Bentley Bentayga essai sur route « Le palace tout terrain »

L’arrivée d’un modèle SUV chez Bentley n’est pas une innovation en soi, toutes les marques cèdent à la demande croissante des clients ; Porsche étant très probablement le précurseur parmi les véhicules de luxe, avec la sortie de son SUV Cayenne dès 2003. Pour l’heure, Rolls-Royce a annoncé le projet Cullinan, Lamborghini l’Urus et Aston Martin la DBX, le tout pour l’horizon 2018. Notons aussi la récente sortie de la Maserati Levante. Seul Ferrari semble résister, mais pour combien de temps encore ?

Il faut souligner le succès grandissant de ces véhicules tout-terrain de luxe qui pour la plupart ne quitteront jamais la route, effet de mode diront ses détracteurs.

Depuis toujours le roi des véhicules tout-terrain de grand luxe, à l’aise aussi bien sur le bitume que sur les terrains accidentés, est le Range Rover ; l’arrivée d’autres marques telles que Porsche, Audi, Mercedes, BMW n’a pas changé la donne. 
Bentley va-t-il bouleverser le marché ?

Avant le reportage, prenez place à bord de la nouvelle Bentley Bentayga :

J’ai testé pour vous la Bentley Bentayga

Basée sur un châssis d’Audi Q7, je ne peux m’exclamer de joie en découvrant la ligne extérieure du véhicule, mais à sa décharge les SUV procurent rarement un sentiment de beauté absolue. L’avant est toutefois assez réussi, la marque Bentley est bien reconnaissable avec la grille de sa calandre et ses doubles optiques rondes, les feux arrière s’éclairent en dessinant un « B », tout comme les prises d’air sur les côtés en forme de « B » ailé.

Les jantes 22 pouces – option à 4 335 euros HTVA – sont plus élégantes que les jantes d’origine, mais ont le gros défaut d’être très fragiles, le moindre frottement contre une bordure provoque des griffes, un comble pour un véhicule prévu tout-terrain.

J’ouvre la porte, m’installe au volant et là c’est la révélation, me voici assis dans une authentique Bentley. Tout y est magnifique, les cuirs, les boiseries, les ouïes de ventilation qui caractérisent si bien la marque. Confort 5 étoiles et pourtant je n’ai pas encore allumé le moteur ni découvert les multiples facettes qu’offre ce véritable palace. Je remarque directement une finition intérieure supérieure aux Continental, la Mulsanne reste néanmoins un cran au-dessus, mais nous ne jouons pas dans la même catégorie de prix.

Je pousse sur « Engine Start », le W12 se met en route dans un léger vrombissement tout en élégance, insonorisation parfaite. Je me mets en position « drive », lâche la pédale de frein et avance quelques mètres sur le parking de Bentley. Il est maintenant temps de l’essayer sur route ; mais comment va donc réagir ce moteur W12 biturbo de 6 L avec ses 608 CV à 5 250 tr/min. pour un couple de 900 Nm à 1 250 tr/min. et capable d’atteindre le 0 à 100 en à peine 4,1 secondes ? J’appuie légèrement sur la pédale d’accélération et, tout en douceur, j’atteins rapidement la vitesse limite de 70 km/h dans le plus grand confort.

Je me dirige tout naturellement vers l’autoroute, je choisis le mode « sport » et prend mon élan pour propulser les près de 2,5 T du véhicule en appuyant à fond sur l’accélérateur ; et là « Oh my God! », je suis scotché sur mon siège, je me croirais dans une Lamborghini, le W12 se réveille en me projetant en quelques instants à une vitesse… impressionnante. Je n’ai bien évidemment pas testé les capacités maximales du moteur sachant que la vitesse de pointe annoncée par Bentley est de… 301 km/h ! Suis-je bien dans un SUV ? La transmission intégrale gère superbement le comportement routier du véhicule.

J’adapte ma vitesse à la limite autorisée, active le régulateur de vitesse avec la fonction de reconnaissance des bandes de circulation, des panneaux de signalisation et le contrôle des distances ; toute la technologie de pointe que l’on est en droit d’attendre d’un véhicule de ce niveau est bien présente. Je sélectionne une des multiples fonctions de massage intégré au dossier du siège et profite pleinement du confort que procure la conduite de cette Bentayga.

