Histoire résumée de la guerre d’Afghanistan (2001–2021)
Cette guerre, qui coûta la vie à 73 000 soldats alliés, aboutit finalement à l’abandon de la lutte contre le terrorisme et au retour au pouvoir des Talibans.
L’offensive anglo-américaine débute le 7 octobre 2001 par une série de bombardements aériens et de tirs de missiles de croisière, tandis que des troupes des forces spéciales américaines entrent en contact avec les unités de l’Alliance du Nord à partir du 19 octobre (précédées par des équipes de la CIA dès le 27 septembre).
La campagne de l’automne 2001 inaugure la guerre d’Afghanistan (2001–2021). Les États-Unis y obtiennent d’emblée un succès militaire : l’opération aéroportée entraîne le renversement du régime taliban et la destruction des bases d’Al-Qaïda, jugée responsable des attentats du 11 septembre 2001.
L’offensive, menée dès le 7 octobre, repose sur des bombardements massifs (notamment par des B-1 et B-52) et des tirs de missiles Tomahawk. Ces frappes visent à éliminer les faibles défenses antiaériennes talibanes et leurs moyens de communication. Parallèlement, les forces spéciales américaines entrent en liaison avec l’Alliance du Nord à partir du 15 octobre afin de guider les frappes aériennes sur les positions ennemies.
Face à cette guerre technologique, les Talibans, peu préparés et mal camouflés, deviennent des cibles faciles. Leurs positions, désignées par des faisceaux laser à plusieurs kilomètres de distance, sont rapidement détruites. Cette phase de préparation aérienne s’étend du 7 octobre à début novembre. À cette date seulement, les Talibans parviennent à mieux se dissimuler, à disperser leurs défenses et à s’adapter.
Malgré leurs efforts, les pertes d’octobre sont lourdes. Si leur résistance réduit quelque peu l’efficacité des frappes américaines, elle reste insuffisante pour inverser le rapport de forces. Le Front uni et les Américains lancent alors une offensive majeure sur Mazar-e-Charif dans la nuit du 2 au 3 novembre. Cette ville, située au nord du pays, est stratégique pour la défense des territoires septentrionaux occupés par le Front uni.
Les principales composantes du Front uni sont le Junbish-e-Milli-yi Islami du général Abdul Rachid Dostom, le Jamiat-e Islami commandé par Mohammed Ustaf Attah et le Hezb-e Wahdat. Appuyées par des forces spéciales américaines, ces unités convergent vers la ville à partir de vallées situées à une quarantaine de kilomètres au sud, rendant toute retraite talibane presque impossible.
Malgré la campagne aérienne, les Talibans disposent encore de positions fortifiées au sud, notamment à Bai Beche (ancien site défensif soviétique) et à Aq Kupruk. L’attaque commence par une violente préparation aérienne, mais les défenseurs tiennent bon les 3 et 4 novembre, profitant de leur abri et d’une désignation imparfaite des cibles. Leur combativité reste forte.
Le premier succès décisif survient le 5 novembre, lorsqu’un bombardement américain et une charge de cavalerie, mal coordonnées mais chanceuses, forcent les Talibans à abandonner Bai Beche. Dostom perce alors les lignes ennemies dans la vallée de la Dariah Balkh, tandis qu’Attah conquiert Aq Kupruk le lendemain. Malgré quelques champs de mines et positions d’artillerie, les Talibans doivent se replier. Une nouvelle série de bombardements de B-52 ouvre la route de la ville, qui tombe le 9 novembre.
La retraite talibane, désorganisée, entraîne l’effondrement du front. Une poche de résistance se forme autour de Kunduz, où 5 000 à 20 000 hommes, dont de nombreux étrangers, capitulent le 23 novembre. Environ 8 000 prisonniers sont capturés, beaucoup mourant ensuite à la suite de traitements brutaux ou d’exécutions sommaires.
Après la chute de Mazar-e-Charif, les Talibans battent en retraite vers le sud. Kaboul tombe sans combat dans la nuit du 13 au 14 novembre, précédée du soulèvement d’Hérat (le 12). Jalalabad et Ghazny tombent peu après, presque sans affrontements. Kandahar reste pourtant un bastion taliban où les Américains organisent une armée pachtoune alliée.
