Guerre en Ukraine : 27 soldats russes abattus sous le fusil d’un seul homme, l’exploit d’un soldat ukrainien isolé

À l’heure où les drones dominent le champ de bataille, un homme et son fusil prouvent qu’ils restent indispensables. Pendant cinquante jours d’un siège intense, le sergent ukrainien surnommé « Rus » a résisté avec ses camarades dans un sous-sol saturé d’odeurs de mort, harcelant sans cesse l’ennemi par des embuscades répétées.

« Rus » était chargé de défendre deux ponts stratégiques, positionné près de Dobropillia (Добропілля), ville ukrainienne située dans le bassin industriel du Donbass, à 75 km au nord-ouest de Donetsk et à 523 km au sud-est de Kiev. Face à une armée russe équipée de drones, d’artillerie lourde et d’assauts d’infanterie, il a tenu bon bien au-delà de la mission initiale, sept semaines contre deux de prévues.

Avec son compagnon « Artist », ils sont entrés dans le village fin juillet, équipés de deux semaines de ravitaillement. Leur tactique reposait sur la division en petites unités de tir capables de nettoyer les maisons une à une et d’organiser des embuscades.

Premier contact

Au bout de trois jours, une négligence russe a alerté Rus : les soldats ennemis marchaient avec leur radio allumée, guidés par leurs officiers depuis un drone au-dessus.

« Ils avançaient, on les entendait très bien », raconte Rus. « Ça nous a beaucoup aidés — on savait qu’ils ne savaient pas qu’on était là, j’ai entendu quelqu’un loin, parler fort à sa radio, le volume à fond, en mouvement. Ils le guidaient : ‘va à gauche, va à droite’, etc. J’ai entendu tout ça. ».

Rus organisa aussitôt une embuscade sur une portion de route, camouflée dans les broussailles. Rus transmet les positions aux commandants des drones.

« Les gars étaient cachés. J’ai vu un Russe courir, on risquait de le manquer. Si on devait ouvrir le feu, il fallait que ce soit sûr, et je voulais qu’on frappe par derrière, pour ne pas révéler notre position », explique le lieutenant Matsyk.

Rus et Artist ont attendu que les Russes soient à une trentaine de mètres pour tirer.
Lorsque les Russes furent à une trentaine de mètres, Rus et Artist ouvrirent le feu, les soldats russes tombèrent comme des mouches dans cette parfaite embuscade, ils n’avaient aucune possibilité de riposter, leur sort était scellé, leur mort était au rendez-vous. Se sachant perdus, certains ennemis à terre blessés se suicidèrent à la grenade ou à l’aide de leurs fusils, tandis que d’autres qui tentèrent de reprendre les armes furent définitivement abattus par des drones armés.

Le succès de l’embuscade est total, l’entièreté de la patrouille russe est éliminée.
Rus récupère la radio russe lui permettant d’écouter les communications adverses en temps réel et réagir en conséquences pour parvenir à éliminer d’autres groupes de soldats ennemis. Les unités russes avançaient souvent en petits groupes, réduisant leur exposition aux tirs. Après chaque engagement, son équipe se repliait dans les ruines pour mieux frapper à nouveau.

Durant toute cette période, le sergent a personnellement abattu 27 soldats russes, chaque élimination étant confirmée par les opérateurs de drones. « Il a détruit ces soldats de ses propres mains, avec son seul fusil », souligne son commandant.

Malgré leurs pertes, les Russes continuaient à venir, souvent en petits groupes, circulant dans le village par paires, trios ou seuls, toujours par le même chemin pour franchir les ponts. Huit fois en 50 jours, une équipe de tir installait une position camouflée pour les tendre en embuscade et éliminer chaque ennemi qui se présentait à eux.

« Les gars étaient dans une maison camouflée. Dès que les Russes approchaient à portée, ils sautaient dehors, tuaient, puis se cachaient à nouveau », raconte « Boxer », 28 ans, commandant adjoint, qui alternait les gardes avec Matsyk. « Les Russes ne savaient jamais où étaient les embuscades, ils furent systématiquement massacrés. »

Les conditions de vie étaient extrêmes.
Les commandants avaient prévu qu’ils resteraient dix jours, mais en réalité sept semaines s’écoulèrent, des drones ukrainiens larguaient des ravitaillements aux hommes pour qu’ils puissent survivre.

Quand Rus ne tentait pas d’avancer, des drones russes le cherchait pour le tuer lui et son équipe et l’artillerie russe bombardait les maisons où ils soupçonnaient leur présence. Vu l’impossibilité pour les russes d’avancer et leurs hommes qui tombèrent les uns après les autres sous leurs balles, il leur était primordial de parvenir à éliminer Rus et son équipe au plus tôt.