Pourtant, je m’étonne du niveau de consommation et de la vitesse à laquelle le réservoir se vide ; 19,2 L par 100 km sont annoncés en cycle urbain, elle est donc plus gourmande que ma Rolls-Royce Silver Spirit 6,7 L qui pourtant est presque aussi lourde que la Bentayga et vieille de 35 ans. L’autonomie se voit limitée par son réservoir de 85 L contre 108 L pour la Spirit.

Je me rends chez mon ami Gabriel Devriendt – expert en véhicules SUV – pour connaître ses impressions de conduite :
« Je ne peux que confirmer que le Bentayga est pour le moment, dans la catégorie SUV, le plus puissant et le plus rapide que j’ai conduit. Malheureusement, interdiction de quitter le béton, donc pas de feedback off road. Mais pour moi, ce véhicule se classe dans les véhicules d’exception, comme le Range Rover Sport SVR et le Mercedes AMG 6×6.

Un véhicule avec une finition et un confort intérieur haut standing qui plaît à un certain nombre d’acheteurs. Pour être complet, il manque l’essai en tout-terrain comme j’ai pu le faire avec les autres marques. »

Gabriel Devriendt
Driving Tehniques Instructor

Comme dans tout véhicule moderne, l’ordinateur de bord gère automatiquement l’allumage des phares. Belle surprise la nuit venue, alors que je parcours une petite route de campagne étroite et non éclairée, la visibilité est presque nulle et voici que le tableau de bord change d’aspect, un écran affiche une vision nocturne contrastée grâce à la fonction infrarouge, j’y vois nettement la route et ses obstacles. Une aide précieuse accentuée par une tonalité d’avertissement qui retentit lorsque le système détecte certains types de risques.

De même, l’aide au stationnement permet au véhicule de mesurer, grâce à ses nombreux capteurs, si l’emplacement de parking est assez grand ; l’écran de l’ordinateur de bord donne toutes les indications utiles. Dès qu’il est enclenché, je lâche le volant et le véhicule se gare automatiquement, je dois juste jouer avec les pédales et la boîte de vitesse. Notons aussi l’assistant de sortie de place de stationnement qui détecte la circulation transversale lorsque on sort en marche arrière.

Nous sommes dans un SUV, il est donc possible de choisir entre huit modes de conduite, selon le type de route et de surface, au moyen d’une élégante molette guillochée située au milieu de la console centrale. Le type de conduite peut être sélectionné tout en roulant et la Bentayga se met automatiquement à la hauteur nécessaire pour affronter le terrain.

Une nouveauté très appréciée, celle permettant de visualiser les informations essentielles sans quitter les yeux du pare-brise, grâce à la projection des informations de conduite sur celui-ci : la vitesse maximale autorisée, la vitesse du véhicule et des informations GPS simplifiées.

Un intérieur et un confort digne d’un palace

C’est un fait, l’habitacle « fait main » est très raffiné. Mis à part les commodos qui auraient pu être un peu plus élégants et les porte-gobelets trop apparents selon moi, l’intérieur de la Bentayga affiche un très grand luxe. Les différents modes de massage des sièges avant (et arrière sur la version 4 places) ne font que renforcer le confort de cette voiture hors norme. Chaque siège bénéficie en outre d’un chauffage et d’une ventilation intégrés, la climatisation étant gérée individuellement pour les deux zones avant via l’ordinateur de bord, les deux zones arrière au moyen d’une tablette numérique multifonctions amovible.

L’avantage d’un véhicule SUV est l’espace disponible dans l’habitacle. Le coffre – et c’est là une véritable innovation chez Bentley – offre un volume de 430 L, voire 590 L une fois les sièges arrières rabattus (en version 5 places) ! Je note toutefois qu’il manque l’indispensable frigo pour la bouteille de champagne à savourer avec mes convives.

Je pourrais disserter longtemps sur les multiples possibilités offertes par la Bentayga. Si elle vous intéresse, sachez que vous trouverez déjà votre bonheur dès 215 000 € TTC et, avec les quelques options indispensables à vos besoins personnels, vous pourrez espérer rester sous la barre des 300 000 €.

Pour terminer en beauté, l’élégante horloge située au centre du tableau de bord peut être remplacée par un chronographe mécanique Mulliner Tourbillon signé Breitling, usiné en or massif avec un cadran en nacre ou en ébène et des index sertis de huit diamants. Sachez toutefois que la production est limitée à 4 exemplaires par an et qu’il vous faudra débourser un léger supplément de quelques… 140 000 €. Mais quand on aime, on ne compte pas !

