1,5 M€ de subsides refusés : Créemploi menacée de disparition saisit le Conseil d’État. (carte blanche)
L’ASBL Créemploi est partenaire d’Actiris dans l’accompagnement des chercheurs d’emploi de toute la Région de Bruxelles-Capitale. Après 33 ans de collaboration, d’audits positifs et de résultats jugés excellents, Créemploi se voit écartée des appels à projets ARAE (Appels à recherche active d’emploi) 2026-2029 et voit sa survie menacée, alerte son vice-président, Alain Schenkels.
Le conseil d’administration a décidé de porter l’affaire devant le Conseil d’État, dénonçant un manque de justifications claires, des erreurs d’évaluation et demandant une suspension urgente pour éviter l’arrêt de ses activités. Au cœur de ce recours, il y a d’abord un paradoxe. Créemploi ne se présente pas comme un opérateur en difficulté, mais comme un partenaire pionnier qui a démontré son efficacité et l’excellence de ses résultats, attestés par des audits réguliers d’Actiris et des rapports d’activité annuels détaillés.
L’ASBL bénéficie actuellement de 3 équivalents temps plein (ETP) et a répondu à l’appel ARAE 2026-2029 en respectant le cahier des charges : proposition de 4 ETP et dépôt d’une méthodologie complète « Impulsio » structurée en phases progressives et appuyée par 11 outils pédagogiques spécifiques.
Or, la notification de refus invoque des arguments génériques : « budget global insuffisant », « faible volonté d’adaptation », « arguments peu percutants », « re-branding des activités existantes ». Autant de formules vagues, stéréotypées et applicables à n’importe quel dossier refusé, sans référence concrète aux 11 annexes déposées, ni à la méthodologie Impulsio, ni aux notes dans la grille d’évaluation.
Notre étonnement porte aussi sur la manière dont la grille et le rapport d’Actiris sont rédigés : là où les 9 opérateurs retenus voient leurs points forts et faibles explicitement identifiés, pour Créemploi seuls des points négatifs sont mentionnés, malgré une santé financière qualifiée d’irréprochable, unique parmi les autres opérateurs.
Il s’agit d’un traitement inégal évident : certains sont valorisés pour leur qualité historique malgré des difficultés de personnel ou de budget, alors même que notre ASBL fait valoir plus de 30 années d’activité, sans aucun problème de personnel ou budgétaire et des résultats jugés excellents.
C’est pourquoi nous interprétons l’absence de mention d’éléments positifs comme le signe d’un examen incomplet du dossier, posant la question légitime de la réelle motivation du refus de notre candidature.
Au-delà de la dimension juridique, les enjeux financiers sont considérables. Le refus de subside pour la période 2026-2029 représente, sur 4 ans pour 4 ETP, près de 1,5 million d’euros qui constituent la source principale de financement de l’ASBL.
Avec la présidente Françoise de Callataÿ, nous avons dû envoyer, à titre conservatoire, leur préavis aux 3 ETP actuellement en poste, menaçant directement l’emploi et la continuité du service rendu.
Depuis le 1er janvier, plus aucun subside d’Actiris n’est versé, alors que les charges fixes – loyers, coûts de fonctionnement, indemnités de préavis – continuent de courir.
Grâce à une bonne gestion, nous avons une réserve financière qui nous donne les moyens de tenir quelque temps et, par ailleurs, un subside de 54 000 € alloué par la commune de Woluwe-Saint-Pierre permet de couvrir les charges courantes, mais ces montants ne suffiront pas à maintenir les activités sans soutien régional.
Cette crise intervient alors que la réforme du chômage limite désormais sa durée à 2 ans maximum, ce qui va mécaniquement augmenter sensiblement le nombre de demandeurs d’emploi bruxellois, nécessitant un accompagnement intensif et personnalisé.
Notre structure se présente comme un acteur particulièrement adapté à ce défi, capable d’obtenir des résultats d’excellence auprès de publics variés de toute la Région grâce à une méthodologie structurée et à un suivi individualisé. Dans cette optique, la disparition de Créemploi ne serait pas seulement la fermeture d’une ASBL, mais la perte d’un opérateur historique performant dans un contexte où les besoins d’accompagnement vont exploser.
Devant le Conseil d’État, nous demanderons à la fois une suspension et une annulation de la décision d’Actiris. La suspension serait indispensable pour préserver nos activités à très court terme et empêcher une cessation immédiate.
L’annulation, si elle était prononcée, obligerait Actiris à refaire l’examen des candidatures de manière plus équitable, en garantissant la légalité du processus et en permettant à l’ASBL d’être jugée sur sa réelle plus‑value. Sans assurance d’être sélectionné, cette voie offrirait au moins la garantie d’une évaluation fondée sur des critères explicites et motivés.
Au‑delà du litige entre un opérateur et Actiris, une question de fond se pose : dans une Région où le chômage reste structurel et où les règles d’indemnisation se durcissent, peut‑on se passer d’un acteur qui, depuis si longtemps, accompagne les chercheurs d’emploi bruxellois avec des résultats salués jusque-là par le pouvoir public lui‑même ?
Alain Schenkels, Vice-Président de l’ASBL Créemploi
(Publication dans 21 News prévue le 28 janvier 2025)