Vivant dans les ruines sous un bombardement constant, les hommes ne pouvaient se laver qu’avec quelques lingettes humides :

« De temps à autre, je faisais quelques exercices, des squats, des pompes, pour ne pas devenir fou », dit Rus. « On retenait nos pauses toilettes jusqu’à l’aube ou au crépuscule, quand la lumière faible empêchait d’être repéré par les caméras. Pendant sept semaines, on ne s’est lavés qu’avec des lingettes humides. » « On n’avait pas le temps de se détendre, de faire frire du salo, ou de jouer aux cartes. Enlever le casque, c’était déjà un petit plaisir. Casque et gilet par balles, c’était le seul vrai repos qu’on pouvait prendre, rien de plus. »

Les Russes avançaient sur d’autres secteurs du front et encerclaient les maisons tenues par Rus et ses hommes. Au trentième jour, la manœuvre est devenue plus difficile.

« Il était impossible de déplacer les corps, les drones russes surveillaient les lieux, ça aurait été suicidaire, mais l’odeur de la mort, ces cadavres russes en putréfaction laissés sur place à l’air libre au cœur de l’été, dans la chaleur écrasante de juillet, enveloppait la région d’une odeur insoutenable. »

« Ça sentait la viande en décomposition. Je m’y suis habitué, mais chacun réagit différemment. Certains s’habituent en un jour, d’autres en un mois, et certains jamais », explique Rus.

Un homme à terre
Après que leur position initiale ait été détruite, Rus et Artist avaient pris un second chalet. Le trentième jour du siège, un mortier a détruit leur abri, touché par un obus de mortier. Rus, placé dans le sous-sol, n’a pas été blessé. Artist, lui, a été touché.

« Le bâtiment s’est effondré, Artist a pu s’extraire et est sorti chancelant, sonné, dans la poussière. Il cherchait un mur, mais il n’y en avait plus, alors il s’est retrouvé dans la rue », raconte Rus. « Il a reçu des éclats aux bras et aux jambes, des blessures par débris, il souffrait d’une commotion. On l’a soigné et bandé. Artist a dû repartir seul blessé par le même chemin, jusqu’à un hôpital de campagne où il a été soigné »
Par chance, il n’a pas été aperçu par un drone russe, sans quoi il serait mort.

Quant à notre homme, il a survécu au sous-sol et est parvenu à s’extraire des débris, Rus est resté pour continuer le combat contre les soldats russes.

Ce n’est qu’au bout de cinquante jours que Rus et quatre de ses hommes ont été relevés. Ils ont dû traverser deux jours de marche sous le feu ennemi et la menace des drones-suicides, se cachant régulièrement espérant ne pas être repérés. Face à l’attaque d’un drone kamikaze, l’espoir pour un homme de survivre est inexistante, dès que le drone atteint sa cible c’est l’explosion, le corps du soldat déchiqueté.

Son retour s’est accompagné d’une réputation solide, celle d’un soldat qui, à force de patience, d’embuscades méthodiques et de maîtrise de son fusil, a stoppé l’avancée russe et a abattu à lui seul 27 soldats ennemis.

Son unité, la 14e brigade Chervona Kalyna, a recommandé qu’il reçoive la médaille Héros de l’Ukraine, la plus haute distinction militaire du pays. Sa brigade avait tenu tête aux Russes dans le village, permettant à d’autres unités de contre-attaquer leurs flancs et de les encercler. Dans la défense de ces deux ponts, Rus a personnellement abattu 27 soldats ennemis avec son fusil.

Rus parle avec une certaine nonchalance de ses actes, estimant ne pas mériter la plus haute distinction ukrainienne plus que ses camarades. Ses officiers ne partagent pas son opinion :

« Il a passé 50 jours dans une maison encerclée par les Russes, jusqu’à se trouver sous une maison à moitié détruite », raconte Boxer. « L’endroit était en ruines, bordé de corps ennemis. » « Malgré des conditions de vie exécrables, il a éliminé à lui seul avec son fusil 27 soldats russes et est parvenu avec ses hommes à empêcher l’ennemi d’avancer durant près de 50 jours, c’est un exploit exceptionnel qui mérite la médaille Héros de l’Ukraine. » avance un autre officier.

Le récit de Rus décrivant ses embuscades répétées contre les Russes, confirmé et enrichi par les opérateurs de drones qui le surveillaient, leurs vidéos et les commandants de sa compagnie, montre qu’en dépit d’une guerre de plus en plus robotisée, ce sont toujours des soldats individuels qui font la différence dans la victoire.

« Cette personne a détruit un nombre prodigieux d’infanterie ennemie », a déclaré le lieutenant Matsyk, commandant de la compagnie de reconnaissance. « Nous avons confirmé par drone qu’il a tué méthodiquement chaque soldat ennemi personnellement avec des tirs d’armes légères. »

Le sergent « Rus » ne cache cependant pas sa fierté d’avoir réussi à retenir l’ennemi et être parvenu avec son seul fusil à tuer autant de soldats russes. Après quelques semaines de repos bien mérité, il reçoit son nouvel ordre de mission et reprit le combat ne laissant aucun repos à l’ennemi russe.

Source originale (texte uniquement) : Ukrainska Pravda
Photographies : Ukrainska Pravda & Telegram

Par Alain Schenkels

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J’analyse le monde contemporain — actualité, faits de société, conflits et guerres — pour comprendre en profondeur le fonctionnement de l’être humain. Le philosophe y prend alors le relais, face à un univers à la fois merveilleux et troublant.