Conclusion :
Pour un avis global sur ce véhicule tout-terrain, il aurait fallu pouvoir l’essayer sur des chemins « off road », peut-être que Bentley nous le permettra à l’avenir.

Sur le bitume, une chose est sûre, la Bentley Bentayga détrône le Range Rover en se positionnant comme la nouvelle reine des SUV, tant le confort est grand, le luxe abondant et le moteur si puissant qu’aucune autre marque ne peut actuellement rivaliser.

Bien que réticent à l’arrivée d’un modèle SUV dans la gamme Bentley, assis à son volant j’ai été conquis par la Bentayga grâce aux sensations uniques que l’on ressent comme dans toute Bentley.

Je suis par contre assez réservé par l’annonce d’un moteur diesel pour la fin de l’année, qui va totalement à contre-courant avec l’esprit Bentley et les politiques environnementales actuelles ! A contrario, un futur moteur hybride (ou plug-in ?) est en phase de test, je ne puis que m’en réjouir dans l’attente de pouvoir l’essayer.

Je suis aussi agréablement surpris par la faible émission de CO2 annoncée, à savoir 292 g/km, obtenue – me dit-on – grâce à la variation automatisée du nombre de cylindres actifs du moteur. Selon les circonstances, soupapes, échappement, injection de carburant et allumage se désactivent sur certains cylindres sans pour autant nuire au confort et à la puissance annoncée.

La Bentayga représente un nouveau segment dans la gamme Bentley, une réussite lorsqu’on sait que toute la production 2016 a été commandée en quelques semaines et qu’il vous faudra patienter près d’un an et demi si vous souhaitez acquérir ce véhicule, à moins de profiter d’un véhicule de stock.

À bientôt pour de nouvelles découvertes,

Alain Schenkels
Journaliste

Pour la petite histoire, le nom « Bentayga » est une contraction du nom du fondateur Bentley et de « taïga » qui est la plus grande forêt enneigée transcontinentale au monde.

Caractéristiques techniques (fournies par Bentley Motors) :

Moteur
TypeW12 TSI biturbo 6L
Puissance maximale447 KW 608 CV à 5 250 tr/min – 6 000 tr/min
Couple maximal900 Nm à 1 250 tr/min – 4 500 tr/min
Transmission
TypeBoîte de vitesse automatique SZ à 8 rapports, transmission intégrale permanente, différentiel central Torsen, différentiel arrière ouvert, répartition de couple 40:60 favorisant l’arrière
Rapports1re : 4,71 – 2e : 3,14 – 3e : 2,1 – 4e : 1,67 – 5e : 1,29 – 6e : 1 – 7e : 0,839 – 8e : 0,667
Démultiplication finale2,85
Freins
AvantDisques en fer ventilés de 400 mm de diamètre
ArrièreDisques en fer ventilés de 380 mm de diamètre
Jantes et pneus
Jantes22 pouces sur le modèle testé
PneusPirelli 285/40 ZR22 sur le modèle testé
Direction
TypeDirection assistée électrique, démultiplication variable
Nombre de tours de volant de butée à butée2,3 tours
Diamètre de braquage (entre trottoirs)12,4 mètres
Suspension
AvantDoubles triangles à quatre bras par roue, barre stabilisatrice active 48V à activation électrique
ArrièreMultiples articulations, barre stabilisatrice active 48V à activation électrique
Ressorts et amortisseursSuspension pneumatique, système d’amortissement « Continuous Damping Control » à régulation électronique continue
Dimensions
Longueur5 141 mm
Largeur (rétroviseurs rabattus)1 998 mm
Largeur (rétroviseurs déployés)1 998 mm
Hauteur1 742 mm (réglages plus hauts en tout-terrain)
Empattement2 992 mm
Capacité du réservoir82 L
Volume du coffre430 L – 590 L la plage arrière rétractée
Poids à vide (UE)2 422 kg
Poids total en charge du véhicule3 250 kg
Performances*
Vitesse de pointe301 km/h
0-100 km/h4,1 secondes
Consommation et émissions de CO²*
Cycle urbain19,2 L/100 km
Cycle extra-urbain9,1 L/100 km
Cycle combiné12,8 L/100 km
Émissions de CO² moyennes292 g/km
Normes antipollutionEuro 6 / US LEV III

