliers à la lisière du bois située à leur gauche. C’est une patrouille allemande. Le sergent Aimé Mathieu ordonne de faire « feu à volonté! ». Trois cavaliers ennemis tombent et quatre chevaux sont abattus. Pendant ce temps, le lieutenant Mayer (du 5e chasseurs à cheval, de Mulhouse, commandant de la patrouille allemande), s’avance seul par la route. Il évite les sentinelles françaises avancées et arrive près de la maison Docourt, devant laquelle se trouve le caporal Peugeot. Le lieutenant Mayer s’attaque à la sentinelle Cointet en le frappant dans le dos d’un coup de sabre qui fut fortement amorti par les bretelles de suspension, le soldat Cointet n’est que légèrement blessé, mais sonné il ne peut réagir. Le lieutenant Mayer ne compte pas en rester là et essaie de tuer avec son sabre le soldat Cointet. Voyant cela, le caporal Peugeot se précipite vers le lieutenant Mayer pour l’arrêter, en essayant de saisir les brides de son cheval. C’est à ce moment que lieutenant Mayer prend son révolver et malgré son cheval qui se cabre parvient à tirer à trois reprises en direction du caporal Peugeot, la deuxième balle blesse grièvement le caporal Peugeot au niveau de thorax, il s’effondre à terre. Pensant le caporal Peugeot mort, le lieutenant Mayer ne lui prête plus attention et retourne vers le soldat Cointet pour l’abattre avec son révolver.

La guerre n’est pas encore officiellement déclarée, un premier combat s’est déjà engagé avec trois blessés côté allemand et deux blessés côté français. Alors que Mayer s’apprête à tirer sur le soldat Cointet, malgré sa grave blessure, le caporal Peugeot trouve la force de riposter, vise et atteint Mayer d’une balle dans le ventre, ce dernier s’écroule de son cheval. A terre allongé sur le dos perdant beaucoup de sang, Mayer est très mal en point, il est rapidement achevé par le soldat Bonzon d’une balle dans la tête, le lieutenant MAYER est mort. Quant au caporal PEUGEOT grièvement blessé, il essaye de rejoindre la maison Docourt pour s’y réfugier. Il trébuche à plusieurs reprises mais parvient à se relever. Arrivé près du seuil de la porte alors que la fille des Docourt vient à lui pour le secourir, à bout de force il s’écroule. La fille Docourt essaie de l’aider à se relever, mais sa blessure au thorax l’empêche de respirer, il étouffe et meurt à son tour quelques instants plus tard.

C’est ainsi qu’à la veille de la déclaration de guerre, les premiers soldats français et allemands se sont entretués.
Les trois soldats allemands blessés ont quant à eux été les premiers prisonniers de guerre WWI, l’histoire ne dit pas s’ils ont survécu à leurs blessures.