Pourquoi cette photo de profil ?

Je présume que chacun choisit sa photo de profil pour refléter sa personnalité, transmettre un message visuel sur l’image qu’il veut projeter de lui-même.

Ici, un souvenir d’une belle journée à la citadelle de Namur, surplombant la Meuse avec ses coteaux verdoyants et les maisons nichées le long des quais. La lumière éclatante de l’été, les lunettes de soleil, la peau légèrement bronzée, la chemise en lin un rien transparente et le short capturent parfaitement l’esprit d’un city-trip en pleine canicule.

Mais au‑delà de l’anecdote, une photo de profil n’est jamais seulement une image, elle est une frontière douce entre ce que nous sommes et ce que nous offrons au regard du monde. On y choisit un fragment de soi — ni tout à fait vrai, ni complètement faux. Peut‑être est‑ce cela, l’essence des portraits modernes, un équilibre fragile entre sincérité et mise en scène, entre la mémoire d’un instant et le désir d’une impression durable.

C’est étrange comme une image, figée en apparence, continue pourtant de vivre. On la regarde après coup et l’on y découvre autre chose que ce que l’on croyait montrer : une humeur, une posture, parfois un éclat d’hésitation. Au moment de la prise, on pense simplement sourire à l’objectif ; plus tard, on comprend qu’on souriait aussi au regard futur des autres, à cette projection de soi qu’on espère comprise, ou du moins bien interprétée.

C’est peut‑être cela, la force discrète d’une photo. Malgré son immobilité, elle dialogue avec le temps. Elle devient le témoin d’un passage — celui du visage, de la lumière, des émotions — et suggère que tout portrait est une conversation silencieuse entre ce que nous fûmes, ce que nous croyons être, et ce que les autres perçoivent encore de nous.

Et puis, il y a cette autre image de ma personne, plus intime, presque suspendue hors du temps.
Allongé sur un banc, les mains derrière la tête, le regard offert au ciel. Autour, la respiration tranquille des arbres, la lumière qui glisse sur le gazon comme une caresse, le chapeau posé au bout des pieds, gardien muet de l’instant. Rien à conquérir, rien à défendre, seulement l’évidence tranquille d’exister, à la bonne distance de tout.

Si la première photo parlait du monde et du regard des autres, celle‑ci évoque le retrait, le silence, cet endroit intérieur où je me retrouve sans façade. Deux images, deux vérités peut‑être : l’une tournée vers la rencontre, l’autre vers la paix.

Ensemble, elles dessinent un visage complet,
celui d’un être en équilibre entre le dehors et le dedans.

J’illustre la très grande majorité de mes articles avec une photo de moi. Non par narcissisme, mais parce qu’il y a, dans ce geste, quelque chose de profondément humain : le besoin d’apparaître pour mieux entrer en relation. Montrer son visage voir même son corps, c’est risquer le regard d’autrui, mais aussi affirmer sa présence au monde. Ce n’est pas tant se mettre en avant que se rendre disponible — offrir une trace personnelle à ce qu’on écrit.

Partager une image de soi ne relève donc pas de l’ego, mais d’un désir de transparence. C’est une manière simple de dire « voici l’être derrière les mots, celui qui vit, qui pense ». Et dans cette exposition douce, il y a sans doute un peu de joie , celle d’être perçu non comme un personnage, mais comme une personne à part entière, un homme fier d’être présent.

Parce qu’au fond, se montrer, ce n’est pas s’exposer, c’est simplement participer au monde avec sincérité.

Alain Schenkels
Philosophe à ses heures …

Nul besoin de regards voyeurs, ni d’applaudissements bruyants, mon exhibition n’est pas une performance, mais une célébration de mon existence …

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J’analyse le monde contemporain — actualité, faits de société, conflits et guerres — pour comprendre en profondeur le fonctionnement de l’être humain. Le philosophe y prend alors le relais, face à un univers à la fois merveilleux et troublant.