Téhéran met en garde Washington contre une guerre totale
L’Iran a averti que toute attaque américaine visant son guide suprême Ali Khamenei déclencherait un conflit généralisé. L’avertissement intervient alors que Donald Trump multiplie les signaux contradictoires sur une possible action militaire contre Téhéran.
Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré sur X qu’« une atteinte à la direction suprême » équivaudrait à une « déclaration de guerre totale ». Il a accusé les États-Unis et leurs alliés d’être responsables de la crise économique et sociale frappant l’Iran, en raison de leurs « sanctions inhumaines ». Cette mise en garde intervient après les propos d’un ancien ambassadeur américain, Dan Shapiro, suggérant que Donald Trump pourrait tenter d’éliminer Khamenei.
De son côté, le président américain a de nouveau durci le ton lors d’une interview à Politico, qualifiant le guide suprême d’« homme malade » et évoquant la nécessité d’un changement de leadership à Téhéran. Il a toutefois affirmé avoir suspendu temporairement une option militaire, alimentant la confusion autour de ses intentions réelles. Entre menaces verbales et stratégie de pression, les tensions entre Washington et Téhéran atteignent un niveau rare depuis plusieurs années.
Sur le plan militaire, les États-Unis renforcent leur présence au Moyen-Orient par le déploiement de moyens navals et aériens, notamment d’un groupe aéronaval. Ce mouvement, selon des analystes occidentaux, vise autant à dissuader l’Iran qu’à maintenir la pression au moment où Téhéran fait face à une contestation intérieure sans précédent.
Les manifestations, déclenchées le 28 décembre à Téhéran par des commerçants frappés par la chute du rial, ont rapidement pris une tournure politique. Des slogans appelant à la fin du régime islamique et au retour du prince en exil Reza Pahlavi se sont multipliés. Le 8 janvier, des centaines de milliers de manifestants ont défilé à travers le pays, avant qu’un black-out total d’Internet ne soit imposé.
Selon plusieurs sources, le bilan de la répression varie considérablement. Reuters évoque au moins 5 000 morts, dont 500 forces de sécurité, tandis que le Sunday Times parle de plus de 16 000 victimes. L’ONG HRANA a de son côté confirmé plus de 3 300 décès et 24 000 arrestations. Les autorités iraniennes imputent les violences à des « émeutiers armés » soutenus par Israël et d’autres puissances étrangères.
Malgré une reprise apparente du contrôle grâce à une répression massive appuyée, selon certaines sources, par des milices étrangères venues d’Irak, la situation reste instable. Le pouvoir iranien, affaibli sur le plan intérieur, fait face à une population épuisée par l’inflation et aux pressions internationales croissantes.
Dans ce contexte explosif, les choix de Donald Trump demeurent flous : il continue de se réclamer de la voie diplomatique pour obtenir un gel du programme nucléaire iranien, tout en brandissant l’option militaire. Pour Téhéran, la ligne rouge est désormais explicite : toute attaque contre Ali Khamenei serait synonyme de guerre totale, menaçant de plonger tout le Moyen-Orient dans une confrontation d’ampleur inédite.
Par Alain Schenkels

Source : Reuters, Politico, Sunday Times, HRANA, janvier 2026.
Photo entête : IA