*Chiffres provisoires

Prix de vente du véhicule testé options incluses : 262.854,35€

Remerciements :
Bentley Motors Limited : prêt du véhicule
Bentley Belgium : Thierry du Parc Locmaria, Directeur Général et Sylvie Huwart, Press Relations
Emmanuel de Menten : photos et production vidéo de présentation
Gabriel Devriendt : compte rendu du test drive
Emmanuel Verschueren : logistique, prises de vue/son
Le nouveau Chairman du RREC, le Comité et les membres du Rolls-Royce (Bentley) Enthusiasts’ Club Belgique/Luxembourg et Albert Dupont, organisateur du rallye.

Crédits :
Reportage © 2016 Alain Schenkels
Photos © 2016 Emmanuel de Menten, EDM Project – Alain Schenkels – Bentley Motors
Reportage privé, non commercial.

Extra : Le dernier et le premier modèle Bentley qui sont sorti de l’usine de Crewe
(RREC Rally – Château d’Hélécine, Brabant-Wallon, Belgique – 15 mai 2016)

Emmanuel de Menten test la nouvelle Bentley Bentayga

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Attendue longtemps, depuis son lancement, la Bentley Bentayga s’est offerte quelques jours à nos mains pour un essai détaillé. J’ai eu le plaisir de la photographier sous toutes les coutures, et il faut reconnaître qu’elle présente bien. La face avant reste exclusive, un pur produit Bentley. On regrettera les lignes latérales quelconques qui rappellent trop les imposantes Audi Q7 et Q9. Toutefois, le mythe est sauvé lorsque l’on « monte à bord ». Ici, l’expression prend tout son sens. Il faut réellement grimper dans l’habitacle. L’atmosphère générale est celle d’une Bentley. Dès que l’on y est assis, on s’y sent parfaitement bien.

Dans l’ensemble, tout rappelle une Bentley actuelle. La nouveauté du modèle permet de bénéficier des dernières technologies embarquées et de certains conforts nouvellement proposés sur les véhicules premium. La finition respecte l’aura de la marque : usage à profusion de cuirs de qualité, du bois, des détails de grande classe et typiquement Bentley, comme le cendrier vintage, les boutons chromés, les tirants de ventilation. On apprécie aussi le toit panoramique pour la découverte de la nature.

Le silence à bord aurait été parfait si l’on n’entendait pas certains bruits parasites en passant sur les dos-d’âne (gendarmes couchés) qui fleurissent un peu partout sur nos routes. Le moteur ne s’entend pas, sauf pendant une forte accélération. Heureusement, il s’agit d’un W12, et on parlera alors de la musique des cylindres qui restent, je vous rassure, très discrets.

Une observation critique, mais généralement valable pour tous les constructeurs actuels : on peut fortement regretter que sur un véhicule de ce niveau de prix, la plupart des éléments décoratifs et des chromes extérieurs soient en pur plastique. Même la remarquable calandre en nid d’abeilles que l’on trouvait anciennement sur les Bentley Eight. Très fragile, elle sera à surveiller avec le temps. En effet, si l’argument est économique, on le trouvera quelque peu mesquin. Faire preuve d’économie sur les détails est ridicule, compte tenu du prix général de la voiture. N’oublions pas que, dans des temps plus anciens, les constructeurs américains n’utilisaient que de l’acier inoxydable pour toutes les finitions, et le niveau de prix des voitures n’était pas celui d’une Bentayga (par rapport à la moyenne du marché). Serait-ce le poids ? Alors on peut s’étonner qu’un constructeur comme Bentley n’ait pas trouvé de solution alternative qui offre à la fois qualité, solidité et légèreté. Les détails doivent être parfaits, car la perfection n’est pas un détail.

Hormis ce point, la qualité générale du véhicule est en équilibre avec l’image du produit. Résolument à la mode, le SUV a conquis le marché automobile. La Bentley Bentayga reste aujourd’hui un exemple totalement à part, car elle n’a aucun concurrent direct. Mais le futur pourrait bien changer la donne. Nous le saurons dans quelques années, d’ici là, la Bentayga aura bien eu le temps de se positionner sur un marché en pleine croissance.

Emmanuel de Menten
Journaliste WPA