Seconde Guerre Mondiale : Kiev 1941, anéantissement d’un équipage T-34 par mitrailleuses allemandes
La bataille de Kiev (23 août – 26 septembre 1941), plus grande bataille d’encerclement de l’histoire, réunit 638 000 soldats soviétiques encerclés dans trois « chaudrons » autour de Kiev. Bilan : 616 000 pertes soviétiques (452 700 prisonniers, 163 000 morts) contre 128 000 Allemands. Guderian et Kleist réalisent la première victoire stratégique majeure de Barbarossa.
Le 6 juin 1941, Hitler ordonne l’exécution systématique des commissaires politiques soviétiques capturés, considérés comme « porteurs du bolchevisme ». Les prisonniers ordinaires subissent une famine organisée, sur les 3,3 millions de prisonniers de guerre soviétiques, 2 millions d’entre eux meurent en détention avant 1942 par manque de nourriture, travaux forcés, torture, exécutions sommaires.
Un char T-34 reste à l’arrêt après avoir été touché par un obus allemand. À l’intérieur, de jeunes soldats soviétiques, bloqués et effrayés, comprennent que la situation est désespérée. Autour d’eux, la bataille continue avec des tirs, des explosions et des cris. Les soldats allemands, sans pitié, ont encerclé la zone et tirent avec leurs mitrailleuses.
Les membres de l’équipage sortent du char un par un, espérant survivre, mais aucune issue n’est possible. À cet endroit de Kiev, il ne reste plus d’espoir pour ces hommes qui sont méthodiquement abattus les uns après les autres par les tirs allemands, marqués par leur dernier souffle sur leur char. Leurs cadavres ensanglantés montrent si besoin était de la violence du conflit, de la guerre en général.
La photo d’archive saisit l’instant : cinq corps affaissés sur la tourelle et le flanc du T-34, traces de sang visibles, probablement MG 34 ou MG 42 (7,92 mm).

Dans cette guerre où la destruction était la règle, mourir sur le champ de bataille a peut-être épargné à ces soldats des souffrances encore plus grandes. Les hommes capturés, prisonniers de guerre étaient souvent confrontés à des conditions très dures, la majorité mouraient. Les Allemands capturés par les Soviétiques subissaient aussi des traitements très violents et de nombreuses exécutions. Sur le front de l’Est, la Convention de Genève, le Droit International Humanitaire, n’étaient pas respectée, les deux camps commettaient des actes atroces envers leurs ennemis.
Pour ces soldats, la mort au combat a peut-être évité les pires souffrances de la captivité, qui signifiait souvent une longue agonie. Même si cela reste une fin tragique, dans ce contexte précis, il est possible de penser que mourir ainsi a été une forme d’échappatoire, sans pour autant oublier la gravité de leur sort.
À noter que dans leur malheur, ces soldats ont eu la « chance » de ne pas mourir brûlés vifs dans leur char. Mitraillés, ils ont bénéficié d’une mort plus rapide et moins cruelle, bien que tout aussi tragique. Mais dans toute guerre, la mort des soldats est non seulement inévitable, mais souvent un devoir moral et militaire.
Règles du Droit International Humanitaire :
Tuer l’adversaire en capacité de combattre reste le droit imprescriptible et la nécessité absolue du soldat qui veut vivre et vaincre son ennemi (Règlement La Haye 1907, principe cardinal : tuer un combattant actif est non seulement autorisé, mais exigé par la doctrine militaire pour assurer la victoire. Un soldat en mouvement même sans arme visible (Pas de blanc visible ni les mains en l’air) est une menace jusqu’à preuve contraire, le DIH protège uniquement les soldats dont les intentions de reddition sont évidentes et immédiates.
Ici, aucun crime de guerre — les Allemands avaient l’obligation légale de neutraliser de manière létale ces Soviétiques encore en capacité de combattre, c’est un acte logique et nécessaire à l’effort de guerre.
Références :
- Règlement IV de La Haye (1907), Art. 1 & 23 ; Conv. Genève III (1929), Art. 1. Combattants : cibles légitimes tant qu’ils participent aux hostilités.
- Jurisprudence : ICTY (Prosecutor v. Kordić, 2004): “Capture is merely a tactical option, never a legal obligation; the law of armed conflict does not impose any preference for capture over the killing of a combatant, as long as the person is not hors de combat.”
- Glantz, David M. *The Initial Period of War on the Eastern Front, 22 June – September 1941*. Londres : Frank Cass, 2001, pp. 234-248. Bilan complet bataille Kiev : 616 000 pertes soviétiques (452 700 prisonniers).
- Krüger, Horst. *The Road to Stalingrad: German Army Group South 1941-1942*. New York : Harper & Row, 1969. Pages 78-92. Encerclement stratégique par Guderian/Kleist, 638 000 encerclés.
- Streit, Christian. *Keine Kameraden: Die Wehrmacht und die sowjetischen Kriegsgefangenen 1941-1945*. Bonn : J.H.W. Dietz, 1978. Kommissarbefehl (6 juin 1941) et mortalité POW soviétiques (57% avant 1942).
- *Bundesarchiv-Militärarchiv Freiburg*, RH 26-221-15. Rapports Panzergruppe 2 (Kleist), Kiev septembre 1941. Directive OKH « pas de prisonniers dans chaudrons ».
- *Yad Vashem Archives*, Document M.46.227. Témoignages Einsatzgruppe C, exécutions massives prisonniers Kiev (Babi Yar, 29-30 septembre 1941, 33 771 victimes).
- *Yad Vashem Archives*, Document M.46.227. Témoignages Einsatzgruppe C, exécutions massives prisonniers Kiev (Babi Yar, 29-30 septembre 1941, 33 771 victimes).
- Photographie Crédit IWM BU 1423 : Imperial War Museum, Londres. « Destroyed Russian tank T-34/76 with dead crew members, Kiev sector, September 1941 ». Ph. Rudolf Scheffler, Propaganda Kompanie Heer, Panzergruppe 2 (Kleist).
Symbole de Barbarosa :
La photo illustre parfaitement la directive de l’OKH — « pas de prisonniers dans les chaudrons »
Par Alain Schenkels

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