La Marine russe en crise : experts pro-Kremlin admettent son impuissance face aux saisies de pétroliers
Promesse centrale du réarmement voulu par le Kremlin, la flotte russe apparaît aujourd’hui en panne de moyens, de navires et d’ambitions. Les sanctions, les frappes ukrainiennes et les blocages industriels ont transformé un outil jadis redouté en une force côtière à la portée limitée.
Des analystes proches du pouvoir russe, cités par la chaîne militaire Voenny Osvedomitel, admettent que la flotte russe souffre d’un manque criant de navires, de rayon d’action et de soutien logistique pour protéger ses pétroliers, à l’image de l’interception du Marinera par les États-Unis dans l’Atlantique Nord. Les promesses de 44 à 50 corvettes et frégates « modernes » d’ici 2020 se sont réduites à 16 unités, dont deux restent bloquées en mer Noire par la Convention de Montreux. Seuls deux grands bâtiments ont été modernisés depuis 1991, limitant les opérations aux zones côtières de la Baltique et de la mer de Barents.
Les équipages civils encourent désormais des risques accrus lors des saisies en mer. L’amiral Alexandre Moïsseïev, cité dans la revue militaire Voennaya Mysl, reconnaît que les missions de longue distance se résument désormais à « l’évitement et au refuge dans des ports alliés ». Entre les frappes ukrainiennes sur la mer Noire, les attaques de drones en Caspienne et les restrictions turques en Méditerranée, la flotte russe apparaît aujourd’hui largement théorique : présente sur le papier, absente dans les faits.
Une industrie navale en panne
Le complexe militaro-industriel russe, confronté à des pénuries chroniques de main-d’œuvre qualifiée et de composants étrangers, peine à renouveler les capacités de la marine. La rupture des liens avec les chantiers ukrainiens depuis 2014, puis les sanctions occidentales imposées après 2022, ont paralysé la production de nouvelles frégates du projet 22350 et des sous-marins de classe Lada. Les chantiers de Severodvinsk et de Saint-Pétersbourg tournent au ralenti, et plusieurs programmes restent gelés faute de turbines, d’électronique de bord ou de systèmes radar.
Face à cette impasse, Moscou concentre désormais ses ressources sur la composante nucléaire de la flotte, autour des sous-marins lanceurs d’engins Boreï et d’attaque Yasen-M. Ce recentrage traduit un basculement de stratégie : protéger le territoire plutôt que projeter la puissance. Les déploiements lointains sont devenus rares, et la base navale syrienne de Tartous, dernier point d’appui en Méditerranée, fonctionne surtout comme port-logistique, sous la surveillance constante des forces de l’OTAN.
L’isolement géographique de la Russie accentue ces limites. Les détroits turcs restent sous contrôle d’Ankara, la Baltique voit une présence navale occidentale renforcée, et l’Arctique devient un espace de concurrence stratégique où la Russie ne dispose plus de la suprématie technologique d’autrefois. Ses alliances maritimes avec l’Iran ou la Syrie offrent quelques solutions de repli, mais ne compensent ni la perte d’accès aux ports européens, ni la vulnérabilité logistique du transport pétrolier.
Longtemps vitrine de la grandeur soviétique, la marine russe ne parvient plus à tenir son rang. Les sanctions, les revers militaires et les carences industrielles ont transformé un outil jadis global en une force avant tout côtière. La flotte, censée incarner la projection mondiale du Kremlin, symbolise désormais le repli d’un pays contraint de naviguer à vue, entre isolement, précarité industrielle et ambitions écornées.
Par Alain Schenkels
9 janvier 2026

Références :
- Chaîne militaire russe « Voenny Osvedomitel » (télégramme officiel) : Analyses experts pro-Kremlin 2025-2026 : Flotte surface incapable escorte pétroliers Atlantique (cas Marinera), manque navires/rayon action/logistique.
- Amiral Alexandre Moïsseïev, commandant Marine russe : Voennaya Mysl (déc. 2025) : Opérations hors ZEE = évitement/refuge ports alliés, pas confrontation US. Confirmé TASS janvier 2026.
- Centre d’Analyse Stratégique Moscou (CAST) : Naval Analyses. Programme GPV 2018-2027 : 44-50 corvettes/frégates 2020 → 16 livrées (10 corvettes Atlantique Nord limitées). 2 frégates bloquées mer Noire (Montreux).
- IISS Military Balance 2026 : Modernisation héritage URSS : 2 seuls grands navires refaits depuis 1991 (Oustinov, Chapochnikov). Opérations limitées Baltique/Barents.
- US Naval Institute Proceedings (janv. 2026) : Mer Noire : 23% flotte perdue Ukraine (17 navires coulés/endommagés). Caspienne : drones ukrainiens répétés. Méditerranée : restrictions turques Montreux.
- ORF Russie : Flotte russe 2026 état des lieux. Sanctions bloquent chantiers (Sevmash, Zvezda). 30 unités 2024 ne compensent pas pertes Mer Noire. Flotte « papier » hors eaux côtières.
Image entête : IA


