Edward Slovik, le seul soldat américain exécuté pour désertion

Seul soldat américain exécuté pour désertion durant la Seconde Guerre mondiale, Edward Donald Slovik reste une exception dans l’histoire militaire des États-Unis. Né à Détroit en 1920 dans une famille polono-américaine, il n’imaginait pas devenir le symbole d’une justice martiale implacable. Son parcours, du petit délinquant au fusillé de 24 ans, continue de susciter le débat des décennies après les faits.

Né à Détroit en 1920 dans une famille d’origine polonaise, Edward Donald Slovik grandit dans un environnement marqué par de petits délits, des arrestations répétées et plusieurs séjours en prison. Lorsque les États-Unis entrent en guerre, son casier judiciaire conduit d’abord l’armée à le juger inapte au service. En janvier 1944, face aux besoins croissants en effectifs, il est finalement incorporé, formé, puis envoyé en France au sein de la 28e division d’infanterie.

En août 1944, près d’Elbeuf, des tirs d’artillerie dispersent son unité. Séparé de sa compagnie, Slovik passe alors six semaines dans une unité canadienne, à distance des lignes de front qu’il redoute particulièrement. Lorsqu’il rejoint à nouveau les forces américaines, il informe, le 8 octobre, son commandant de compagnie, le capitaine Ralph Grotte, qu’il a trop peur pour servir dans une unité de fusiliers de première ligne et sollicite une affectation à l’arrière.

Slovik explique au capitaine Grotte que, s’il est maintenu dans une compagnie de fusiliers, il préfère déserter, et lui demande si un tel acte constituerait une désertion passible d’une cour martiale. Le capitaine confirme le risque encouru, refuse la demande de réaffectation et renvoie le soldat dans une section de fusiliers. Le lendemain, 9 octobre, Slovik quitte son unité. Il rédige alors une déclaration écrite stipulant qu’il désertera systématiquement s’il est renvoyé au combat en première ligne.

Rapidement arrêté, il est traduit en cour martiale en novembre 1944 pour désertion. Le tribunal militaire le déclare coupable et prononce la peine capitale. Le dossier remonte jusqu’au général Dwight D. Eisenhower, qui confirme la sentence dans un contexte de hausse des désertions et à la veille de la bataille des Ardennes.

Le 31 janvier 1945, à l’âge de 24 ans, Edward Slovik est fusillé en France.

Il devient ainsi le seul soldat américain exécuté pour désertion au cours de la Seconde Guerre mondiale. Plus de 21 000 militaires américains ont pourtant été condamnés pour désertion pendant ce conflit, et 49 peines de mort ont été prononcées pour ce motif, mais seul le cas de Slovik a conduit à une exécution. Les raisons précises de ce choix – antécédents judiciaires, volonté de faire un exemple ou combinaison de facteurs – restent incertaines.

Les autorités militaires considèrent alors que l’exécution doit servir de dissuasion auprès des troupes, mais prennent une décision paradoxale : l’affaire est gardée confidentielle. Seul le 109e régiment informe ses soldats. Aucun média, ni civil ni militaire, ne mentionne officiellement l’exécution. L’événement, pensé comme un signal disciplinaire, devient classifié, et la veuve de Slovik est simplement avisée de la mort de son mari dans des « circonstances déshonorantes ».

Edward Slovik est inhumé dans la parcelle E du cimetière et mémorial américain de l’Oise-Aisne, à Fère-en-Tardenois, parmi 95 soldats américains exécutés pour viol ou meurtre. Les tombes, dissimulées par la végétation, sont marquées par des numéros plutôt que des noms, ce qui rend l’identification individuelle difficile. Après la guerre, le dossier continue d’alimenter les discussions.

Son épouse, Antoinette Slovik, et plusieurs soutiens adressent des pétitions à sept présidents pour obtenir sa grâce. Elle entreprend aussi des démarches auprès de l’armée pour récupérer la dépouille de son mari et percevoir sa pension, sans succès jusqu’à sa mort en 1979. En 1987, après le décès d’Antoinette, un vétéran polono-américain réunit 5 000 dollars pour rapatrier le corps de Slovik dans le Michigan, où il est réinhumé au cimetière de Woodmere, à Détroit, près de sa femme.

Aujourd’hui encore, l’histoire d’Edward Slovik divise. Certains y voient un jeune homme terrifié, puni de manière disproportionnée, d’autres y lisent une décision sévère rendue en temps de guerre pour maintenir la discipline. Pour beaucoup, son nom reste ignoré jusqu’en 1974, lorsque le téléfilm « Exécuté pour désertion » (The Execution of Private Slovik), avec Martin Sheen dans le rôle d’Edward Slovik, est diffusé et porte son cas à la connaissance du grand public.

Par Alain Schenkels

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