Les derniers combats de grande ampleur éclatent à Tora Bora en décembre 2001, supposé repaire d’Oussama Ben Laden et de combattants étrangers. L’offensive, appuyée par les bombardements, se déroule du 12 au 17 décembre, mais la fuite des combattants vers les montagnes empêche la capture du chef d’Al-Qaïda.
Le 22 novembre, face à l’effondrement du front nord, le mollah Omar confie le commandement militaire au mollah Akhtar Osnani, basé à Kandahar. Ses contre-attaques locales échouent, et après encerclement, la ville est remise aux forces de Hamid Karzaï et de Sharzaï le 7 décembre.
La chute de Mazar-e-Charif, le 9 novembre 2001, marque ainsi le tournant de la guerre. Cinq semaines après le début des opérations, le régime taliban est renversé : plusieurs milliers de combattants sont tués ou capturés, et plus de 3 700 civils périssent.
Début novembre, plusieurs pays (Pays-Bas, Allemagne, Japon) annoncent leur soutien militaire ou financier. L’Australie, déjà engagée depuis octobre via l’opération Slipper, retire ses forces spéciales en décembre 2002 avant de les redéployer en 2005.
À la fin de 2001, après Kandahar et Tora Bora, les Talibans ont perdu l’essentiel de leurs forces. Ils se réfugient dans les montagnes du sud et de l’est, le long de la ligne Durand. Ben Laden est ensuite signalé dans la vallée pakistanaise de Shawal. En mars 2002, les dernières unités talibanes encore organisées sont défaites pendant l’opération Anaconda.
Selon le journaliste Lawrence Wright (prix Pulitzer pour The Looming Tower: Al-Qaida and the Road to 9/11), près de 80 % des membres d’Al-Qaïda en Afghanistan ont été tués au cours de cette première phase de la guerre, et deux tiers des cadres capturés ou éliminés.
Un haut commandant terroriste éliminé

Victoire éclair des Talibans en 2021
Le 14 avril 2021, le président américain Joe Biden annonce le retrait complet des troupes américaines d’Afghanistan. Les Talibans profitent du vide pour lancer une offensive généralisée : au 20 juin, ils contrôlent 124 districts sur 407, puis 157 le 29 juin.
Le 2 juillet, les Américains quittent la base aérienne de Bagram. La progression ennemie s’accélère : 195 districts le 5 juillet, 204 le 9, et 223 au 29.
Le 15 août 2021, les Talibans entrent dans Kaboul ; le président afghan s’enfuit, déclarant que « les Talibans ont gagné la guerre ». Les images d’évacuation de l’ambassade américaine rappellent celles de Saïgon en 1975.
Cette guerre, la plus longue de l’histoire des États-Unis (20 ans), fut aussi l’une des plus coûteuses : environ 1 000 milliards de dollars. La presse américaine attribue la responsabilité de la défaite à Joe Biden, tout en rappelant celle de ses prédécesseurs.
Selon un rapport de Human Rights Watch publié en novembre 2021, les Talibans ont exécuté plus de 100 anciens membres des forces de sécurité afghanes dans les provinces de Ghazni, Helmand, Kandahar et Kunduz, souvent peu après avoir promis leur amnistie.
Le retour du terrorisme dans le monde
L’OTAN a déployé des moyens colossaux en hommes et en matériel contre les Talibans et l’État islamique, sacrifiant plus de 73 000 vies alliées. Mais pour des raisons de basse politique, les États-Unis ont retiré leurs troupes d’Afghanistan. Résultat : les Talibans gagnent la guerre et reprennent le pouvoir. Les femmes sont à nouveau victimes de la répression, les terroristes se réorganisent, s’arment et commettent de nouveaux attentats à travers le monde. Vingt années de guerre pour, in fine, revenir à la case départ.
Nous vivons désormais une époque où il nous faut apprendre à cohabiter avec cette réalité. Ils continueront à s’en prendre à notre modèle de vie. Notre meilleure arme reste les services de renseignement, qui déjouent régulièrement des attentats. Mais notre société demeure menacée : ils continueront à essayer de nous tuer, et ce, pour les décennies à venir.
Par Alain Schenkels

(Photo entête : ArmyAmber)
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